Amnesty International accuse le gouvernement britannique de porter gravement atteinte aux droits de l’homme dans le cadre de sa lutte antiterroriste. Dans un rapport publié, à Londres, jeudi 23 février 2006, et qu’elle qualifie "d’accablant", la secrétaire générale d’Amnesty International, Irene Khan, constate qu’il y a maintenant "un déséquilibre dangereux entre les actions draconiennes prises par le Royaume-Uni, au nom de la sécurité, et son obligation de protéger les droits de l’homme."
Amnesty International fait grief au gouvernement de Tony Blair d’avoir "brisé sa promesse", faite en 1997, de promouvoir les droits de l’homme, en mettant en oeuvre, en septembre 2001, puis après juillet 2005, une politique antiterroriste peu respectueuse des droits des suspects. L’organisation de défense des droits de l’homme juge "kafkaïenne" la situation des étrangers suspectés de terrorisme et détenus, depuis plusieurs années, sans jugement, sur la base de preuves tenues secrètes. "Ces gens sont effectivement persécutés, affirme Amnesty International, avec toutes les conséquences dévastatrices pour eux et pour leurs familles. En s’abstenant de les inculper, puis en les plaçant sous un régime de strict contrôle, notamment de résidence surveillée, ou en cherchant à les déporter, le gouvernement accroît le pouvoir de l’exécutif et court-circuite les tribunaux." Amnesty International demande que ces suspects soient poursuivis et jugés ou bien libérés. L’organisation dénonce le "traitement cruel, inhumain et dégradant" infligé aux suspects dans le quartier de haute sécurité de Belmarsh, à Londres. Les détenus sont confinés dans une aile de la prison vingt-deux heures par jour et souffrent de désordres physiques et mentaux dus à leurs conditions d’incarcération et à l’incertitude qui entoure leur sort.
Amnesty International accuse le gouvernement de "saper l’interdiction de la torture" en préparant la déportation de suspects vers des pays connus pour avoir recouru à une telle pratique. La Grande-Bretagne a déjà signé des accords, à cet effet, avec la Jordanie, la Libye et le Liban ; elle en négocie d’autres avec l’Algérie et l’Egypte. Vingt-neuf étrangers, jugés dangereux pour la sécurité nationale, attendent actuellement d’être déportés. Amnesty International demande à Londres de ne pas les déporter et de cesser d’essayer d’obtenir des pays en question des "assurances diplomatiques" selon lesquelles les suspects ne risqueraient rien, une fois rapatriés. Pour Amnesty International, le Royaume-Uni "abdique de manière choquante sa responsabilité" sur l’interdiction de la torture, et crée un "dangereux précédent" en "donnant le feu vert" à d’autres pays pour qu’ils maltraitent les droits de l’homme.
Enfin, Amnesty exhorte Londres à demander la libération des huit anciens "résidents" en Grande-Bretagne qui se trouvent encore détenus à Guantanamo (ils ne sont pas citoyens britanniques) et à exiger la fermeture du camp.
Jean-Pierre LANGELLIER
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