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mercredi 29 mars 2017
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Reuters, 10 avril 2006

Proche Orient : Privés de salaires, les Palestiniens plongent dans la crise


RAMALLAH, Cisjordanie (Reuters) - Marouf Raouachdeh ne travaille plus depuis qu’il n’a même plus l’argent nécessaire à l’achat de son ticket de bus. Ce père de sept enfants, employé par l’Autorité palestinienne, ne sait même pas quand il percevra son prochain salaire maintenant que le Hamas a pris officiellement la tête d’un gouvernement privé de ressources.


"Mes poches sont vides. J’ai emprunté de l’argent à toutes les personnes que je connais mais elles ne peuvent plus m’en prêter", se plaint Raouachdeh, technicien au sein de la radio-télévision publique palestinienne. Il lui faut 20 shekels (3,60 euros) par jour, soit environ un tiers de son salaire quotidien, pour payer le voyage en minibus entre son village de Bitine et son lieu de travail à Ramallah. Ce n’est pas la première fois que, à l’image de Raouachdeh, les quelque 140000 employés du gouvernement palestinien ne perçoivent pas leur salaire à temps. La situation pourrait toutefois être particulièrement difficile cette fois, car personne ne sait quand les salaires seront versés, ni même s’ils le seront un jour.

Avant même que le Hamas ne forme le gouvernement, après sa victoire aux élections législatives palestiniennes du 25 janvier 2006, Israël a décidé d’interrompre le versement à l’Autorité palestinienne des taxes qu’il perçoit en son nom. Face au refus persistant du Hamas de reconnaître Israël et les accords précédemment conclus avec l’Etat juif et de déposer les armes, les Etats-Unis et l’Union européenne ont pour leur part suspendu leur aide à l’Autorité palestinienne. Sans détours, le nouveau ministre des Finances, Omar Abdel-Razek, a dès lors prévenu que l’Autorité palestinienne était dans l’incapacité, au moins provisoire, de verser les salaires. Or ces payes, d’un montant total de 118 millions de dollars par mois (environ 97 millions d’euros), sont essentielles au fonctionnement de l’économie palestinienne, qui dépend de l’aide étrangère et des dépenses gouvernementales.

Habituellement, les marchés et les boutiques des territoires palestiniens sont bondés de clients les deux premières semaines de chaque mois. En ce début de semaine, leur activité semblait ralentie, les employés de l’Autorité palestinienne commençant déjà à concentrer leurs achats sur les produits essentiels. "Plus de sucre, plus de viande. Les lentilles et les haricots, ça va", résume Majdi Charour, fonctionnaire et père de quatre enfants. Le remboursement des emprunts s’effectue aussi généralement en début de mois, sauf en ce mois d’avril. "Tous ces chèques ont été refusés", lâche un employé de banque à Ramallah, en brandissant une liasse de papiers. "Les poches sont vides."

Les responsables palestiniens ont prévenu que tout argent disponible irait en priorité aux ménages les plus démunis, qui ressentent plus durement les retards de salaires. Certains s’inquiètent cependant de l’attitude des forces de sécurité, déjà promptes à la rébellion, si elles n’obtiennent pas rapidement le versement de leurs payes.

Le Hamas accuse les pays occidentaux de pratiquer un "chantage" avec la suspension de leur aide. Le mouvement islamiste juge qu’ils punissent ainsi les électeurs palestiniens, qui ont choisi de rejeter le Fatah, la formation du président, Mahmoud Abbas, soupçonnée de corruption. Certains Palestiniens ne comprennent cependant pas l’attitude inflexible du Hamas à l’égard d’Israël. "Les gens ont besoin de manger, ils n’ont pas besoin de slogans politiques", assure Charour. D’autres pensent en revanche que la crise ne fera que renforcer la popularité du mouvement islamiste. "Chaque dollar retenu, c’est plus de soutien pour le Hamas", prévient Omar Radjab, chauffeur de taxi.

Reuters

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éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source