retour article original

jeudi 23 mars 2017
Vous êtes ici Accueil Archives Archives Haïti (3ème partie) : Mars 2004
Reuters, 6 mars 2004

Haïti : Les partisans de Jean-Bertrand Aristide ne s’avouent pas vaincus

Suivi d’un commentaire

par Ibon VILLELABEITIA


Soldats américains à Port-au-Prince, le 6 mars 2004

PORT-AU-PRINCE (Reuters) - Six jours après le départ en exil du président haïtien Jean-Bertrand Aristide, ses partisans ne s’avouaient pas vaincus, samedi 6 mars 2004, tandis qu’un "conseil des sages" se préparait à choisir un nouveau Premier ministre.


"Nous incendierons le palais avec les Américains dedans", menaçait Jean Enzo, habitant d’un bidonville dont Aristide était le curé il y a vingt ans, et où, par des prêches enflammés dénonçant la dictature Duvalier, il a recruté ses premiers partisans.

Une grande manifestation, organisée vendredi 5 mars 2004, a montré que cette population défavorisée n’était pas prête à renoncer à son président élu, poussé au départ sous la pression d’une sanglante révolte, qui a fait plus de 200 morts, selon un nouveau bilan.

Jean-Bertrand Aristide, réfugié en République centrafricaine, a accusé les Etats-Unis de l’avoir enlevé, ce qu’a démenti Washington.

Les partisans de Jean-Bertrand Aristide ont prédit des manifestations quotidiennes pour le soutenir.

"S’ils ne ramènent pas le président, il y aura beaucoup de sang", prédit Jean Gustave, à proximité des ruines de l’église Saint Jean Bosco, ancienne paroisse de Jean-Bertrand Aristide.

Le conseil des "sages", désigné vendredi 5 mars 2004 pour choisir un nouveau gouvernement, ne comporte qu’un membre du mouvement Lavalas, la formation de Jean-Bertrand Aristide. Il compte quatre personnalités de l’opposition et deux représentants d’Eglises.

Scène de rue à Port-au-Prince, le 5 mars 2004

Nouveau gouvernement

Il semble qu’ils se soient mis d’accord sur les principaux candidats au remplacement du Premier ministre Yvon Neptune, un allié de Jean-Bertrand Aristide.

Parmi eux figure Smark Michel, Premier ministre en 1994 et 1995, dans les années qui ont suivi l’intervention américaine ayant rétabli Aristide au pouvoir, trois ans après un coup d’Etat qui l’avait envoyé en exil.

Smark Michel, un homme d’affaires a finalement rompu avec Aristide à la suite de divergences sur la politique économique. Ses entreprises près de l’aéroport ont été pillées cette semaine.

Les noms de l’ancien général Herard Abraham, de l’ancien ministre des Affaires étrangères Gérard Latortue et d’Axan Abellard, du Centre pour la libre Entreprise et la démocratie ont aussi été avancés.

Port-au-Prince, le 6 mars 2004

De leur côté, les forces américaines se sont déployées dans des territoires aux mains des rebelles, notamment aux Gonaïves, où la rébellion a éclaté le 5 février 2004, et à Cap-Haïtien, deuxième ville du pays.

La force multinationale approuvée par l’ONU pour rétablir l’ordre en Haïti comporte des militaires américains, français, chiliens et canadiens. Ses effectifs actuels sont de 2000 homes mais ils devraient être portés à 5000 environ.

Des militaires américains et français ainsi que la police nationale sont déployés dans les rues de Port-au-Prince où la tension est quelque peu retombée après les pillages et les tirs qui ont suivi le départ de Jean-Bertrand Aristide.

Mais le Programme alimentaire mondial n’en souligne pas moins que les routes sont encore trop dangereuses pour faire circuler des convois de vivres alors que la population se tourne vers les dispensaires pour trouver de quoi manger.

Alejandro Chicheri, du PAM, a déclaré qu’il epérait qu’un convoi serait acheminé dans le Nord la semaine prochaine.

Ibon VILLELABEITIA

Port-au-Prince, le 6 mars 2004. Les US Marines s’efforcent toujours d’intimider la population haïtienne en exhibant des lance-missiles, comme celui qui est fixé sur ce véhicule

Commentaire

L’arnaque politique se confirme. Alors que l’écrasante majorité de la population haïtienne se compose de miséreux, il n’y a pas un seul pauvre dans le prétendu « conseil des sages ».

Les soi-disant « représentants de l’opposition » sont en fait des membres de la bourgeoisie locale.

On ne voit pas à quel titre des prêtres seraient représentatifs d’une quelconque catégorie de la population. Au mieux, ils représentent leur religion ou leur secte.

Rien ne justifie que la place d’un miséreux soit attribuée à un prêtre, et moins encore à un bourgeois. L’imposture est flagrante.

Il paraît évident qu’aux yeux de ce bon monde les miséreux sont a priori indignes du gouvernement et censés se résigner à leurs bidonvilles.

Quant aux ministres envisagés, les membres du prétendu « conseil des sages » s’accordent, bien entendu, pour les choisir parmi la catégorie de la population privilégiée.

Scène de rue à Port-au-Prince, devant une banque, le 6 mars 2004

C’est comme si on avait décrété que tel cénacle de banquiers est « représentatif de la diversité de la société haïtienne », pour le motif que ces banquiers se feraient concurrence entre eux ; et qu’on laissait à ces banquiers le soin de choisir un premier ministre parmi les personnes les mieux loties du pays. De préférence quelqu’un disposé à fermer les yeux sur les magouilles des petits copains...

En fait, ce qui sous-tend toute cette combine, c’est la volonté d’écarter les pauvres d’un pouvoir politique dont ils s’étaient virtuellement emparés. Ce qui se met en place, c’est, de facto, une oligarchie. Le reste n’est que poudre aux yeux.

Ce n’est certainement pas en continuant de prendre les gens pour des imbéciles qu’on évitera une reprise de la guerre civile.

Scène de rue à Port-au-Prince, le 6 mars 2004

D’autre part, on relèvera que les puissances occupantes ne mettent guère de zèle pour assurer le ravitaillement de la population. Elles semblent plutôt désireuses de freiner les choses.

Comment se fait-il que rien ne soit organisé, alors que la situation était prévisible depuis des semaines ?

On a des avions pour amener des soldats parader dans les rues, mais on n’a pas d’avions pour organiser un pont aérien de nourriture. Curieuse conception des priorités...

Frank BRUNNER

Port-au-Prince, le 5 mars 2004. Malgré tous ses crimes, Jean-Bertrand Aristide bénéficie toujours de la protection de la prétendue "communauté internationale", laquelle fait ainsi un magnifique étalage de son cynisme...

Si vous souhaitez soutenir l’activité du site web interet-general.info, et si vous souhaitez promouvoir la politique d’intérêt général qu’il préconise, vos dons sont les bienvenus sur le compte de la Banque cantonale de Genève No Z 3267.34.01 Clearing bancaire (CB) : 788 IBAN CH48 0078 8001 Z326 7340 1

Compte de chèque postal : 12-1-2

Veuillez libeller les chèques au nom de : interet-general.info

AUTEURS 

  • Ibon VILLELABEITIA

  • Accueil

    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source