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mercredi 29 mars 2017
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AFP, 22 avril 2006

Proche-Orient : Affrontements entre étudiants pro-Fatah et pro-Hamas

Suivi d’un commentaire


GAZA (AFP) - Des centaines d’étudiants respectivement sympathisants du Fatah et du Hamas se sont affrontés, samedi 22 avril 2006, à coups de pierres, à Gaza.


Des dizaines d’étudiants de l’université Al-Azhar, considérée comme un bastion du Fatah du dirigeant palestinien, Mahmoud Abbas, juchés sur un toit où ils avaient hissé le drapeau jaune de leur mouvement, ont lancé des pierres sur leurs collègues de l’université Islamique, jouxtant leur établissement, a constaté un journaliste de l’AFP. Ces derniers, sympathisants du Hamas, ont riposté par d’autres jets de pierres. Les portes donnant accès à l’enceinte universitaire ont été fermées, mais les affrontements entre partisans des deux bords se sont ensuite étendus aux rues voisines.

De part et d’autre, fusaient les cris "Allah o Akbar" (Dieu est le plus grand), tandis que par intermittence des étudiants de chaque camp s’avançaient vers leurs rivaux pour les attaquer. D’autres les invectivaient en se protégeant avec leurs sacs ou leurs cahiers. La tête ensanglantée, un étudiant a reflué sous les jets de pierres. Les deux bords se sont mutuellement rejetés la responsabilité du début des affrontements. Cette explosion de violence fait suite à une guerre des mots qui a éclaté, ces derniers jours, entre le Hamas et le Fatah.

"Nous sommes furieux des propos de Mechaal", a expliqué un étudiant sympathisant du Fatah. "Nous n’avons fait que riposter aux jets de pierres et défendre notre chef Mechaal (...) Les étudiants d’Al-Azhar sont des collaborateurs (d’Israël) et des espions", a de son côté expliqué Mohamed Ali, 20 ans, qui suit une formation d’infirmier à l’université Islamique.

Vendredi 21 avril 2006, depuis Damas, le chef en exil du Hamas, Khaled Mechaal a accusé M. Abbas, sans le nommer, de "comploter" contre le gouvernement Hamas, avec l’aide des Etats-Unis et d’Israël, dans le but de "réintégrer le pouvoir". Ces déclarations sont intervenues quelques heures après que M. Abbas eut annulé une décision du gouvernement sur la formation d’une nouvelle force de sécurité formée de volontaires de différentes factions armées. M. Abbas a estimé que les décisions du ministre de l’Intérieur, Saïd Siam, de former cette force et de nommer un activiste recherché par Israël pour la contrôler, étaient "illégales et anticonstitutionnelles", assurant que M. Siam avait outrepassé ses "prérogatives". Le gouvernement dirigé par le mouvement islamiste a au contraire affirmé que ces décisions étaient conformes à la loi Fondamentale palestinienne, laissant sous-entendre qu’il ne se plierait pas à la volonté de la présidence.

Agence France Presse

Commentaire

Ce qui est frappant, dans la crise palestinienne, c’est que Mahmoud Abbas, dont le parti a perdu les élections face au Hamas, se comporte exactement comme si, au contraire, c’était le Hamas qui avait perdu les élections. Au lieu de s’effacer devant le gouvernement du parti vainqueur, ainsi qu’on pourrait logiquement s’y attendre, Mahmoud Abbas le traite avec mépris, prétend le réduire à une position subalterne, et multiplie les abus de pouvoir en profitant des lacunes de la législation ou en interprétant cette législation de manière à servir son intérêt personnel ou clanique. C’est un peu comme un politicien qui volerait l’argent de la caisse du parti en prétendant qu’il en a le droit pour le motif que les statuts du parti ne mentionnent pas explicitement l’interdiction de voler dans la caisse.

L’attitude complaisante des gouvernements et des médias occidentaux à l’égard de Mahmoud Abbas n’est objectivement pas justifiée. Cette complaisance s’explique uniquement par le fait que les abus de pouvoir de Mahmoud Abbas s’inscrivent dans la logique politique israélienne visant à torpiller, par tous les moyens, le gouvernement du Hamas. Pour s’en convaincre, il suffit d’inverser les rôles en imaginant que Mahmoud Abbas soit un membre du Hamas et qu’il se comporte exactement de la même manière à l’égard d’un gouvernement composé de membres du Fatah. Ses agissements seraient aussitôt qualifiés de scandaleux et on lui reprocherait de ne pas respecter les prérogatives légitimes du gouvernement Fatah élu.

Mahmoud Abbas a délibérément provoqué une situation dans laquelle le Hamas est censé se soumettre à ses abus de pouvoir ou risquer une guerre civile. On cherche vainement à discerner l’intérêt des Palestiniens dans ce petit jeu cynique. Par contre, on discerne clairement l’intérêt du gouvernement israélien et de ses alliés occidentaux. C’est à juste titre que le Hamas dénonce ce petit jeu.

Frank BRUNNER

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