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AP, 11 mars 2004

Haïti : Le nouveau Premier ministre Gérard Latortue détaille ses priorités

Suivi d’un commentaire


Accueil de Gérard Latortue à l’aéroport de Port-au-Prince, le 10 mars 2004

PORT-AU-PRINCE (AP) - Arrivé mercredi 10 mars 2004 à Port-au-Prince, en provenance des Etats-Unis, le nouveau Premier ministre haïtien Gérard Latortue a annoncé que ses priorités étaient la sécurité, la justice, la décentralisation du pouvoir et l’organisation d’élections.


"Je suis venu ici l’esprit ouvert pour travailler avec tout le monde en Haïti", a-t-il déclaré. "Je ne suis membre d’aucun parti politique", a-t-il ajouté. Cet ancien diplomate des Nations unies a également affirmé comprendre les problèmes d’Haïti, même s’il vivait à l’étranger.

"Nous qui vivons en dehors du pays n’éprouvons peut-être pas la même douleur, mais nous la ressentons quand nous voyons les blessures causées par ce qui arrive dans le pays", a-t-il assuré.

Gérard Latortue

Le nouveau Premier ministre a annoncé qu’il s’appuierait sur le général à la retraite Herard Abraham pour rétablir la sécurité sur l’île et qu’il souhaitait offrir de l’argent aux groupes qui accepteraient de déposer les armes.

Par ailleurs, selon Anne-Marie Issa, membre du Conseil des Sages, qui a désigné M. Latortue, celui-ci a annoncé qu’il restructurerait la police ou qu’il reconstituerait l’armée pour rétablir la sécurité.

Associated Press

La reconstitution de l’armée haïtienne était l’une des revendications exprimées par Guy Philippe ; photographié ici le 1er mars 2004, devant le palais présidentiel, au moment de son arrivée au milieu des libérateurs d’Haïti

Commentaire

Sur le papier, les priorités politiques de Gérard Latortue semblent bien raisonnées. Reste à voir comment les discours se traduiront en actes.

Si Gérard Latortue veut constituer un gouvernement d’union nationale, rien ne justifierait qu’il snobe les ex-insurgés et l’opposition politique déclarée à Port-au-Prince ; contrairement à ce qu’avaient fait Yvon Neptune et les "sages" autoproclamés.

Marie-Denise Claude, André Apaid et Evans Paul, le 12 février 2004, pendant les semaines de l’insurrection contre Jean-Bertrand Aristide

D’autre part, il est évident que le gouvernement haïtien -comme d’ailleurs tout gouvernement-, s’il vise la stabilité et la cohésion sociale, doit mettre en oeuvre une politique ayant pour objectif d’éradiquer la pauvreté.

On ne peut pas, à la fois, se satisfaire de l’injustice sociale et appeler à la réconciliation nationale. En effet, l’injustice sociale est la plus légitime des causes de révolte.

Or, le silence de Gérard Latortue, en matière de politique sociale, dans l’un des pays les plus pauvres de la planète, fait douter de son sens des réalités.

Symbole de la misère du peuple haïtien : un homme réduit à voler de la farine dans un entrepôt de Port-au-Prince, le 1er mars 2004

La décentralisation du pouvoir, préconisée par Gérard Latortue, devrait favoriser l’essor politique, social et économique des diverses régions d’Haïti. Elle introduira une logique s’opposant à ce que tout le pays tombe sous la coupe d’une clique qui, en réalité, ne serait influente qu’à Port-au-Prince.

La centralisation du pouvoir à Port-au-Prince tend, au contraire, à marginaliser les régions, et permet de "tenir" politiquement tout le pays même si on n’est influent qu’à Port-au-Prince, puisqu’il suffit de placer ses petits copains à la tête des administrations de Port-au-Prince.

Haïti et Saint-Domingue

Quant aux élections, il est évident qu’elles doivent être organisées dans les plus brefs délais et que tous les Haïtiens, sans discrimination, doivent pouvoir s’y porter candidats. Ainsi, la légitimité démocratique des élus ne pourra pas ensuite être contestée.

Ces réserves étant exprimées, et la décision appartenant de toute façon aux Haïtiens directement concernés, il semble que Gérard Latortue mérite au moins qu’on lui laisse prouver sa bonne foi par des actes, plutôt que de lui mettre d’emblée des bâtons dans les roues.

A propos de roues, les forces d’occupation étrangères pourraient se rendre utiles en participant à la rénovation du réseau routier haïtien, des systèmes d’égouts, etc...

Pendant que les soldats américains installeront des canalisations, ils ne tueront pas les Haïtiens. Ce sera toujours ça de gagné. Et cela permettra de vérifier si vraiment, comme ils le prétendent, ils sont venus à Haïti afin de "rendre service"...

Frank BRUNNER

Un US Marine étalant son imbécilité à Port-au-Prince, le 4 mars 2004

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