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Le Monde, 8 mars 2004

Haïti : La police nationale d’Haïti (PNH) et les troupes d’occupation étrangères mises en accusation après l’attentat du 7 mars 2004, à Port-au-Prince

Suivi d’un commentaire


Blindés américains devant le palais présidentiel, à Port-au-Prince, le 4 mars 2004

La police nationale d’Haïti (PNH) et la force militaire américano-française ont été mises en accusation après ces attaques. Outre Guy Philippe, qui a accusé les forces étrangères de ne pas prendre leurs "responsabilités", des membres de l’opposition se sont élevés contre "l’inaction" de cette force face aux attaques des "chimères".

Une mitrailleuse en position de tir, prête à ouvrir le feu contre la population, devant le palais présidentiel, à Port-au-Prince, le 24 février 2004, soit cinq jours avant le départ de Jean-Bertrand Aristide

Les exploits des "chimères", tueurs à la solde du parti Lavalas de Jean-Bertrand Aristide, à Port-au-Prince, le 27 février 2004. Soit deux jours avant le départ de Jean-Bertrand Aristide

Les exploits des "chimères", tueurs à la solde du parti Lavalas de Jean-Bertrand Aristide, à Port-au-Prince, le 27 février 2004. Soit deux jours avant le départ de Jean-Bertrand Aristide

Les exploits des "chimères", tueurs à la solde du parti Lavalas de Jean-Bertrand Aristide, à Port-au-Prince, le 28 février 2004. Soit la veille du départ de Jean-Bertrand Aristide

Les exploits des "chimères", tueurs à la solde du parti Lavalas de Jean-Bertrand Aristide, à Port-au-Prince, le 28 février 2004. Soit la veille du départ de Jean-Bertrand Aristide

Les exploits des "chimères", tueurs à la solde du parti Lavalas de Jean-Bertrand Aristide, à Port-au-Prince, le 29 février 2004. Soit le jour du départ de Jean-Bertrand Aristide

Les exploits des "chimères", tueurs à la solde du parti Lavalas de Jean-Bertrand Aristide, à Port-au-Prince, le 29 février 2004. Soit le jour du départ de Jean-Bertrand Aristide

Les exploits des "chimères", tueurs à la solde du parti Lavalas de Jean-Bertrand Aristide, à Port-au-Prince. Ces cadavres ont été découverts dans une décharge publique, le 1er mars 2004. Soit le lendemain du départ de Jean-Bertrand Aristide


Au moins six personnes ont été tuées par balles, dont un journaliste espagnol, et plus de 26 autres blessées, dimanche 7 mars 2004, à Port-au-Prince, dont certaines grièvement, lors de la dispersion d’une manifestation de l’opposition au président déchu Jean-Bertrand Aristide, selon des sources médicales et des témoignages.

Les troupes d’occupation américaines n’hésitent pas à braquer des mitrailleuses et des missiles sol-sol contre la population haïtienne ; et "la communauté internationale" exige le désarmement des libérateurs d’Haïti ; alors même que les tueurs au service du parti Lavalas ont pignon sur rue et opèrent en toute impunité à Port-au-Prince...

Après ces nouvelles violences, Guy Philippe, le chef des insurgés haïtiens qui ont contribué à la chute d’Aristide, parti précipitamment le 29 février 2004 en Centrafrique, s’est dit prêt à reprendre les armes. Il a déclaré à la radio privée Radio Vision 2000 qu’il serait "très bientôt dans l’obligation de donner l’ordre à ses troupes de reprendre les armes qu’elles avaient déposées".

La manifestation anti-Aristide, à Port-au-Prince, le 7 mars 2004

La protection des militaires américains et français, qui a permis aux quelque 10000 manifestants de l’opposition de traverser la capitale haïtienne pendant quatre heures sans incidents, s’est révélée totalement inopérante pour empêcher l’irruption de tirs lors de la dislocation de la manifestation sur le champ-de-mars, face au palais présidentiel.

