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vendredi 28 juillet 2017
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Tribune de Genève, 22 avril 2006

Corruption : L’étrange attitude du recteur de l’université de Genève

par Sophie DAVARIS


Vue de l’université de Genève

Après la clémence, la sévérité... Le tout dans la confusion. Dans l’affaire des fausses notes de frais, l’université durcit le ton. Sous les feux de la critique depuis deux semaines, elle évoque désormais le licenciement des professeurs fautifs. Mais cette évolution s’accomplit dans un désordre certain.

Suisse


Le scandale éclate le 9 avril 2006 : la presse révèle le contenu d’un rapport de l’Inspection cantonale des finances (ICF), fort sévère envers l’université de Genève. L’Inspection cantonale des finances réagit à un audit mené par une fiduciaire à la demande de l’université. Il en ressort qu’un quart des demandes de remboursement violent le règlement. Au mieux, elles sont imprécises ou présentées en retard. Au pire, elles dépassent les indemnités prévues, portent sur des repas pris entre collègues, des voyages injustifiés ou réalisés avec le conjoint. Un cas est épinglé en particulier. Celui d’un professeur qui a voulu se faire rembourser 7785 francs suisses pour un congrès à Lugano, alors que la note de frais indiquait un vol pour Palma de Majorque et des nuits d’hôtel dans le sud de la France pour deux personnes. Le même enseignant avait déjà été pincé, en 2002, pour des faits similaires et avait dû rembourser 6400 francs suisses...

Vue de l’université de Genève

Interrogé sur ce rapport qui pointe en outre la lenteur de réaction de l’université, le recteur, André Hurst, nuance d’abord la portée de l’affaire. « Il ne s’agit que de quelques centaines de francs sur un budget total de 650 millions », dit-il au Matin dimanche. Dans la Tribune, il estime même que le « rapport grandit l’université » puisqu’elle a pris des mesures pour corriger ces irrégularités. Et puis, rappelle-t-il, l’institution a elle-même commandé le premier audit avant de déposer une plainte pénale contre le professeur indélicat. Pourtant, à l’interne, le récidiviste n’a reçu qu’un avertissement, et encore, cela n’est pas allé de soi. Le recteur compare ce professeur à un cleptomane ayant agi de manière irrationnelle. Il estime visiblement la sanction suffisante : « Si aucun reproche ne devait lui être fait d’un point de vue académique, nous devrons réfléchir avant de sanctionner davantage », déclare-t-il le 10 avril 2006. Enfin, à la question : « Y aura-t-il d’autres plaintes pénales ? », il répond qu’« il est trop tôt pour le dire. »

André Hurst

Ces propos dégagent l’impression d’une mansuétude -dont le recteur se défend- qui agace tout le monde, à gauche comme à droite. Au sein de l’institution, un maître d’enseignement et de recherche confie que « les gens sont choqués de voir le recteur minimiser cette histoire. L’avertissement ne suffit pas. Une personne dotée d’un contrat à durée ­déterminée aurait perdu sa place. Mais les profs sont une caste intouchable. »

Charles Beer

C’est alors qu’André Hurst déclare qu’une dénonciation pénale a été déposée à l’encontre de cinq professeurs (Le Courrier de jeudi 13 avril). Des propos appuyés, dans le même journal, par le conseiller d’Etat [ministre cantonal], Charles Beer, responsable de l’Instruction publique. Le recteur et le politique s’accordent à dire que les fautifs devront quitter leur poste s’ils sont jugés pénalement responsables. Hier, André Hurst se disait prêt à proposer le licenciement des fautifs. Mais comment expliquer que l’on passe d’une à cinq plaintes ? André Hurst assure que tous les cas ont été livrés au Parquet le 15 mars. Mais en distinguant le récidiviste, formellement dénoncé, des autres cas, simplement « signalés ».

Le procureur général ne reconnaît pas une telle distinction. Daniel Zappelli précise que le courrier du Rectorat dénonçait nommément un professeur et que si d’autres noms apparaissaient, « ces personnes ne faisaient l’objet d’aucune dénonciation formelle de l’université. L’action du Ministère public ne peut donc porter que sur la personne nommément dénoncée ». Le 21 avril 2006 après-midi, Charles Beer expliquait alors avoir dû envoyer un fax dans la journée au procureur général pour « appuyer clairement la dénonciation du rectorat » qu’il avait trouvée « suffisamment floue » pour laisser planer un doute.

Sophie DAVARIS

Daniel Zappelli

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