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jeudi 22 juin 2017
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Tribune de Genève, 13 avril 2006

Corruption : Gestion déloyale et abus de confiance à l’université de Genève

par Jérôme FAAS


Vue de Genève

Un mot résume la politique comptable de l’Université : amateurisme. Un immense désordre règne dans ses comptes et ses budgets. L’institution gère son argent de manière si approximative qu’elle contrevient de manière récurrente à la loi sur la gestion administrative et financière de l’Etat de Genève. Bref, le scandale des notes de frais illicites des professeurs mis en lumière par Le Matin dimanche paraît n’être que la fâcheuse conséquence d’un flou artistique généralisé.

Suisse


Le rapport de l’Inspection cantonale des finances (ICF) portant sur les comptes 2004 met en cause l’institution elle-même : Son budget et ses comptes « présentent un certain nombre de lacunes qui ne permettent pas de donner une situation claire, complète et véridique de la gestion financière, du patrimoine et des dettes. » Un même reproche est décliné sur tous les tons au fil des cinquante pages du rapport : des sommes conséquentes voyagent aléatoirement entre les diverses rubriques comptables, « depuis plusieurs années ». « De ce fait, l’Etat supporte des charges qui devraient être imputées aux fonds de recherche. » Et la question « qui paie quoi ? » reste fréquemment sans réponse. L’étanchéité des exercices comptables est, elle aussi, toute relative. Ainsi, 2,6 millions de francs suisses de charges relatives aux exercices 2003 et 2005 sont inscrites dans les comptes 2004.

Un bâtiment de l’université de Genève

Encore plus grave, l’Université aurait affecté à des projets spécifiques entre 10 millions et 20 millions de francs suisses issus de dons. Or, ces sommes n’auraient fait l’objet d’aucune demande d’affectation précise par les donateurs. L’Inspection cantonale des finances se fâche. « Une appréciation qui se fonde sur la volonté supposée du donateur n’est pas probante pour considérer que le don est affecté et permet aisément de soustraire des revenus qui, conformément à la loi, seraient destinés à financer les dépenses générales de fonctionnement. » L’Inspection cantonale des finances a aussi découvert que l’Université a abusivement utilisé des excédents de crédits étatiques. Ainsi, en 1998, le Grand Conseil [parlement cantonal] a affecté 9 millions de francs suisses au renouvellement du parc informatique de l’Université. L’investissement devait s’étaler sur trois ans. Or, plus d’un million de francs suisses issu de ce crédit a encore été dépensé en 2003 et en 2004. Tout solde de crédit doit pourtant faire l’objet d’une décision d’annulation ou de prolongation, par le biais d’une loi. En clair, l’Université a dépensé un surplus sans en demander la permission. La politique de placement à hauts risques suivie par l’institution est aussi montrée du doigt. Elle « comporte des risques de pertes importantes, qui, bien que contrebalancés par des possibilités de gains importants, ne nous semblent pas être compatible avec le but que l’Université s’est fixé. »

Un bâtiment de l’université de Genève

L’institution, elle, semble se placer au-dessus de ces considérations. Si elle accepte plusieurs recommandations de l’Inspection cantonale des finances, elle plaide à trois reprises sa spécificité. L’Université « entend proposer » un système comptable se focalisant « sur la finalité » des dépenses plutôt que sur leur « nature ».

Jérôme FAAS

Un bâtiment de l’université de Genève

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