Les coups de feu, attribués aux "chimères", les groupes de civils armés par le président déchu, ont éclaté aussi bien de l’intérieur de la foule sur l’esplanade, que de l’extérieur, en provenance de la zone du cinéma Capitole, selon des témoins.

Un US Marine, le 7 mars 2004, à Port-au-Prince, au moment de l’attentat contre les opposants au parti Lavalas de Jean-Bertrand Aristide

Un groupe de huit journalistes, qui avaient quitté la manifestation pour filmer un corps, a été pris dans des échanges de coups de feu entre assaillants et policiers.

L’une des victimes de l’attentat de la manifestation anti-Aristide, à Port-au-Prince, le 7 mars 2004

L’une des victimes de l’attentat de la manifestation anti-Aristide, à Port-au-Prince, le 7 mars 2004

Un photographe américain du Sun Sentinel a d’abord été blessé à l’épaule par une balle, raconte Peter Andrew Bosch, photographe du Miami Herald, qui faisait partie du groupe.

"Nous nous sommes mis à l’abri dans une maison pour lui donner les premiers soins, mais deux autres sont sortis et ont été pris sous le feu des tireurs qui s’étaient postés sur un toit." Un journaliste espagnol, Ricardo Ortega, a été grièvement blessé ainsi qu’un photographe, poursuit-il. Le journaliste, qui travaillait pour la chaîne de télévision Antena 3, est décédé plus tard à l’hôpital du Canapé vert.

Des victimes de l’attentat de la manifestation anti-Aristide, à Port-au-Prince, le 7 mars 2004, dans l’ambulance qui s’apprête à les emmener à l’hôpital

Ricardo Ortega est décédé de ses blessures, le 8 mars 2004, lendemain de l’attentat contre les manifestants anti-Aristide, à Port-au-Prince

Inaction

La police nationale d’Haïti et la force militaire américano-française ont été mises en accusation après ces attaques. Outre Guy Philippe, qui a accusé les forces étrangères de ne pas prendre leurs "responsabilités", des membres de l’opposition se sont élevés contre "l’inaction" de cette force face aux attaques des "chimères".

Patrouille mixte dans les rues de Port-au-Prince, le 5 mars 2004 : des US Marines, des soldats français et des policiers anti-émeute haïtiens

Pour Micha Gaillard, responsable socialiste de l’opposition, "une manifestation pour fêter la libération d’Haïti du despotisme s’est terminée en catastrophe sanglante". "La population manifestait pacifiquement en ayant confiance en la police haïtienne et dans la force de sécurité internationale. Malheureusement elles n’ont pas agi", a-t-il déploré.

Micha Gaillard

Des déclarations faites sur des radios privées haïtiennes depuis l’hôpital du Canapé vert par un responsable militaire français, le colonel Daniel Leplatois, commandant en second du dispositif français en Haïti, selon qui "dans toute manifestation, il y a des dérapages", ont suscité un tollé à Port-au-Prince.

De nombreuses protestations d’auditeurs ont suivi, certains réclamant des "excuses" face à ce qu’ils considérent comme un "massacre" et non un "dérapage".

Le nouveau directeur général de la police, Léonce Charles, qui a rendu visite aux blessés à l’hôpital du Canapé vert, très ému, a assuré que "la police ne restera pas les bras croisés".

Quelque 2500 militaires américains, français, canadiens et chiliens ont été envoyés en Haïti pour stabiliser la situation en attendant l’envoi d’une force multinationale sous l’égide de l’ONU.

Samedi 7 mars 2004, de nouveaux pillages accompagnés de règlements de comptes s’étaient produits dans la banlieue sud-ouest de Port-au-Prince.

Avec AFP

Saint-Aristide, le patron des tueurs à gage

Commentaire

Sur la page d’accueil du site web du quotidien Le Monde, l’article ci-dessus était titré : "Une manifestation de l’opposition en Haïti dégénère". Cette formule était reprise dans le titre original de l’article : "Une manifestation de l’opposition en Haïti dégénère, faisant au moins 6 morts". Comme si l’opposition était coupable de l’attentat...

