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vendredi 24 février 2017
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Le Temps, 11 février 2006

Corruption : Le gouvernement suisse est complaisant à l’égard des entreprises impliquées dans le scandale "Pétrole contre nourriture"

par Ram ETWAREEA


Vue des locaux de Novartis, à Berne

Aucune enquête n’a encore été ouverte sur les entreprises suisses accusées d’avoir versé des pots-de-vin pour décrocher des contrats en Irak, entre 1996 et 2003, dans le cadre du programme « Pétrole contre nourriture ». ABB et Phonak, dont les noms figurent dans le rapport de la commission d’enquête Volcker, affirment qu’elles n’ont pas été interpellées à ce jour, ni par le Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco) ni par les limiers du Ministère public de la Confédération (MPC).

Suisse


La série d’enquêtes avait pourtant été annoncée, fin octobre 2005, par le Secrétariat d’Etat à l’économie, le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), la Commission fédérale des banques (CFB) et le Ministère public de la Confédération. C’était au lendemain de la publication du rapport final de la Commission Volcker portant sur le programme qui a permis à l’Irak de vendre son pétrole et de financer les importations des produits essentiels. Au fait, il avait donné lieu à un vaste réseau de corruption impliquant le régime de Saddam Hussein et des centaines d’entreprises qui avaient versé des dessous-de-table pour décrocher des contrats. Plus d’une vingtaine d’entreprises suisses sont pointées du doigt dans le rapport de la commission d’enquête, dont ABB, Agromatic, Ciba Specialities, Cilag, Roche, JMor Business Consulting, Mechtool, Novartis, Phonak, et Sulzer.

Paul Volcker

« Nous réfléchissons si nous allons de l’avant avec ces enquêtes, explique Tania Kocher, porte-parole de la Commission fédérale des banques. Une décision sera prise d’ici au mois d’avril 2006. » Le Secrétariat d’Etat à l’économie, responsable du service « Contrôle à l’exportation et des sanctions internationales », ainsi que le Département fédéral des affaires étrangères refusent d’être accusés d’inaction. « Il a été convenu que le Ministère public de la Confédération prenne l’initiative », explique Rita Baldegger, porte-parole du Secrétariat d’Etat à l’économie. Sollicité à maintes reprises, le Ministère public de la Confédération n’a pas répondu à notre appel.

Un robot ABB

Côté entreprises, ABB, Phonak et Roche ont pris l’accusation de la Commission Volcker au sérieux. « Nous avons lancé une enquête qui touche aussi toutes les filiales à l’étranger, notamment en France, en Autriche, en Turquie et en Jordanie », explique Wolfram Eberhart, porte-parole d’ABB. « Oui, nous avons livré des appareils à l’Irak et nous avons fait une enquête à l’intérieur pour situer les responsabilités », déclare Stefan Blum chez Phonak.

Globalement, la Commission Volcker estime à 2400 le nombre d’entreprises qui seraient impliquées dans le scandale. Des enquêtes sont en cours dans de nombreux pays. Pas plus tard que jeudi 9 février 2006, le directeur d’Australia Wheat Board, puissant corps para-étatique, a dû démissionner. En Allemagne, six cadres de DaimlerChrysler ont été suspendus mi-janvier 2006. Au Danemark, des accusations préliminaires viennent d’être retenues contre une entreprise.

Ram ETWAREEA

Vue du siège de Roche à Basel

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