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samedi 24 juin 2017
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Le Monde, 19 avril 2006

Informations internationales : L’ONU accuse les pays riches de bafouer le droit d’asile


Des réfugiées soudanaises au camp tchadien de Bahai, le 7 juillet 2004

Le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a sévèrement critiqué les "restrictions de plus en plus sévères" au droit d’asile imposées par les pays riches, dans un rapport présenté, mercredi 19 avril 2006 au matin, à Londres.

Des réfugiées soudanaises au camp tchadien de Bahai, le 8 juillet 2004


Intitulé "Les réfugiés dans le monde : les déplacements humains du nouveau millénaire", ce rapport met notamment en cause "l’intolérance grandissante" des pays d’accueil et la confusion de plus en plus généralisée entre "migrants et réfugiés". Les 9,2 millions de demandeurs d’asile dans le monde sont toujours "décrits (...) comme des migrants illégaux, des terroristes potentiels et des criminels, ou, au mieux, comme des fraudeurs", souligne le rapport.

Des réfugiées soudanaises au camp tchadien de Bahai, le 8 juillet 2004

L’ONU critique sévèrement ce phénomène de plus en plus répandu en Occident consistant à assimiler immigrés économiques clandestins et réfugiés. "Un phénomène alimenté par des politiques faisant appel aux sentiments xénophobes" des électeurs, selon le rapport. Selon Antonio Guterres, le haut commissaire de l’ONU pour les réfugiés, le principal obstacle pour les candidats à l’asile est l’égoïsme des pays riches "et le nombre croissant de mesures restrictives adoptées pour limiter l’accès à l’asile". "Le danger dans le contexte international actuel est par exemple que les Etats utilisent la question du terrorisme pour légitimer l’introduction de pratiques restrictives en matière d’asile, un processus qui a commencé bien avant les événements du 11 septembre 2001", plaide le rapport du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés.

Une mère et son enfant à l’hôpital d’El Fasher, au Soudan

Les Nations Unies stigmatisent également le recours au concept de pays tiers supposés "sûrs" vers lesquels les demandeurs d’asile peuvent être renvoyés sans pouvoir faire appel, les procédures d’interception en mer et la notion de "traitement extraterritorial", en vertu de laquelle certaines catégories de demandeurs d’asile sont envoyées dans des centres basés dans un autre pays en attendant que leur statut soit établi. Mettant en cause cette tendance grandissante des pays riches à "délocaliser" le traitement des demandes d’asile dans des pays où ce traitement est fait "à bas prix", le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés estime que cela revient, pour le Nord, à faire supporter "une part disproportionnée du fardeau par le Sud", avec 70 % des réfugiés dans les pays en développement.

Un camp de réfugiés somaliens au Yemen, le 29 mars 2006

Le nombre de réfugiés a certes considérablement baissé, passant de près de 18 millions en 1992 à 9,2 millions en 2004, grâce notamment à la réduction du nombre de conflits armés, constate l’ONU. Mais il y a un revers de la médaille, avec 5,7 millions de réfugiés figés dans cette situation depuis plus de cinq ans. Le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés souligne la partie cachée de l’iceberg : les 20 à 25 millions de "déplacés internes" contraints de fuir leurs domiciles, poussés par la guerre, la misère ou les catastrophes environnementales, mais hors des statistiques des réfugiés car ils n’ont pas franchi de frontières internationales. Il s’agit du "plus grand échec de l’action humanitaire", a estimé Antonio Guterres.

Avec AFP

Une réfugiée somalienne à Mandera, au Kenya

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