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Le Monde, 26 décembre 2005

Irak : L’armée n’est pas prête à prendre la relève de l’occupant

par Michel BÔLE-RICHARD


Au moment où, pour la première fois, les Etats-Unis annoncent, pour 2006, une réduction de leurs forces en Irak, la question est posée de savoir quand les forces de sécurité irakiennes seront-elles en mesure de prendre véritablement la relève ?


Labeed Abbawi, vice-ministre des Affaires étrangères, bondit lorsqu’on lui parle d’agenda. "C’est ridicule. Tout le monde est d’accord pour que la force multinationale reste, sinon il y aurait un vide. L’agenda, ce sera pour quand nous serons prêts et ensuite ce doit être graduel. Réclamer un agenda n’est qu’un slogan politique. Il faut être réaliste. En plus, ce serait un signal d’encouragement aux terroristes. Cela conduirait au chaos."

Combien de temps les Américains et les Britanniques devront-ils donc patienter pour que les Irakiens eux-mêmes soient en mesure d’assurer la sécurité intérieure du pays, de protéger les frontières et de lutter contre l’insurrection ? Personne n’est en mesure de le dire, car trop de points d’interrogation subsistent. Des progrès incontestables ont été accomplis. L’armée irakienne commence a être efficace et elle est, de plus, souvent associée, sinon directement engagée, dans des opérations contre la guérilla, même si elle ne dispose pas de moyens lourds, et notamment de blindés. Le général Martin Dempsey, chargé de la formation des soldats irakiens, parle des 33 bataillons qui contrôlent désormais "leurs propres espaces de combat", alors qu’en mars 2005 ils n’étaient que trois.

De fait, l’armée américaine est beaucoup moins présente, y compris dans le centre de Bagdad. Elle sert de plus en plus d’appui. Quelque 2500 officiers de l’armée de Saddam Hussein doivent être intégrés dans les six mois. Mais la nouvelle armée irakienne pèche surtout par un manque d’officiers intermédiaires, entre le simple soldat et le haut gradé. Comme le reconnaît le général Babakir Zebari, chef d’état-major : "Nous avons encore besoin de temps pour boucher les trous au niveau de la formation, de l’armement et du matériel", a-t-il déclaré à l’Agence France-Presse.

Côté police aussi, des progrès ont été réalisés, même si elle manque aussi cruellement de moyens. Le général Adnan Abdel Rahman, au ministère de l’intérieur, reconnaît que le recrutement n’a pas toujours été des meilleurs, que des criminels ont été engagés, qu’il y a des infiltrations de terroristes au sein même des forces de l’ordre. Mais, dit-il, "en partant de zéro, il n’est pas facile d’opérer une sélection rigoureuse". "Aujourd’hui, on procède à des épurations et à la fin de l’année l’Irak sera sécurisé", assure-t-il. Quant aux dérapages et aux bavures commis par les brigades spéciales, il les minimise et exhibe un paquet de cassettes vidéo dans lesquelles, indique-t-il, "les terroristes reconnaissent avoir commis des atrocités". Les tortures commises dans la prison de Jadria par les forces de police ont été, selon lui, beaucoup exagérées, puisque sur 176 prisonniers seuls 7 ont été maltraités. Les méthodes plutôt brutales de la brigade spéciale Wolf sont à ses yeux justifiées : "Lorsque l’on fait la guerre au terrorisme, il est quelquefois nécessaire de ne pas prendre de gants, notamment quand un terroriste avoue soixante assassinats", plaide-t-il. Autrement dit, toutes les exactions commises sous couvert du ministère de l’intérieur, aux mains des chiites, contre les sunnites ne sont que des affabulations.

Les forces de sécurité irakiennes ont encore beaucoup de chemin à faire avant de devenir véritablement efficaces, et surtout autonomes. Les autorités américaines comptent sur un recrutement accéléré. Les effectifs de 300000 soldats et policiers confondus projetés pour la fin 2006 ne suffiront sans doute pas pour permettre un désengagement véritable, à défaut d’être total, de la force multinationale. Mais le premier objectif des Irakiens est de voir disparaître des villes les forces d’occupation. Les statistiques officielles des ministères de la Santé, de la Défense et de l’Intérieur, pour novembre, donnent une idée du chemin qu’il reste à faire pour rétablir un semblant de sécurité. Il y a eu vingt-quatre attentats à la voiture piégée, trente attaques à l’explosif et au mortier, cinquante-huit attaques avec des armes diverses et trois kamikazes portant des ceintures explosives, 666 personnes ont péri dont 548 civils. Depuis le 1er janvier 2005, on dénombre 5446 Irakiens tués, dont 3862 civils, 1154 policiers et 430 soldats. En outre, 1662 insurgés ont été tués. Georges Bush a reconnu que depuis le début de la guerre au moins 30000 Irakiens avaient péri.

Pour inverser la tendance et infléchir durablement le nombre des morts, les Irakiens fondent beaucoup d’espoirs sur la mise en place d’un nouveau gouvernement issu du scrutin du 15 décembre 2005. Adel Abdel Mahdi, de la liste chiite de l’Alliance unifiée irakienne, probable vainqueur des élections et à ce titre grand prétendant au poste de premier ministre du "nouvel Irak", reconnaît que ce sera sa première tâche.

Michel BÔLE-RICHARD

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