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Le Monde, 3 février 2006

Côte d’Ivoire : Paris demande aux Nations Unies de sanctionner des dirigeants

par Philippe BOLOPION


Vue du QG de l’ONU à Abidjan

Après quatorze mois de vaines menaces, la France a officiellement déposé auprès du comité des sanctions du Conseil de sécurité de l’ONU, jeudi 2 février 2006, une liste contenant les noms de trois responsables ivoiriens que Paris, de concert avec le Royaume-Uni, le Danemark et la Slovaquie, souhaite voir sanctionnés. Le document vise Charles Blé Goudé, le dirigeant des "jeunes patriotes" fidèles au président ivoirien Laurent Gbagbo ; le "maréchal" Eugène Djué, l’un des chefs de ces "patriotes" ; et Fofié Kouakou, un commandant des Forces nouvelles basé à Korhogo, dans le nord contrôlé par les rebelles.


Le président du comité des sanctions devait communiquer cette liste, vendredi 3 février 2006, aux quinze membres du Conseil de sécurité, qui devaient alors disposer de deux jours (ouvrables) pour exprimer toute objection. Si, comme le prévoient les diplomates impliqués, aucun des quinze pays ne se manifeste, les trois personnalités ivoiriennes seront automatiquement frappées, dès mardi 14 février 2006, d’une interdiction de voyager à l’étranger et du gel de leurs avoirs, prévus par la résolution 1572 du 15 novembre 2004. Mais il suffirait que la Chine, dont la position reste ambiguë, fasse part de ses réserves pour que le processus soit gelé.

Charles Blé Goudé

Charles Blé Goudé et Eugène Djué sont accusés d’être les instigateurs des manifestations violentes qui ont visé l’Organisation des Nations Unies en Côte d’Ivoire (Onuci), entre le 16 janvier et le 20 janvier. La liste déposée, jeudi 2 février 2006, leur impute aussi des violations des droits de l’homme et des appels à la violence. Ils auraient par ailleurs fait obstacle au processus de paix, à l’action de l’ONU et à la liberté de circulation des forces onusiennes et françaises. Fofié Kouakou est, pour sa part, accusé de violations des droits de l’homme et du recrutement de mercenaires et d’enfants-soldats. Son nom a été ajouté à la liste par souci d’"équilibre" entre les deux camps. Comme Eugène Djué et Fofié Kouakou, Charles Blé Goudé figurait sur une liste secrète de 95 Ivoiriens accusés, fin 2004, de crimes par une mission du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme. Le rapport mettait aussi en cause Guillaume Soro, le chef des rebelles, Simone Gbagbo, l’épouse du président, et Kadet Bertin, un conseiller présidentiel chargé de la défense.

Eugène Djué

Ce nouveau pas vers des sanctions intervient alors que, selon des sources onusiennes, les "jeunes patriotes" et les milices armées progouvernementales s’organisent pour attaquer les positions des Nations Unies dans le pays. Des réseaux de renseignement onusiens, mis en place après les manifestations "orchestrées" de fin janvier, font état de distributions d’armes, de séances d’entraînement et de consignes pour imposer des grèves dans les villes. Des personnels de l’Onuci ont été menacés, et leurs adresses personnelles seraient tombées aux mains des "jeunes patriotes". Ces rapports alarmants ont conduit Kofi Annan à publier, mercredi 1er février 2006, un communiqué prévenant que "des violences massives pourraient être déclenchées, à Abidjan et dans d’autres régions de Côte d’Ivoire". Fait rare, le secrétaire général de l’ONU a interpellé nommément le président Gbagbo et son chef d’état-major, le général Mangou, en leur rappelant "leur responsabilité personnelle dans la prévention des violences, y compris des attaques dirigées contre le personnel et les installations des Nations Unies dans le pays, ainsi que des violences ethniques".

Fofié Kouakou passe en revue des rebelles, à Korhogo, le 19 avril 2004

L’ONU s’est préparée à faire face à d’éventuels troubles en renforçant la protection de ses installations, en regroupant ses casques bleus autour de quelques bases mieux défendues, et en évacuant près d’un tiers de ses quelque 1200 personnels civils, ceux jugés "non essentiels". La France a, de son côté, préparé un projet de résolution pour autoriser d’urgence le redéploiement en Côte d’Ivoire d’une compagnie d’infanterie mécanisée, composée de plus de 200 casques bleus nigérians en poste au Liberia. La menace est réelle. "Je ne me laisserai pas intimider par des sanctions [dont les auteurs] assumeront les conséquences, a récemment déclaré Charles Blé Goudé. Je ne suis pas sûr que mes sympathisants soient prêts à accepter cette provocation de trop."

Guillaume Soro Kigbafori

Depuis plus d’un an, la mise en œuvre des sanctions a été retardée par les efforts diplomatiques de l’Union africaine et de l’Afrique du Sud. Ces derniers jours, les Etats-Unis ont ralenti la marche en raison de procédures administratives complexes qui requièrent la signature du président Bush avant que le Trésor puisse geler les avoirs d’individus. Il a fallu l’intervention de l’ambassadeur de France à Washington pour accélérer le mouvement.

Philippe BOLOPION

Simone Gbagbo

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