Evo Morales, premier Amérindien intronisé à la présidence de Bolivie, a formé, lundi 23 janvier 2006, son gouvernement, en promettant d’unifier le pays, désamorçant provisoirement les vélléités sécessionnistes de plusieurs régions dont la riche province de Santa Cruz.
M. Morales a désigné, lundi 23 janvier 2006, son premier gouvernement, formé de seize ministres, dont beaucoup de militants de son mouvement socialiste MAS, mais aussi des spécialistes de secteurs donnés (hydrocarbures, indigènes). Au passage, il a nommé deux ministres originaires de la région rebelle de Santa Cruz : l’entrepreneur Salvador Riece, nommé aux Services et chantiers publics et l’avocat socialiste Hugo Salvatierra, aux questions indigènes.
"Le président Evo Morales a parlé la main sur le coeur d’unifier le pays, de travailler ensemble, de ne pas délaisser une opportunité pouvant bénéficier à tous les Boliviens avec la création d’emplois et la sécurité juridique", a commenté positivement, lundi 23 janvier 2006, le président de la Chambre de commerce et industrie de Santa Cruz, Gabriel Dabdoub. Les puissants entrepreneurs de Santa Cruz, région la plus riche et peuplée du pays, ont lancé, en 2005, un mouvement favorable à une autonomie politique et administrative de la province. Ils ont obtenu du président sortant, Eduardo Rodriguez, la convocation d’un référendum populaire sur les autonomies régionales qui devrait avoir lieu le 2 juillet 2006. Un premier pas vers la décentralisation a eu lieu lors du scrutin présidentiel et parlementaire du 18 décembre 2005 qui a été aussi l’occasion, pour les Boliviens, d’élire neuf gouverneurs pour les provinces du pays.
"Souhaitons qu’il (Evo Morales) honore ses engagements. Nous tous espérons que la situation s’améliore pour sortir de la pauvreté", a déclaré José Cespedes, responsable de la Chambre agro-alimentaire de l’est, basée à Santa Cruz. La région de Santa Cruz dispose d’un énorme potentiel agricole, forestier et agro-alimentaire et c’est aussi dans cette ville qu’ont leurs sièges les grandes multinationales pétrolières qui exploitent le gaz et le pétrole de la région de Tarija.
La décision d’Evo Morales de promouvoir l’unité du pays a été applaudie non seulement à Santa Cruz, mais aussi dans la région amazonienne de Beni, dans le nord-est, spécialisée dans l’élevage de bétail et la forestation. "Je crois que ce qui a été le plus important, dans son intervention (lors de la prestation de serment, dimanche 22 janvier 2006), a été l’appel à l’unité et au respect de tous les Boliviens", a estimé Miguel Majluf, un sénateur, unique représentant à la chambre haute du Mouvement nationaliste révolutionnaire, un groupement libéral. Francisco Navajas, représentant du département de Tarija, où sont concentrées les énormes réserves de gaz, principale richesse du pays, a exprimé son émotion "parce que nous avons vécu un moment historique de force et unité". "Espérons que cela nous apportera la stabilité économique", a-t-il ajouté. Dans les trois régions (Santa Cruz, Beni et Tarija), M. Morales a perdu le scrutin présidentiel, en décembre 2005, à la faveur du candidat de droite, Jorque Quiroga.
Selon le politologue Cayetano llobet, Santa Cruz "a mal vécu la prise de fonction d’Evo Morales. Il n’y avait que des Andins, des aymaras, des quechuas. Pour tout ce qui était cérémonial, Santa Cruz n’existait pas". Pour lui, "ce n’est pas un détail mineur, alors que l’un des principaux défis du gouvernement sera sa gestion économique de Santa Cruz". Comme les entrepreneurs, le journal El Deber, basé à Santa Cruz, s’est au contraire voulu optimiste, lundi 23 janvier 2006, titrant : "Evo promet un gouvernement ouvert, sans volonté de revanche".
Agence France Presse
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