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dimanche 26 mars 2017
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24 heures.ch, 12 janvier 2006

Informations internationales : Les gouvernements des pays les plus pollueurs sont à la botte des géants industriels

Suivi d’un commentaire

par Bernard PERRIN


Une papèterie industrielle au Canada

Six mois après avoir créé un partenariat concurrent du Protocole de Kyoto, quelques-uns des plus gros pollueurs de la planète sont réunis à Sydney. Avec un message principal : la lutte contre le réchauffement concerne avant tout les industriels.

Un site industriel sur la Calumet River, aux Etats-Unis


Le « Partenariat sur le développement propre et le climat » a été fondé l’été 2005. Il regroupe les Etats-Unis, l’Australie, la Chine, l’Inde, le Japon et la Corée du Sud, ainsi que des grandes compagnies minières et énergétiques comme Exxon Mobil. En deux citations, le décor était planté. La première charge est venue du ministre australien de l’Energie : « Il est temps que le secteur privé prenne la tête dans la lutte contre l’émission des gaz à effet de serre. » Avec, en toile de fond, un principe intangible, rappelé par John Howard, le premier ministre australien : « Tous les pays membres de notre partenariat veulent que leurs économies continuent à croître. » Le message est donc clair : c’est aux entreprises d’agir, mais librement et sans mettre en péril leur rentabilité. La conférence, qui s’achève le 12 janvier 2006, recommandera donc au secteur privé de dégager plusieurs milliards de dollars pour financer des programmes destinés à réduire la pollution. Recommander, surtout pas imposer : les pays concernés sont allergiques à toute obligation. C’est bien pour cela qu’Américains et Australiens refusent d’adhérer au Protocole de Kyoto et à ses objectifs chiffrés.

Pollution provoquée par un site industriel sur la Calumet River, aux Etats-Unis

Pour les opposants à ce « Partenariat » entre grands pollueurs (les Etats-Unis représentent plus de 25 % des émissions de CO 2 au monde et l’Australie en produit plus par tête d’habitant que n’importe quel autre pays), cette conférence climatique s’assimile à un « hâte-toi lentement » face à une problématique urgente, et elle n’est qu’une nouvelle dérobade irresponsable d’« Etats voyous » en matière de climat. « C’est trop tôt pour le dire, tempère la climatologue Martine Rebetez. Impliquer les industries privées, c’est en théorie une très bonne chose, complémentaire des efforts étatiques. Il faut juste que les bonnes paroles soient suivies d’actes. » Or, les entreprises n’investissent pas dans les technologies renouvelables par idéal, au risque de mettre en danger leur rentabilité économique : « En effet, rien ne se fait tout seul, relève Martine Rebetez. C’est souvent la hausse du prix du pétrole qui incite les industries à se tourner vers des énergies propres. Ou les taxes étatiques qui frappent les énergies non renouvelables. Plus elles sont élevées, plus c’est efficace... »

Bernard PERRIN

Un site industriel dans la région des Grands Lacs, aux Etats-Unis

Commentaire

Dans un contexte de fuite en avant dans la compétitivité internationale, il est absurde de compter sur l’initiative des industriels pour lutter contre la pollution. En effet, les mesures visant à réduire la pollution sont coûteuses et l’entreprise qui les adopte perd un avantage concurrentiel sur ses concurrents pollueurs. La hausse de ses coûts de production empêchera cette entreprise de résister à la guerre des prix de ses concurrents pollueurs. Seules des taxes étatiques imposées à tous les pollueurs peuvent remédier à cette situation de concurrence déloyale.

Un site industriel à Green Bay, aux Etats-Unis

Il s’agit de raisonner suivant le principe du pollueur-payeur. Par exemple, on peut calculer ce que coûte le recyclage ou l’incinération du matériel informatique, puis taxer la vente des ordinateurs en sorte d’inclure ces coûts dans le prix de vente. L’industriel qui produit du matériel non polluant échappe à la taxe. Celui dont la production est la plus polluante est le plus lourdement taxé. La concurrence joue alors contre les pollueurs et favorise ceux qui polluent le moins, conformément à la logique de l’intérêt général.

Frank BRUNNER

Des poissons morts

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