De plus, aucun attentat n’était évoqué. Les tirs dont les manifestants anti-Aristide ont été la cible étaient censés être survenus "spontanément", "lors de la dispersion d’une manifestation de l’opposition à Aristide"...

En réalité, il y a eu plusieurs tireurs, postés à divers endroits, et l’aggression était préméditée. Les tueurs sont venus armés pour l’occasion et ils avaient repéré les endroits d’où ils tireraient sur la foule. Peut-être même espérait-on que les US Marines se mettraient à vider leurs mitrailleuses sur la foule des manifestants anti-Aristide. Du point de vue des conspirateurs, l’idéal était que l’opposition politique reprenne la lutte armée, ce qui aurait "justifié" son écrasement militaire immédiat sous prétexte de "pacification" et aurait permis de désigner tous les opposants comme "des terroristes"...

Colonne blindée américaine paradant à Port-au-Prince, le 4 mars 2004

La provocation est manifeste. Il s’agit donc bien d’un attentat. Si les mêmes faits étaient survenus à Bagdad ou à Jérusalem, toute la presse aurait parlé d’un "attentat". Dès lors, pourquoi mettre un tel soin à ne pas utiliser ce mot quant "l’attentat" a lieu à Port-au-Prince ?...

Cette manière hypocrite de présenter le sujet, de la part du Monde, suggère implicitement que c’est l’opposition haïtienne qui suscite la violence. Les victimes sont coupables de l’être...

Or, le même esprit tendancieux s’est manifesté dans de nombreux articles du Monde -pour ne pas mentionner les médias américains-, depuis le départ de Jean-Bertrand Aristide. Un lecteur distrait, se contentant de lire les titres des articles, sans prendre le temps d’en lire l’intégralité, peut se persuader que le retour de Jean-Bertrand Aristide garantirait, en quelque sorte, le retour à la paix civile, tandis que l’opposition exercerait, au contraire, une influence foncièrement belliqueuse, même ses manifestations "pacifiques" tournant au massacre...

Des opposants au parti Lavalas menaçant la paix civile à Port-au-Prince, le 7 mars 2004, peu avant de se faire arroser de plomb par la coalition des hypocrites

Il s’agit là d’une flagrante désinformation. C’est-à-dire que tout se passe comme si une campagne médiatique visait à préparer l’opinion publique internationale au retour de Jean-Bertrand Aristide à Haïti, puis à un écrasement militaire de ceux qui s’opposeraient à ce retour.

En France -comme sans doute partout-, au sein de la gauche caviar, on affecte de ne voir dans les libérateurs d’Haïti que des "ex-membres d’escadrons de la mort", c’est-à-dire des gens "de droite", auxquels il est "bien évidemment" hors de question de remettre le pouvoir politique.

Quant au soutien populaire massif dont bénéficient les soi-disant "cannibales" et autres "terroristes", on affecte de le snober, lui aussi. Pensez donc, ces peuples primitifs n’ont aucune conscience de classe ! Heureusement que nous autres, grand politologues "de gauche", savons mieux qu’eux ce qui est bon pour eux !...

Les libérateurs d’Haïti accueillis par une foule en liesse, à Port-au-Prince, le 1er mars 2004

Comme on n’en est pas à une hypocrisie près, pour les besoins de la cause, on affecte de trouver Jean-Bertrand Aristide carrément sympathique. Du coup, on l’appelle "Titid". Cela vous a un petit côté prolétaire fort mondain.

Aux Etats-Unis, le candidat John Kerry, loin de réclamer l’arrestation de Jean-Bertrand Aristide, affecte hypocritement d’ignorer ses crimes et dépeint Jean-Bertrand Aristide comme un martyr perfidement abandonné par "Bush le lâche qui n’a même pas bombardé un village vietnamien au napalm, alors qu’il aurait pourtant eu l’occasion de le faire !..."

