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AFP, 17 avril 2006

Proche Orient : Mahmoud Abbas fait passer ses ambitions personnelles avant l’intérêt des Palestiniens

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RAMALLAH (AFP) - Le gouvernement palestinien du Hamas, isolé et privé de fonds, accuse désormais ouvertement le leader, Mahmoud Abbas, d’entraver son action et de vouloir le paralyser pour provoquer sa chute. Les tensions, qui couvent depuis la formation du cabinet, s’étalent désormais au grand jour -à longueur de colonnes de journaux et lors des prêches les jours de prière hebdomadaire- et les échanges d’accusations sont quasi-quotidiens.


Vendredi 14 avril 2006, dans le camp de réfugiés de Jabaliya dans la Bande de Gaza, le Premier ministre, Ismaïl Haniyeh, a lancé une charge virulente contre le précédent gouvernement du Fatah et M. Abbas, sans le nommer. "Nous avons hérité de ministères dont les administrations ont été noyautées. Aujourd’hui, il y a des tentatives pour retirer ses pouvoirs (au cabinet) et placer des obstacles" sur sa route, a-t-il lancé aux fidèles lors d’un prêche. "Le gouvernement est privé de la responsabilité de la sécurité, des frontières et d’autres pouvoirs, mais il doit payer les salaires", s’est plaint le Premier ministre, dont le gouvernement a été privé de centaines de millions de dollars d’aides directes américaines et européennes. Selon une source proche de la présidence, MM. Abbas et Haniyeh se sont entretenus au téléphone, après cette diatribe. "M. Haniyeh s’est plaint auprès du président Abbas et lui a dit : "Vous m’avez accordé peu de responsabilités. J’estime que je n’ai pas les pouvoirs d’un Premier ministre", a indiqué cette source.

M. Haniyeh vise les récents décrets publiés par le président de l’Autorité palestinienne, plaçant sous son autorité directe plusieurs institutions palestiniennes, alors que la plupart des haut fonctionnaires sont liés au Fatah. Il en va ainsi de la sécurité, avec la nomination d’un des hommes forts de la bande de Gaza, Rachid Abou Chabak, du Fatah, à la tête de la "Sécurité intérieure". Cette décision permet à M. Abbas de garder sous sa coupe l’ensemble des services de sécurité. Un autre motif de colère pour M. Haniyeh a été la nomination, à la tête du Fonds d’investissement palestinien, d’un proche de M. Abbas, Mohammed Moustapha, un technocrate qui a travaillé de longues années à la Banque mondiale, alors que le poste était auparavant attribué au ministre des Finances. Ou encore, la récente prise de contrôle des médias officiels palestiniens, télévision publique et agence de presse, par la présidence.

Dans une interview au quotidien Al-Quds, le vice-Premier ministre, Nasseredine Al-Chaër, a accusé des "parties internationales, régionales et locales", en ne citant nommément qu’Israël et les Etats-Unis, d’oeuvrer de concert pour provoquer la "chute du gouvernement".

L’entourage de M. Abbas rejette catégoriquement ces accusations. "Le Hamas cherche ainsi des explications à son échec", a déclaré le porte-parole de M. Abbas, Nabil Abou Roudeina, assurant que tous les "pouvoirs du président sont inscrits dans la loi fondamentale". "Leur programme les a menés dans l’impasse. Les Palestiniens souffrent et leur souffrance s’aggrave de jour en jour", a poursuivi M. Roudeina. Malgré les fortes pressions de la communauté internationale, le Hamas a en effet refusé de reconnaître le droit à l’existence d’Israël, les accords signés avec lui et d’abandonner la lutte armée, ce qui l’a conduit à l’isolement international et la suspension des aides directes. Preuve de la dégradation des rapports, le Fatah de M. Abbas a refusé de participer à une réunion d’urgence, dimanche 16 avril 2006, à Gaza, entre tous les groupes palestiniens, pour tenter de trouver une issue à la crise financière et politique.

Agence France Presse

Commentaire

On rappellera que les Palestiniens ont majoritairement voté pour le Hamas en raison de la corruption et du népotisme sévissant sous le gouvernement du Fatah. Aussitôt après la défaite électorale du Fatah, Mahmoud Abbas a imposé des membres du Fatah à de hautes fonctions et leur a attribué des pouvoirs leur permettant de se soustraire à l’autorité du gouvernement élu. Cela équivaut à créer un gouvernement parallèle qui ne dépend que de Mahmoud Abbas personnellement. Dans n’importe quel pays, ces procédés -et d’autant plus venant d’un parti qui vient de perdre l’élection- auraient suscité l’indignation.

Tout le jeu de Mahmoud Abbas consiste à mettre des bâtons dans les roues du Hamas et de rejetter sur le Hamas les conséquences de ces coups tordus, dans l’espoir de récupérer le pouvoir au profit du Fatah. Quant au peuple Palestinien, il est traité comme l’otage de Mahmoud Abbas et du Fatah. On le manipule en espérant le persuader qu’il vaut mieux un Fatah corrompu qu’un Hamas incapable de mener la politique pour laquelle il a été élu. De toute évidence, la politique de Mahmoud Abbas fait le jeu du gouvernement israélien et des gouvernements occidentaux. Elle est manifestement déloyale à l’égard du peuple palestinien lui-même. Les électeurs palestiniens ont voté pour le changement et c’est à ce changement que s’opposent sournoisement Mahmoud Abbas et le Fatah. Au bout du compte, ce qui est en cause est la légitimité du président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, et non celle du gouvernement élu.

Frank BRUNNER

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