NOUAKCHOTT (AP) - Les autorités mauritaniennes ont arrêté, vendredi 17 mars 2006, aux larges de Nouakchott, la capitale, vingt-quatre émigrants clandestins de diverses nationalités africaines, à bord d’une pirogue en plastique qui se dirigeait vers les Iles Canaries (Espagne).
Les émigrants clandestins ont été retrouvés à 110 milles nautique (environ 200 kilomètres) à l’ouest de la côte atlantique de Nouakchott, a précisé le commandant Hacen Ould Ahmed, en charge de l’opération. Il s’agit de quatorze Maliens, six Mauritaniens, trois Sénégalais et un Gambien, a indiqué l’officier, selon lequel les clandestins étaient menacés de mort en raison de la panne du moteur de leur embarcation et de la rupture de leur ravitaillement. Ils n’avaient plus ni nourriture ni eau, a expliqué le commandant de marine. "Les clandestins étaient à la dérive depuis onze jours. Nous allons les passer à la police de l’immigration", a-t-il déclaré à la presse. "Nous avons retrouvé sur leur pirogue un moteur en panne, des bidons à essence pour le ravitaillement, des gilets de sauvetage et une petite somme d’argent en monnaie mauritanienne", a-t-il ajouté.
Interrogés par l’Associated Press, plusieurs émigrants clandestins ont confirmé les informations de l’officier. Visiblement fatigué, l’un d’eux a affirmé que lui et ses compagnons consommaient de l’eau de mer depuis une semaine. "J’ai quitté mon village natal, Niagagané, dans la région de Kayes, au Mali, il y a seulement trois mois, avec la ferme détermination de ne revenir d’Europe qu’avec l’argent, les voitures et les biens", a confié le jeune Tiemoko Diarra, à bord de la vedette de la marine mauritanienne. "Je sais que je courais un grand risque et que ma vie et celle de mes compagnons étaient en danger de mort, mais c’est mieux de mourir noyé dans la mer que de revenir au village", a-t-il dit, affirmant avoir dépensé 250000 ouguiyas (environ 1000 dollars) pour cette tentative d’émigration. "On veut gagner de l’argent, on veut sortir de la misère. Dites aux Européens de nous accorder légalement des visas sinon nous allons continuer à émigrer clandestinement."
Selon Amadou Tagoula, président de SOS Prise de conscience, une ONG africaine d’aide aux immigrés, les clandestins passent maintenant par la Mauritanie, parce qu’ils se sont heurtés, en 2005, au Maroc, à une répression sanglante. En Mauritanie, précise-t-il, les clandestins peuvent voyager de Rosso, à la frontière avec le Sénégal, jusqu’à Nouadhibou, point de départ vers l’Europe, en moins de 48 heures, et ce sans problème. Les candidat à l’immigration en Europe peuvent trouver en Mauritanie une embarcation à un prix raisonnable. Ils embarquent ainsi pour l’Espagne au tarif moyen de 150000 ouguiyas (environ 550 dollars), contre 2000 dollars au Maroc. "Nous assistons à ce phénomène impuissants, les mains nues, malgré les possibilités que nous avons de rencontrer chaque jour des dizaines de candidats à l’émigration", en majorité analphabètes, explique Amadou Tagoula. "Nous voudrions les amener à ne pas faire cette aventure, mais nous n’en avons pas les moyens."
Associated Press
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