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mercredi 29 mars 2017
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AFP, 9 mars 2004

Haïti : les Etats-Unis se comportent toujours davantage comme en pays conquis. Les troupes d’occupation prennent l’habitude de tirer sur la population

Suivi d’un commentaire


Mutial Telusma, le conducteur de taxi abattu par les soldats américains, à Port-au-Prince, le 8 mars 2004

PORT-AU-PRINCE (AFP) - Haïti était toujours, mardi 9 mars 2004, le théâtre de violences, en dépit d’une présence accrue de troupes étrangères, faisant au moins deux morts en moins de 24 heures à Port-au-Prince, alors que le pays devait se doter dans l’après-midi d’un nouveau Premier ministre.

Sedelin Telusma (à gauche) et Vernet Kelly pleurent près des lieux du meurtre de Mutial Telusma, le conducteur de taxi abattu par les soldats américains, le 8 mars 2004, à Port-au-Prince


Le général à la retraite Hérard Abraham, 63 ans, et le commerçant Smarck Michel, 67 ans, ancien Premier ministre d’Aristide (1994-1995) sont les deux personnalités les plus souvent citées pour prendre ce poste. Un nouveau gouvernement devrait de son côté être annoncé samedi.

Pour la deuxième fois en deux jours, les Marines ont ouvert le feu contre des Haïtiens. Après avoir tué, dimanche 7 mars 2004, un Haïtien qui les menaçait, des militaires américains ont abattu lundi soir, 8 mars, un chauffeur de taxi de 31 ans à un barrage près de la zone industrielle jouxtant l’aéroport de Port-au-Prince.

"Il y a eu un Haïtien tué et un blessé" dans cette affaire survenue vers 20h00 locales, selon le Pentagone, qui a parlé d’une voiture arrivée au barrage américain "à très vive allure".

Une radio privée, Radio Métropole, a affirmé que la victime, à l’identité inconnue, n’avait pas respecté un ordre de s’arrêter. Les militaires ont alors ouvert le feu, tuant le chauffeur et blessant un autre occupant de la voiture.

La voiture, sous l’impact des balles, s’est enflammée et sa carcasse brûlée était encore visible mardi matin.

En signe de protestation, des habitants ont érigé mardi pendant deux heures des barricades de pneus enflammés pour bloquer la circulation. Ces barricades ont ensuite été retirées par la police haïtienne.

Pneus brûlés, à Port-au-Prince, le 9 mars 2004, pour protester contre le meurtre de Mutial Telusma par les soldats américains, le 8 mars

Dans la même zone, cible de multiples pillages depuis plusieurs jours, une personne a été tuée par balle et une autre blessée lors de violences mardi matin. Des témoins ont dit que les tirs venaient de la police, mais cette information n’a pu être confirmée.

Les Etats-Unis ont déployé 1100 militaires en Haïti, les Français 600, les Chiliens 328 et les Canadiens une centaine.

Des proches de Mutial Telusma, le 9 mars 2004

Dans un communiqué transmis mardi à l’AFP à Addis-Abeba (Ethiopie), l’Union africaine a estimé que le départ du pouvoir du président déchu d’Haïti Jean Bertrand Aristide était "anticonstitutionnel".

"La manière anticonstitutionnelle avec laquelle le président Aristide a été retiré du pouvoir constitue un dangereux précédent pour toute personne élue en bonne et due forme", précise le communiqué.

L’ex-président séjourne en Centrafrique depuis le 1er mars, au lendemain de son départ de Port-au-Prince, sous la pression conjuguée de la rue et de plusieurs pays, France et Etats-Unis en tête.

"Il n’a pas été forcé à partir, il n’a pas été enlevé", a rétorqué le secrétaire d’Etat américain Colin Powell. "Il était avec ses gens, ses gardes du corps, qui lui ont dit qu’il était temps de partir. Il a acquiescé, écrit sa lettre de démission, et est parti", a-t-il précisé.

Il y a bien eu "démission formelle" d’Aristide et "sa lettre de démission a été actée", a renchéri le ministère français des Affaires étrangères, en réponse à Aristide qui affirme être toujours le "président élu" de Haïti, qu’il souhaite regagner.

Lors d’un discours devant le Parlement canadien, le secrétaire général des Nations Unies Kofi Annan a plaidé pour "un engagement à long terme" de la communauté internationale en Haïti. "Seul un engagement à long terme permettra d’aider ce pays, et d’en assurer la stabilité et la prospérité", a-t-il dit.

Kofi Annan

"L’expérience en Haïti montre comment la pauvreté, l’instabilité et la violence se nourrissent entre elles, avec des répercussions sur la région", a ajouté le secrétaire général.

L’ONU a lancé un appel urgent mardi pour réunir 35 millions de dollars pour Haïti, un pays de huit millions d’habitants. "Pour éviter plus de souffrances, les donateurs doivent répondre rapidement", souligne un communiqué.

Agence France Presse

Daniel Leplatois (Français) et Charles Gurganus (Américain). Ce dernier devrait donner un cours intitulé : "Comment les Américains parviennent à se faire détester, en une semaine, par toute la population d’un pays"...

Commentaire

Le fait que le taxi ait pris feu "sous l’impact des balles" américaines indique que les soldats américains ont dû tirer à la mitrailleuse.

Il s’agit d’un comportement totalement irresponsable mais très révélateur de l’attitude mentale qui règne, au sein des forces d’occupation américaines, à l’égard de la population haïtienne, considérée comme "de la racaille" par le gouvernement des Etats-Unis.

Il est devenu évident que la présence des troupes étrangères n’a nullement pour but de "rendre service" à la population haïtienne, et moins encore de la protéger. Il s’agit de l’intimider, afin que les Etats-Unis puissent remettre le pays à leur botte.

Enfin, on relèvera que la version américaine, à propos de l’attentat du 7 mars 2004, contre les manifestants anti-Aristide, à Port-au-Prince, s’est modifiée. En effet, le 7 mars, les Américains prétendaient avoir riposté aux tirs dirigés sur la foule par les exécutants de l’attentat. Désormais, les Américains prétendent que c’est eux-mêmes qui étaient menacés et qu’ils n’auraient fait "que se défendre" en ouvrant le feu sur la foule...

Les Haïtiens devraient lancer une pétition pour exiger de l’ONU le départ sans délai des forces américaines. Il ne fait aucun doute que la politique des Etats-Unis à Haïti se traduira par des morts toujours plus nombreux. L’un des résultats de cette affaire sera de discréditer l’ONU et tous les pays qui auront participé à l’occupation d’Haïti, puisqu’ils sont, de facto, complices des Etats-Unis à défaut de s’opposer ouvertement à leurs agissements.

Frank BRUNNER

Port-au-Prince, le 8 mars 2004. Un US Marine fait son petit numéro de dictateur

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