retour article original

vendredi 23 juin 2017
Vous êtes ici Accueil Corruption Corruption en Suisse
24 heures.ch, 21 février 2006

Corruption : Le financement des partis politiques de droite en Suisse

Suivi de deux commentaires

par Vincent BOURQUIN


Vue du parlement fédéral suisse

C’était un secret de Polichinelle. De grandes entreprises financent des partis politiques. Mais leurs dirigeants ont toujours nié ou minimisé ce soutien. Désormais, la preuve existe. Elle est irréfutable. 24 heures s’est en effet procuré les comptes 2001, 2002 et 2003 du Parti libéral suisse. Les rumeurs deviennent réalité : les banques, les cigarettiers, les groupes pharmaceutiques donnent allégrement des sous aux groupes politiques.

Suisse


Chez les banquiers, le plus gros donateur est ainsi l’UBS, qui a versé 160000 francs suisses en trois ans. Quant au Credit Suisse, il fait un don de 95000 francs, dont 35000 pour les élections de 2003. Est-ce un hasard si, dans son programme pour la législature 2003-2007, le Parti libéral défend ardemment le secret bancaire ? « C’est le premier parti politique suisse à avoir mis cet objet à l’ordre du jour d’un de ses congrès. Il y a deux ans au moment (...) où les menaces pesaient sur le secret bancaire », écrivait le président du parti, Claude Ruey, en 2003.

Claude Ruey

Les producteurs de cigarettes figurent aussi parmi les bailleurs de fonds. Philip Morris n’est pas excessivement généreux avec 15000 francs en trois ans. La Communauté de l’industrie suisse de la cigarette (CISC) a, elle, davantage cassé sa tirelire avec 35000 francs, dont un versement spécial de 5000 francs pour les dernières élections fédérales. Novartis soutient aussi les libéraux. A raison de 10000 francs par an, sans oublier 5000 francs de bonus en 2003. En 2001, ce montant avait directement été versé par son patron, Daniel Vasella. Les mauvaises langues ne seront pas surprises : les libéraux ont toujours soutenu le génie génétique. Pour le plus grand bonheur des firmes pharmaceutiques. Nestlé s’est, elle, montrée « généreuse » seulement en 2003. Et sur les 40000 francs versés par la multinationale de Vevey, 10000 francs ont été remis à la section vaudoise du Parti libéral. Moins surprenante, la présence parmi ces parrains d’Economiesuisse [le lobby des multinationales]. L’organisation faîtière des grandes entreprises suisses a ainsi versé 180000 francs sur trois ans, sans oublier un « extra » de 70000 francs pour les élections de 2003.

Daniel Vasella

Tous ces montants sont qualifiés de « dons usuels ». Ils représentent environ 35 % à 50 % du budget de fonctionnement du parti. Mais, en 2003, année électorale, il y a également eu les « dons spéciaux ». Un nom de code leur a carrément été donné. Littéraires, les libéraux l’ont trouvé dans les contes des Mille et Une Nuits. « Ali Baba » a notamment été alimenté par Semper Gestion SA, à Genève, et la Rentenanstalt Swiss Life, à Zurich. Tous deux ont versé 10000 francs. Et qui sont les « 40 voleurs » ? Dix donateurs privés ayant offert l’équivalent de 23100 francs.

Aujourd’hui le Parti libéral a moins d’apports financiers. Il a aussi moins de poids. Depuis 1999, il n’est en effet plus représenté au Conseil des Etats. Et lors des élections fédérales de 2003, il a encore perdu deux sièges au Conseil National et n’a donc plus que quatre élus. En comparaison, l’UDC compte 63 parlementaires (conseillers nationaux et aux Etats), les radicaux 50 et le PDC 43, on peut donc s’imaginer que les sommes versées à ces formations par les grandes entreprises sont nettement plus élevées que pour le désormais petit Parti libéral.

Tous ces chiffres concernent une formation politique. Mais des firmes soutiennent directement des candidats au gouvernement cantonal ou au Parlement fédéral. Le constitutionnaliste Tiziano Balmelli parle de campagnes personnelles avoisinant les 200000 à 300000 francs.

Vincent BOURQUIN

Commentaires

A ce tableau de la corruption institutionnalisée, il convient d’ajouter les élus qui siègent au conseil d’administration de toutes les sociétés disposées à leur verser un pot-de-vin. Certains élus cumulent des dizaines de conseils d’administration. Dans ces circonstances, il n’y a rien de surprenant à ce que la population soit systématiquement trahie au profit des multinationales. Le système est précisément conçu dans ce but. Il piétine l’intérêt général au profit de certains intérêts particuliers.

