Des responsables de communautés africaines de Nouadhibou, interrogés par l’AFP, ont réclamé, dimanche 12 mars 2006, des mesures contre l’émigration clandestine africaine via la Mauritanie, jugée "risquée" pour les jeunes Africains. Ils ont cependant demandé que ces mesures n’entravent pas la libre circulation des personnes et des biens.
"Le gouvernement mauritanien doit prendre des mesures pour décourager l’émigration clandestine, mais sans faire de mal aux ressortissants des pays voisins de la Mauritanie", a déclaré à l’AFP Mouhamadou Keita, président du Haut Conseil des Maliens de l’extérieur à Nouadhibou. "C’est regrettable qu’il y ait autant de morts. De plus en plus d’Africains tentent la traversée pour aller en Europe mais nous leur disons qu’ils risquent leur vie". Selon M.Keita, vendeur de vêtements d’occasion établi depuis 1986 à Nouadhibou, son organisation a recensé 700 Maliens habitant cette ville.
El Hadji Kébé, président de l’Association des ressortissants sénégalais de Nouadhibou (ARSN), estime pour sa part que les autorités mauritaniennes "doivent prendre des mesures, mais sans bloquer la libre circulation des personnes et des biens". "La marine mauritanienne doit renforcer le contrôle et la surveillance", estime El Hadji Kébé, employé dans une entreprise de pêche locale. Selon l’Association des ressortissants sénégalais de Nouadhibou, 1500 Sénégalais sont officiellement établis à Nouadhibou mais ils seraient en réalité entre 4000 et 5000, exerçant surtout les métiers de maçons, pêcheurs ou employés de maison.
Le président de l’Association des Gambiens de Nouadhibou (UGA), Serigne Cissé, a déploré que que "nous ne pouvons que les sensibiliser (les candidats à l’émigration clandestine) sur les méfaits de cette traversée mais ils sont sourds à nos appels". "Il faut des patrouilles en mer et des bateaux de surveillance", dit-t-il. Il s’est dit favorable à des mesures contre le départ par voie maritime des "clandestins", mais estime lui aussi qu’elles ne doivent pas "porter atteinte à la libre circulation des personnes et des biens".
Les Maliens, les Sénégalais, ainsi que les Bissau-Guinéens sont parmi les communautés qui comptent le plus de candidats à l’émigration, selon la police locale. Pour venir en Mauritanie, les ressortissants de ces pays, membres de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (Cedeao), n’ont pas besoin de visa. Les autorités espagnoles ont annoncé avoir intercepté, samedi 11 mars et dimanche 12 mars 2006, 211 émigrants clandestins africains au large de l’archipel des Canaries, partis semble-t-il de Mauritanie pour certains. Plus de 10000 Africains candidats à l’émigration vers l’Europe seraient actuellement massés au Sahara occidental et en Mauritanie, à Nouadhibou en particulier, dans l’attente d’une traversée vers les Canaries, selon un rapport de la police espagnole.
Agence France Presse
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