Des enfants fuient un village bombardé au napalm par l’aviation américaine, pendant la guerre du Vietnam

La vacuité des uns et le cynisme des autres étant ce qu’ils sont, on est en droit de soupçonner le gouvernement français de jouer un double-jeu à Haïti. C’est-à-dire que, d’un côté, Dominique de Villepin lance un vibrant "appel à l’union des forces démocratiques", mais en réalité on s’allie aux forces despotiques, tout en dépeignant les authentiques démocrates comme un agglomérat de méprisables guenilleux qui exerceraient une menace "terroriste" permanente sur "la paix civile".

Ce double-jeu du gouvernement français à Haïti expliquerait pourquoi "l’union des forces démocratiques" et sa puissante alliée "la communauté internationale" n’ont toujours pas procédé à l’arrestation de Jean-Bertrand Aristide, alors que ses crimes sont connus et que nul n’ignore où il se trouve. Comment le gouvernement français peut-il espérer être crédible dans son appel aux démocrates, alors même qu’il protège un despote ? Combien de terroristes corses ont-ils été emprisonnés pour des actes moins graves que ceux commandités ou directement perpétrés par Jean-Bertrand Aristide ?

Scène de rue, à Port-au-Prince, le 3 mars 2004. Un graffiti rédigé en anglais est censé "prouver" la popularité de Jean-Bertrand Aristide aux yeux des médias internationaux. Le petit détail qui contredit l’apparente logique du message, c’est qu’un Haïtien aurait rédigé ce graffiti en créole...

Ce qui se dégage de tout cela de manière frappante, c’est que la logique politique de la France, et la logique politique des Etats-Unis à Haïti, s’opposent à la logique interne de l’intérêt général. Tout exsude la malhonnêteté intellectuelle, le "système des deux poids et deux mesures".

La logique interne de l’intérêt général n’est pas un phénomène qui se laisse manipuler. Il ne s’agit pas non plus d’un phénomène qu’on puisse tromper ou qui se laisse payer de mots creux. On peut s’y associer, comme on peut s’y opposer. Selon qu’on s’y associe ou qu’on s’y oppose, les conséquences logiques sont fondamentalement inverses. Mais le phénomène demeure ce qu’il est.

En d’autres termes, il ne sert à rien de discourir sur "l’intérêt général" si, dans la pratique, on s’y oppose. Les mensonges n’empêchent pas la réalité d’être ce qu’elle est.

Frank BRUNNER

Des pillards sortent de la villa de Jean-Bertrand Aristide, le 29 février 2004, quelques heures à peine après le départ du tyran. Comme par hasard, un photographe est sur place. Par contre, il n’y a personne pour s’opposer au pillage. Il en ira de même le lendemain, avec un photographe sur les lieux, afin d’immortaliser la scène, mais personne pour s’opposer au pillage... Le pillage de cette villa, par des Haïtiens -systématiquement photographiés à l’intention des médias internationaux- n’aurait-il pas servi de camouflage à une fouille des lieux antérieure, menée par les services spéciaux américains, dans le but de faire disparaître des documents ou d’autres objets compromettants pour le gouvernement des Etats-Unis ?

Port-au-Prince, le 1 mars 2004. Pour la deuxième journée consécutive, depuis le départ de Jean-Bertrand Aristide, sa villa est pillée en présence de photographes, mais il n’y a personne pour s’opposer au pillage...

Port-au-Prince, le 1 mars 2004. Pour la deuxième journée consécutive, depuis le départ de Jean-Bertrand Aristide, sa villa est pillée en présence de photographes, mais il n’y a personne pour s’opposer au pillage...

Le 3 mars 2004, on apprenait qu’un coffre-fort avait été "découvert" sous la villa de Jean-Bertrand Aristide : "Plus de 200000 dollars pourrissaient dans un coffre-fort enfoui sous la résidence de l’ex-président haïtien Jean-Bertrand Aristide, à Port-au-Prince. Attaqués par la moisissure, les billets de 100 dollars sont à peine lisibles"

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