On relèvera que les partis "de gauche" suisses s’abstiennent de lancer une initiative populaire pour interdire ces pratiques. Cela est dû au fait que les politiciens "de gauche" ne sont pas moins corrompus que ceux de droite. Ils ne revendiquent même pas une augmentation du "minimum vital" des plus démunis. Pour eux, l’injustice sociale n’est qu’un fonds de commerce électoraliste. Ils s’efforcent d’en tirer profit en vomissant sur une bourgeoisie dont ils sont partie intégrante. C’est le règne de l’imposture.

Pour conclure, voici le texte d’un message laissé par un internaute français sur le site interet-general.info.

Frank BRUNNER

Vue du siège de Nestlé, à Vevey, en Suisse

Comment se débarrasser d’une usine pour augmenter la valeur de l’action Nestlé et les profits des actionnaires ? Voici la recette : prenez un directeur, Gérard Lotto, associez-le à un directeur des ressources humaines, Claude Salvagnac, et un administrateur et un cadre européeen, François Jobelot. Maintenant, ameutez les médias et claironnez la fermeture de SA Chambourcy, à Carbon Blanc (Bordeaux), le 23 septembre 1997, pour la fin de 1997. Comme pour l’usine de Marseille ST Menet, jurez la main sur le coeur que vous allez tout faire pour trouver un repreneur. Celui-ci va reprendre le site intégralement et conserver les emplois et l’outil de production.

Vue du siège de Nestlé France, à Noisiel

Effectivement, le 26 décembre 1997, soit cinq jours avant l’arrêt de l’usine, nous est présenté un certain Jean-Luc Aubagnac, accompagné de François Jobelot. La direction de Nestlé France nous annonce que ces repreneurs vont créer une société pour la reprise de l’activité. Cette société va s’appeler : CB SA. Donc, résumons-nous : l’usine Chambourcy est fermée à Carbon Blanc, mais usine et logistiques sont reprises par Jean-Luc Aubagnac et François Jobelot. Début 1998, la production continue sans interruption avec les commandes Nestlé. Nous sommes devenus, après externalisation, les prestataires de notre ancien patron.

Pris de soupçons vis à vis de ces personnages qui nous paraissent trop beaux pour être vrais, je découvre que : 1) La société CB SA a été créée, le 8 novembre 1995 (deux ans auparavant l’annonce de la pseudo fermeture de l’usine Chambourcy), par Gérard Lotto, directeur de Nestlé PLF ; Claude Salvagnac ; et Peter Blackburn, PDG de Nestlé France, avec des capitaux Nestlé, par des dirigeants Nestlé et au domicile de Nestlé (Noisiel 77). Le pseudo repreneur, Jean-Luc Aubagnac, et son complice, François Jobelot, bientôt remplacé par Christophe Béranger, ont même déposé de faux statuts de CB SA au Tribunal de commerce de Bordeaux ; les vrais étant déposés au Tribunal de commerce de Meaux depuis 1995. Donc pendant deux ans, cette société CB SA existait, mais n’était connue que de Nestlé et Jean-Luc Aubagnac. Le personnel et ses délégués étaient soigneusement tenus dans l’ignorance. Elle apparaît opportunément pour réaliser la reprise fictive, par une fausse externalisation, de l’usine Chambourcy.

Résultat : à mi 1999, Nestlé a cessé de passer commande et notre outil a périclité très rapidement, malgré l’injection de fonds publics pour essayer de "sauver les meubles". Aujourd’hui, 12 septembre 2005, 235 personnes sont au chômage et en fin de droits. Elles vont se rertouver avec le minimum vital : moins de 400 € par mois. Seulement 38 personnes ont retrouvé un emploi. Parce que Nestlé a menti au personnel, à ses délégués ; parce que Nestlé a triché vis-à-vis des pouvoirs publics ; parce que Nestlé a fraudé en faisant de fausses déclarations. Le sort des 273 salariés a laissé complètement indifférente la multinationale suisse. Voilà les pratiques habituelles de ce géant de l’agroalimentaire.

Francis CORET - Bordeaux

Si vous souhaitez soutenir l’activité du site web interet-general.info, vos dons sont les bienvenus sur le compte de la Banque cantonale de Genève No Z 3267.34.01 Clearing bancaire (CB) : 788 IBAN CH48 0078 8001 Z326 7340 1

Compte de chèque postal : 12-1-2

Veuillez libeller les chèques au nom de : interet-general.info

AUTEURS 

  • Vincent BOURQUIN

  • Accueil

    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source