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lundi 20 février 2017
Vous êtes ici Accueil Archives Archives Irak (2ème partie) : Du 1er mars 2004 au 31 mars 2004
AP, 13 mars 2004

Washington entend conserver le contrôle militaire de l’Irak au-delà du 30 juin 2004

Suivi d’un commentaire


BAGDAD (AP) - Le premier anniversaire de la guerre en Irak approche, mais c’est une autre échéance qui retient l’attention : dans moins de quatre mois, un gouvernement souverain sera en mesure d’imposer des restrictions aux forces américaines déployées sur le sol irakien, voire de réclamer leur départ.

Cette deuxième option n’est toutefois pas envisagée par les responsables militaires américains en Irak, qui tablent déjà sur une présence de leurs troupes jusqu’en 2005.


"Nous entendons rester ici en tant qu’invités aussi longtemps qu’il le faudra, aussi longtemps qu’on voudra de nous et aussi longtemps que nous serons invités", a souligné le général Mark Kimmitt, commandant en second des opérations en Irak.

Les Américains souhaitent s’assurer que leurs forces pourront continuer à tuer des insurgés, interroger des prisonniers et commander les nouvelles forces de sécurité irakiennes. Mais les règles à suivre après le transfert de souveraineté du 30 juin 2004 prochain doivent encore être précisées, et le gouvernement irakien aura son mot à dire.

Le Conseil intérimaire de gouvernement (CIG) devrait "inviter" l’armée américaine à conserver le commandement des forces de sécurité irakiennes, ce qui mettrait fin techniquement au statut d’occupants des Etats-Unis. Mais, dans les faits, rien ne devrait immédiatement changer, selon les militaires américains et britanniques.

A plus long terme, le contrôle militaire du pays devrait revenir à un commandement conjoint sous direction américaine. Il serait question d’installer un général quatre étoiles à la tête de ces forces, un général trois étoiles étant chargé des opérations.

Ricardo Sanchez, l’actuel commandant en chef des troupes américaines en Irak, est un général trois étoiles.

"C’est le dispositif tel qu’il est envisagé aujourd’hui", a confié un haut responsable britannique sous couvert de l’anonymat. "Les Américains le rendront public quand tout sera prêt."

Un officiel américain a précisé, samedi 13 mars 2004, à des journalistes, que le futur ministère de la Défense aurait moins d’une centaine d’employés et serait géré par un personnel civil dûment approuvé par l’administrateur américain Paul Bremer.

De même source, on ajoute que ce ministère a été préparé par des représentants des pays participant à la coalition en Irak et après de "longues discussions avec de nombreux Irakiens".

Le Conseil de gouvernement, qui conseille l’autorité d’occupation, reconnaît que des troupes étrangères seront nécessaires pour sécuriser l’Irak dans un avenir proche, selon Hamed al-Bayati, porte-parole d’Abdel Aziz al-Hakim, membre du CIG. Mais aucun traité ne peut pour l’heure garantir ce projet.

"A ce stade, nous devrions négocier avec nous-mêmes puisque nous sommes le gouvernement", a souligné un haut gradé américain dans la capitale irakienne. "Cela ne pose pas de problème tant que nous sommes l’Autorité provisoire de coalition. Mais qu’adviendra-t-il après le transfert de souveraineté ?"

Reste également à savoir si l’armée américaine obtiendra les prérogatives qu’elle réclame. Si une majorité d’Irakiens soutiennent le principe d’un maintien de troupes américaines sur leur sol, ils pourraient ne pas accepter qu’une puissance étrangère commande l’armée et la police irakiennes, et décide même du sort des prisonniers irakiens, a fait valoir M. Al-Bayati.

Un traité établissant le statut des forces militaires étrangères en Irak devait être négocié en mars, mais sa rédaction a été reportée au-delà du 30 juin, a poursuivi ce porte-parole. Selon lui, ce texte pourrait décider d’une restriction des règles d’engagement des GI, ce qui inquiète déjà le commandement américain.

Associated Press

Commentaire

Il n’est guère surprenant d’apprendre que les Etats-Unis espèrent maintenir leurs troupes en Irak jusqu’en 2005. Sans doute espèrent-ils maintenir leurs troupes en Irak indéfiniment.

Du point de vue du gouvernement des Etats-Unis, il ne s’agit pas de défendre l’Irak contre un hypothétique agresseur, et moins encore de dissuader l’Irak d’agresser un pays voisin. Il s’agit d’intimider la population et les autorités irakiennes ; et de soutenir par les armes, le cas échéant, le gouvernement fantoche qui voudra bien se mettre à la botte de Washington.

Dans le cas contraire, les troupes américaines en Irak seraient placées sous commandement irakien. Les Américains n’ont pas à commander les troupes irakiennes sur leur propre territoire, et assurément pas en temps de paix. De plus, à supposer que les Irakiens décident de garder quelques troupes américaines, ce serait à eux, et non aux Américains, d’en déterminer le nombre et la composition. L’armée irakienne pourrait, par exemple, souhaiter garder les instructeurs américains durant une période transitoire. Elle pourrait souhaiter ne garder que les unités américaines de déminage et de génie civil.

Si les Irakiens se soumettent à la logique préconisée par le gouvernement des Etats-Unis, l’Irak deviendra un Etat vassal des Etats-Unis, colonisé par et pour "les intérêts américains".

Mais on s’attend à ce que les dirigeants irakiens demandent eux-mêmes le "privilège" d’être les vassaux de Washington. On tient beaucoup à la fiction juridique d’une vassalisation librement consentie. Cela se veut astucieux...

Nul besoin d’être devin pour affirmer que l’Irak ne retrouvera pas vraiment la paix civile aussi longtemps que des troupes américaines demeureront sur son territoire. En effet, le comportement général de ces troupes est perçu comme une menace, puisqu’elles sont continuellement en train de braquer des mitrailleuses sur la population. De plus, sous prétexte de "lutte anti-terroriste", les soldats américains se permettent de perquisitionner n’importe quand et chez n’importe qui. Pour se "justifier", ils se contentent d’affirmer qu’Untel était "suspect". En résumé, les Américains se comportent comme en pays conquis et ce comportement devient intolérable pour le sentiment national d’un nombre grandissant d’Irakiens.

Si les Etats-Unis ont la sagesse de retirer leurs troupes d’Irak dès que possible, il se pourrait que, dans quelques années, une fois les rancoeurs oubliées, les Irakiens conservent un souvenir globalement positif de la présence américaine. Elle sera considérée comme une période historique appartenant au passé.

Si, par contre, comme ils l’envisagent, les Etats-Unis tentent de s’incruster en Irak, sous couvert d’un quelconque artifice juridique, mais contre la volonté du peuple, le seul résultat qu’ils obtiendront sera de faire l’unanimité du peuple irakien contre eux.

Il ne fait aucun doute qu’une prolongation abusive de l’occupation de l’Irak par les troupes américaines se traduirait par une multiplication des attentats anti-américains, par un affaiblissement de la position morale des modérés irakiens, et par un préjudice politique exorbitant, pour les Etats-Unis, non seulement en Irak mais dans le reste du monde.

Frank BRUNNER

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