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Le Monde, 7 janvier 2006

Ethiopia : 131 opposants et intellectuels sont accusés de "complot" et de "trahison"

par Jean-Pierre TUQUOI


Des manifestants, à Addis Abeba, le 6 juin 2005

Les peines encourues sont trop lourdes pour autoriser une liberté sous caution. C’est en mettant en avant ce motif que la Haute cour fédérale éthiopienne a rejeté, mercredi 4 janvier 2006, la demande de mise en liberté sollicitée par des dirigeants de l’opposition, des intellectuels et des journalistes interpellés après les violences de novembre 2005 qui ont fait au moins quarante-huit morts (une centaine, selon l’opposition).

Ethiopia


"Etant donné que les chefs d’inculpation contre les accusés peuvent entraîner une peine minimum de quinze ans (la) demande (doit) être rejetée", a fait valoir le président de la cour. Les inculpés resteront donc en prison dans l’attente de leur procès fixé au 23 février 2006. Au total, 131 personnes sont poursuivies, dont 22 journalistes et 2 mineurs de quatorze et quinze ans. La plupart sont incarcérés. Un certain nombre de prévenus sont des responsables du Parti de la coalition pour l’unité et la démocratie (CUD), qui réunit quatre des grands courants de l’opposition. Ils ont été inculpés, fin décembre 2005, de "complot" contre le régime, "haute trahison" et "génocide". Certains risquent la peine de mort.

Des policiers, à Addis Abeba, le 6 juin 2005

A l’instar d’autres associations non gouvernementales, la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH) a fait part, dans un communiqué, de sa préoccupation, estimant que les charges retenues sont "disproportionnées" et visent à imposer le silence aux militants des droits de l’homme. Les ONG ne sont pas les seules à s’inquiéter des dérives d’un régime longtemps cité en exemple par les Occidentaux, en particulier le premier ministre britannique, Tony Blair.

Des manifestants, à Addis Abeba, le 7 juin 2005

Les principaux bailleurs de fonds de l’Ethiopie -la Banque mondiale, l’Union européenne et le Royaume-Uni- ont manifesté leur inquiétude, après la répression sanglante qui, en juin puis en novembre 2005, a tenté de mettre un terme à la vague de manifestations qui a suivi les élections législatives contestées du 15 mai 2005, remportées par la formation du premier ministre, Meles Zenawi. Pour faire pression sur Addis Abeba, ces bailleurs de fonds ont prévu de ne pas verser 137 millions de dollars qui devaient aller au budget de l’Etat. Pour le ministre des finances, Ahmed Sufyaan, cette décision est "inacceptable" : "En fin de compte, ce sont les pauvres qui pâtiront de la décision, les services (publics) de base dans les communautés villageoises seront affectés." Ce geste intervient au moment où la situation alimentaire dans le sud-est du pays s’est gravement détériorée, à la suite d’une sécheresse persistante.

Meles Zenawi

Quelques voix se sont néanmoins élevées, en Ethiopie même, pour saluer le geste des bailleurs de fonds. C’est le cas, en particulier, de l’ancien chef de l’Etat, le docteur Negaso Gidada, l’un des plus virulents adversaires du régime. "Les gouvernements qui foulent au pied les droits de l’homme ne doivent pas être récompensés", a-t-il fait observer. Les sanctions financières ne sont pas négligeables pour un pays démuni comme l’est l’Ethiopie où près du quart du budget de l’Etat est alimenté par les bailleurs de fonds internationaux. Mais rien ne dit qu’elles amèneront les anciens marxistes aujourd’hui au pouvoir à Addis Abeba à libéraliser le régime. Spécialiste de la Corne de l’Afrique, le chercheur René Lefort n’y croit pas : "Le premier ministre, Meles Zenawi, est allé tellement loin qu’il ne peut plus reculer. Au mieux, il va louvoyer." Chargé de recherche au CNRS et rédacteur en chef de la revue Politique africaine, Roland Marchal n’est guère plus optimiste. "Le régime en place est le gendarme de la région. Il sert les Occidentaux qui lui font davantage confiance qu’à l’Erythrée voisine, trop rigide. C’est Addis Abeba qui va faire le sale boulot en Somalie à l’occasion. Le régime éthiopien sait qu’il a cette carte en mains. Il en jouera."

Jean-Pierre TUQUOI

Des manifestants, à Addis Abeba, le 7 juin 2005

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