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vendredi 24 février 2017
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Informations internationales : L’imposture altermondialiste

par Frank BRUNNER


Chacun sait qu’en ce début du 21ème siècle, la mode est à « l’altermondialisme ». Le milieu politique n’a plus que le mot « altermondialisme » à la bouche.

Il est politiquement correct de se proclamer « altermondialiste », ou d’évoquer « le mouvement altermondialiste » et « les militants altermondialistes ».


Pourtant, si vous demandez ce que signifie, concrètement, l’altermondialisme, nul ne pourra vous répondre. Ou chacun vous fera une réponse différente. Il s’agit de l’un de ces termes fumeux que les politiciens « de gauche » affectionnent. Une étiquette « rassembleuse » dont chacun peut se prévaloir, sans qu’elle corresponde à des engagements définis. En gros, on s’efforcera de vous convaincre que « l’altermondialisme » est la réponse de « la société civile » au phénomène de la mondialisation de l’économie. Ainsi, « l’altermondialisme » serait « un mouvement citoyen », blablabla...

Quand on évoque « un mouvement citoyen » -et il en va de même à propos de l’association ATTAC-, on s’efforce de faire croire qu’il s’agirait de quelque chose de spontané : un phénomène populaire que les politiciens « de gauche » se contenteraient de soutenir et de relayer.

En réalité, qu’il s’agisse d’ATTAC ou du prétendu mouvement altermondialiste, le citoyen lambda n’a rien à dire et le seul droit qu’on lui reconnaisse est celui de se laisser manipuler. Toute l’affaire n’est qu’une imposture entretenue grâce à la complaisance de certains journalistes.

Noyautage

Car, derrière la façade « citoyenne », qui leur permet d’avancer masqués, ce sont des politiciens -et le plus souvent des politiciens d’extrême gauche- qui tirent les ficelles. Ce sont eux qui s’imposent à la tête de prétendus « comités altermondialistes » autoproclamés. De même qu’ils se sont imposés à la tête de toutes les sections locales d’ATTAC, en ne laissant au citoyen lambda que le droit de payer sa cotisation.

Ce sont ces politiciens qui, au niveau local, récupèrent l’étiquette « citoyenne », tout en décrétant arbitrairement de l’ordre du jour -déterminé par des considérations électoralistes à leur convenance- et en veillant à ce que rien ne se fasse sans leur assentiment ou contre leur intérêt personnel. Ce sont eux qui décrètent ce que le soi-disant mouvement altermondialiste est censé vouloir ou ne pas vouloir ; ou ce que l’association ATTAC est censée revendiquer ou ne pas revendiquer.

Or, dans la pratique, on constate que ni le mouvement altermondialiste, ni l’association ATTAC ne font quoi que ce soit de concret. Il n’est question que de participer à des manifs, de diffuser des tracts et de soutenir aveuglément les positions de l’extrême gauche sur le plan local. « L’activité » se résume à une stérile agitation orchestrée par et pour des politiciens.

En d’autres termes, le prétendu mouvement altermondialiste est une sorte d’auberge espagnole dans laquelle chacun peut amener ses revendications, dans laquelle chacun est encouragé à dénoncer « le système capitaliste », mais on ne fait absolument rien de concret pour remédier aux problèmes dénoncés. Il s’agit simplement de récupérer le mécontentement et de laisser entendre que « le salut » viendra de l’extrême gauche, à laquelle les militants altermondialistes sont invités à s’identifier...

Double jeu

Or, ce qu’on s’abstient de préciser, c’est que l’extrême gauche ne veut pas entendre parler d’une solution socio-économique autre que marxiste. L’extrême gauche s’oppose sournoisement à toute solution alternative, aussitôt qualifiée de « réformiste » et dénoncée comme « un compromis avec le capital ». C’est-à-dire que même s’il est possible de résoudre le problème de l’injustice sociale au sein du système capitaliste, l’extrême gauche rejette cette solution, sans se soucier de toutes les victimes de l’injustice sociale auxquelles on aurait pu venir concrètement en aide. Dans le même temps, l’extrême gauche s’efforce de tirer un profit électoraliste de la détresse des personnes cyniquement abandonnées à leur sort. C’est-à-dire que, concrètement, du point de vue des pauvres, « la gauche » ne se distingue de la droite que par le blabla. Et les pauvres savent bien que ce n’est pas avec du blabla qu’on paie ses factures...

Dans cette arnaque politique qu’est le prétendu « mouvement altermondialiste » -de même qu’au sein d’ATTAC-, on trouve des personnes sincères et dépourvues d’arrières pensées : les inévitables idiots utiles, abonnés aux manifs et toujours disposés à distribuer des tracts. Ainsi, par exemple, l’agriculteur français José Bové n’est assurément pas un politicard marxiste. Mais les gens comme José Bové sont l’arbre qui cache la forêt : l’alibi populaire, la vitrine respectable censée leurrer un observateur superficiel. José Bové est utile précisément parce qu’il n’est pas marqué politiquement. Il permet de s’assurer des soutiens dans de larges franges de la population non moins hostiles au marxisme qu’au néolibéralisme. On se sert de José Bové comme on se sert de bien d’autres idéalistes.

On veut bien que les agriculteurs viennent participer aux manifestations de « la gauche », mais ils seraient naïfs d’espérer que « la gauche » vienne participer aux manifs des agriculteurs. Parce que là, tout à coup, dans les milieux « de gauche », on s’aperçoit que les agriculteurs sont « des patrons » et que ces patrons exploitent une main d’œuvre saisonnière... La « conscience de classe » interdit de se solidariser avec ces vils exploiteurs.

D’ailleurs, en Suisse, on constate que les exploitations agricoles familiales ont pu être ruinées massivement, sur l’autel de la compétitivité internationale, avec la bénédiction des milieux « de gauche ». Les politiciens « de gauche » n’ont pas cessé de dépeindre les agriculteurs comme « des privilégiés subventionnés » et se sont toujours trouvés dans le camp de leurs ennemis.

Il n’en est pas moins politiquement correct, dans les milieux « de gauche », de verser une petite larme hypocrite sur le sort de « ces pauvres paysans du Nord-Est brésilien, victimes du système capitaliste ».

Frank BRUNNER

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