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Le Monde, 9 mars 2004

Le lucratif marché de la sécurité en Irak attire les mercenaires sud-africains

Johannesburg de notre correspondante

par Fabienne POMPEY


Vue de Johannesburg

Le cheveux blond coupé ras, l’allure martiale, Richard Rouget avait payé son amende sans sourciller. Quelques 11000 euros pour avoir recruté une douzaine de mercenaires sud-africains pour le compte du gouvernement de Côte d’Ivoire. L’affaire avait été jugée par un tribunal de Pretoria en juillet 2003.

Richard Rouget


L’Afrique du Sud fait la chasse aux mercenaires

Cet ancien sous-lieutenant de l’armée française, naturalisé Sud-Africain, était le premier à tomber sous le coup de la loi de 1998 sur "l’assistance militaire à l’étranger" qui interdit les activités de mercenariat, y compris l’entraînement et le recrutement.

Le 13 février 2004, un second procès a eu lieu. Un ancien officier de l’armée de l’air sud-africaine, Carl Alberts, a été libéré après avoir payé une amende de 2345 euros.

Carl Friedrich Wilhelm Alberts

Le montant de ces amendes est "ridicule", note Henri Boschoff, directeur de l’Institut sud-africain de recherche en sécurité, organisme qui avait dénoncé en 2001 la présence de mercenaires sud-africains en Côte d’Ivoire.

Le gouvernement tente depuis des années de mettre un terme à ce secteur d’activité dans lequel les Sud-Africains sont très actifs, notamment en Sierra Leone, au Liberia ou en Angola.

Les grandes compagnies de sécurité qui avaient pignon sur rue, comme Executive Outcomes, ont été fermées. Pour rouvrir peu après, sous d’autres noms, dans d’autres pays.

En janvier 2004, une nouvelle affaire a éclaté. Un Sud-africain, François Strydom, était tué dans un attentat devant l’Hotel Shahine à Bagdad, et quatre de ses compatriotes blessés.

François Strydom était employé par la compagnie britannique Erinys, société spécialisée dans la "sécurité et le renseignement" en Afrique et au Moyen-Orient.

Erinys a signé en mai 2003 un contrat de 39,4 millions de dollars avec la coalition américaine pour la protection de sites pétroliers.

Vue de Bagdad

Contrats renouvelables

Cette compagnie a plusieurs succursales dont une en Afrique du Sud. "Nous ne nous occupons pas des contrats en Irak. En tant qu’Erinys Afrique, nous fournissons des informations sur les risques aux entreprises qui veulent travailler sur le continent. En aucun cas nous ne sommes responsables de l’emploi de personnel de sécurité", se défend le directeur d’Erinys Afrique, Johan Viljoen. "Erinys Irak fait appel à des sous-traitants, qui recrutent le personnel. Ce sont des gens qui viennent du monde entier, et aussi d’Afrique du Sud, comme Strydom", explique-t-il.

Johan Viljoen (à droite) pendant un safari au Mozambique

Après le décès de François Strydom, le gouvernement a assuré n’avoir aucune information sur les Sud-Africains employés en Irak.

Pourtant, la police sud-africaine constatait déjà des défections dans ses rangs. Sur la centaine de membres de l’unité d’élite Task force, six ont démissionné pour s’engager en Irak. "Les contrats sont bien plus intéressants. En deux mois, ils vont gagner l’équivalent d’un an de salaire ici", explique Henri Boschoff.

Les contrats, renouvelables, sont établis en général pour une durée de trois mois avec des salaires se situant entre 35000 et 100000 rands par mois (de 4200 à 12000 euros), alors que les plus hauts gradés ne peuvent espérer gagner plus de 1500 euros mensuels en Afrique du Sud. Selon les déclarations dans la presse d’un membre de la Task Force, une centaine de Sud-Africains seraient actuellement employés en Irak.

Ils sont donc concernés par la loi antimercenaires, qui interdit aux personnels de sécurité d’intervenir dans des pays classés "zone de guerre".

Après plusieurs semaines de tergiversations, le ministère de la défense a tranché début mars : l’Irak est bien le "théâtre d’un conflit armé".

Soldat américain à Kirkouk

Désormais tout Sud-Africain qui exerce des activités dans le domaine de la sécurité, du renseignement, du recrutement ou même de l’assistance médicale en Irak peut être poursuivi. Le ministère de la défense s’intéresse aux militaires et aux policiers qui prennent de longs congés.

Le chef de la Task Force, Mike Fryer, a reçu un par un les membres de son unité pour les mettre en garde. Ces policiers d’élite pourraient cependant continuer d’être tentés par l’aventure lucrative en Irak ou ailleurs, compte tenu de la faiblesse des sanctions prévues par la loi antimercenaires.

Fabienne POMPEY

Paysage de l’Afrique du Sud

Drapeau de l’Afrique du Sud

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