retour article original

mercredi 29 mars 2017
Vous êtes ici Accueil Archives Archives Informations internationales (1ère partie) 2003-2004

Informations internationales : Reporters sans frontières dénonce « la mascarade jouée à l’ONU »

par Robert MENARD


Le Matin du 10 août 2003 a publié des extraits d’une lettre ouverte signée par Robert Ménard, secrétaire général de Reporters sans frontières.


Il y a quelques jours à peine, Reporters sans frontières était suspendue pour un an de la Commission des droits de l’homme des Nations Unies : lors de sa dernière session, nous avions brocardé la présidente libyenne de cette instance. Une faute gravissime que nous ont reprochée une brochette d’Etats plus dictatoriaux les uns que les autres. Comment avions-nous osé rappeler que la Libye est un Etat terroriste, toujours sous le coup de sanctions onusiennes et certainement pas le plus à même de présider une instance chargée de défendre les libertés ?

Aujourd’hui, c’est au tour de la Sous-Commission des droits de l’homme de réclamer des sanctions contre notre organisation. Mme Halima Ouarzazi, c’est son nom, nous accuse de « forfaiture » et de « porter atteinte à la crédibilité des organisations non gouvernementales ». Et elle saisit le haut-commissaire aux droits de l’homme, le comité des ONG et la présidente de la Commission des droits de l’homme pour qu’ils imaginent une punition à la hauteur du délit commis. Pourquoi ? Nous avons distribué « un document calomnieux » dans la salle de réunion de ladite sous-commission, alors que nous venions d’être exclus du « Machin » cher au général de Gaulle.

Motion Ponce Pilate

Et que disait ce brûlot ? Il rappelait, dans le détail, la mascarade qui se joue, chaque printemps, à Genève, lors de la réunion des cinquante-trois membres de cette fameuse commission. Il expliquait, par exemple, qu’un bon nombre de ces Etats, chargés de faire appliquer pactes, conventions et autres traités sur les droits de l’homme, ne les ont pas eux-mêmes signés ! Un peu comme si des voleurs présidaient un tribunal et jugeaient d’autres malfrats... Il mentionnait une petite trouvaille de ces mêmes Etats qui pourrait prêter à rire si elle ne leur permettait de se dédouaner de tous leurs engagements sur le terrain des libertés : cet artifice de procédure particulièrement ingénieux s’appelle une « motion de non-action ». En clair, il s’agit de faire voter un texte qui interdit par avance à la commission de se pencher sur la situation de tel ou tel pays. Résultat des courses : la Chine pendant des années et le Zimbabwe en 2003 ont pu échapper à la moindre mise en cause. Astucieux, non ?

Initiative de Cuba

Ne plus jouer le jeu, cracher dans la soupe onusienne, comme nous le reprochent certains, appeler un bourreau par son nom sans aucune de ces précautions de langage qu’on affectionne tant dans les couloirs de l’ONU, quels crimes !

Tous les observateurs savent bien que la commission s’est définitivement discréditée. Encore faut-il le dire haut et clair. Pour l’avoir fait, Reporters sans frontières est aujourd’hui dans le collimateur de régimes autoritaires, toujours prêts à quelque sainte alliance pour dénoncer les trouble-fête qui s’obstinent à dénoncer dérives et dérapages.

Etre montré du doigt par de tels prédateurs -ou leurs représentants stipendiés- n’est ni embarrassant ni préjudiciable à notre action. Et, pour tout dire, avoir été suspendus à l’initiative de Cuba, grande démocratie devant l’Eternel, ne nous paraît pas une marque d’infamie...

Fidel Castro

Déliquescence et cynisme

Mais que les démocraties continuent de subordonner les droits de l’homme à leurs intérêts politiques à court terme, de se prêter à ces petits jeux stériles -même si Dominique de Villepin a su trouver récemment les mots justes pour dénoncer ce carnaval des hypocrites- est autrement inquiétant. Et, surtout, révélateur du degré de déliquescence et de cynisme atteint par tout le système des Nations Unies.

Ce sont aujourd’hui les mœurs en vigueur dans les couloirs du Palais des Nations. Les coquins ont pris le pouvoir à Genève. Ils savent se porter assistance. Et les victimes de leurs exactions ? Oubliées, reléguées dans quelques rapports que plus personne n’a la naïveté de prendre au sérieux tant on sait qu’ils finiront sur les étagères déjà encombrées de quelques groupes ou sous-groupe de travail...

Au fait, Madame Ouarzazi, savez-vous que dans votre pays, dans ce bon royaume du Maroc, on a condamné, en mai dernier, un journaliste, Ali Lmrabet, à trois ans de prison pour un simple délit d’opinion ? Un crime de lèse-majesté : il a publié des dessins se moquant de la servilité de l’entourage de Mohammed VI, et s’est interrogé sur le coût, pour le contribuable marocain, d’une des dernières monarchies de droit divin. Vous ne vous en êtes guère émue, me semble-t-il. Mais, c’est vrai, vous avez sûrement mieux à faire, d’autres urgences à courir. Comme de partir en guerre contre ces dangereux délinquants que sont les militants de Reporters sans frontières.

Robert MENARD

Si vous souhaitez soutenir l’activité du site web interet-general.info, vos dons sont les bienvenus sur le compte de la Banque cantonale de Genève No Z 3267.34.01 Clearing bancaire (CB) : 788 IBAN CH48 0078 8001 Z326 7340 1 Compte de chèque postal : 12-1-2

Veuillez libeller les chèques au nom de : interet-general.info

AUTEURS 

  • Robert MENARD

  • Accueil

    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source