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mercredi 29 mars 2017
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Le Monde, 14 février 2006

Proche Orient : Les Etats-Unis et Israël veulent déstabiliser le gouvernement palestinien

Suivi d’un commentaire


Selon le New York Times de mardi 14 février 2006, les Etats-Unis et Israël travailleraient à mettre en place des moyens de déstabiliser le gouvernement palestinien, si le Hamas refusait de faire les concessions qu’on réclame de lui (reconnaissance de l’Etat d’Israël, abandon de la lutte armée, reconnaissance des accords israélo-palestiniens passés). Le quotidien américain s’appuie sur des témoignages anonymes "d’officiels israéliens et de diplomates occidentaux". Le plan consisterait à étouffer économiquement et diplomatiquement l’Autorité palestinienne dirigée par le Hamas, un mouvement classé comme terroriste par les Américains et l’Union européenne.


"L’idée est de mettre la responsabilité du choix sur les épaules du Hamas", a exposé un diplomate au New York Times. "S’ils font le mauvais choix, alors on ne leur laissera que des voies menant dans la mauvaise direction." Un porte-parole du ministre des Affaires étrangères israélien a nié l’existence d’un "plan". L’ambassade des Etats-Unis à Jérusalem a refusé de commenter l’affaire.

L’intention de couper les crédits à un gouvernement du Hamas n’est pas nouvelle. Israël menace de geler les droits de douane qu’elle reverse à l’Autorité palestinienne, et les Etats-Unis et l’Union européenne de suspendre leurs aides. Mais, selon le New York Times, les discussions actuelles, "aux plus hauts niveaux du département d’Etat américain et du gouverment israélien", iraient plus loin : il serait question de "couper" les liens entre la bande de Gaza et la Cisjordanie, et d’empêcher les mouvements de personnes et de biens. L’espoir des Etats-Unis et d’Israël serait que les Palestiniens, qui selon des sondages ont élu le Hamas pour ses promesses d’une vie meilleure, replacent alors aux affaires le Fatah, redevenu attractif suite à l’échec du Hamas, expose le quotidien américain.

Une des analyses-clés du "plan" est que la victoire du Hamas sur le Fatah a été moins large qu’on l’a cru. Selon le directeur d’un institut d’études politiques palestinien, Khalil Shikaki, si le Hamas a remporté 56 % des sièges avec seulement 44 % des voix, c’est parce que le Fatah a commis l’erreur de ne pas demander le retrait de ses candidats indépendants dans certaines ciconscriptions. "Le Fatah est désormais obsédé par l’idée de défaire cette élection au plus vite", a-t-il affirmé au New York Times. "Israël et les Etats-Unis aussi. L’Autorité palestinienne pourrait s’effondrer en six mois." Mahmoud Abbas, le président palestinien issu du Fatah, serait appelé à jouer un rôle central dans ce plan, puisqu’il aurait la charge de convoquer un nouveau scrutin, selon le New York Times.

Les révélations du quotidien américain interviennent au lendemain d’un renforcement des pouvoirs du président : lundi 13 février 2006, le Parlement palestinien lui a voté un pouvoir de nomination des membres du Conseil constitutionnel, qui lui permettrait d’exercer indirectement un veto sur les lois d’un futur gouvernement du Hamas. Son contrôle sur la télévision et radio d’Etat a été accru. Le Mouvement de la résistance islamique a immédiatement protesté, arguant que l’ancien Parlement n’avait aucun pouvoir créer de nouvelles lois.

Le plan américano-israélien comporte des "risques", souligne le New York Times. Le Hamas a déjà réagi durement : "Nous espérons que ce n’est pas la politique que les Américains vont suivre. Ceux qui essaieront de nous isoler se verront isolés dans la région", a répliqué le porte-parole Farhat Asaad. L’allusion est claire : le mouvement pourrait se rapprocher de soutiens comme l’Iran et la Syrie, et rechercher des financements privés. "C’est un rejet du processus démocratique que les Américains appellent de leurs vœux", a ironisé Moushir Al-Masri, un autre porte-parole du Hamas.

Mardi 14 février 2006, Israël a réaffirmé qu’il excluait tout dialogue avec le Hamas pour l’instant. Le ministre de la défense, Shaul Mofaz, en visite au Caire, et le président israélien, Moshe Katsav, de passage à Athènes, ont souligné qu’"Israël ne tolérerait pas la poursuite du terrorisme par le Hamas".

Avec "New York Times", AFP, AP

Commentaire

Les Etats-Unis accusent régulièrement tel ou tel pays de "déstabiliser la région", mais on constate qu’eux-mêmes se permettent sans le moindre scrupule ce qu’ils prétendent interdire aux autres.

Il y a tout lieu de croire que le plan américano-israélien ne s’avérera pas moins contre-productif que les basses manoeuvres israéliennes qui visaient à empêcher la victoire électorale du Hamas.

A supposer que Mahmoud Abbas entre dans le jeu américano-israélien, il fera figure de vendu aux yeux de l’ensemble des Palestiniens. Le Fatah comporte des tendances beaucoup plus extrémistes que le Hamas, puisqu’elles rejettent même l’idée d’une trêve avec Israël. Mahmoud Abbas se retrouverait à la tête d’un Fatah divisé dont on ne voit guère pourquoi il accepterait une politique décidée par Israël et les Etats-Unis. Si Mahmoud Abbas fait figure de traître aux yeux de la base du Fatah, à quoi lui servira le soutien des Etats-Unis et d’Israël ? Ce soutien ne pourra qu’achever de le discréditer, en le faisant apparaître comme la marionnette des étrangers.

Il faut bien voir que Mahmoud Abbas n’a pratiquement rien obtenu des Israéliens, malgré son attitude conciliante à leur égard. Le peu qu’il a obtenu est remis en question par les Israéliens sous n’importe quel prétexte. Le retrait israélien de la bande de Gaza a été décidé en raison de considérations militaires -les colonies israéliennes étaient indéfendables- et non pour faire plaisir aux Palestiniens. La colonisation des terres palestiniennes spoliées s’est poursuivie en Cisjordanie. On exige du Hamas qu’il reconnaisse Israël, alors qu’Israël n’a nullement reconnu une Palestine dont les terres continuent d’être annexées. Le Hamas a proposé la fin des hostilités en échange du retour aux frontières israéliennes de 1967. Le gouvernement israélien n’a même pas répondu.

Alors même que les Israéliens tuent au moins trois fois plus de Palestiniens que les Palestiniens tuent d’Israéliens, on n’exige nullement des Israéliens qu’ils "renoncent à la violence". Bien au contraire, ils peuvent assassiner qui bon leur semble, en bénéficiant de la complaisance des prétendus moralistes de la "communauté internationale". En quelque sorte, on demande aux Palestiniens de se laisser assassiner et de laisser assassiner leurs enfants sans réagir. On décrète hypocritement que les Israéliens seraient d’innocentes victimes. Le terrorisme d’Etat israélien n’est jamais reconnu pour tel, tandis que la légitime résistance aux troupes d’occupation israéliennes est assimilée à du terrorisme.

Il y a tout lieu de croire que les Palestiniens ne se soumettront pas à l’arbitraire qu’Israël et ses alliés occidentaux prétendent leur imposer. On ne voit pas non plus pourquoi les pays arabes se laisseraient manipuler par Washington et Jérusalem en participant à un blocus de la Palestine. Il est certain que la mise en oeuvre du plan américano-israélien discréditera ceux qui y participent aux yeux des musulmans.

Frank BRUNNER

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