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dimanche 30 avril 2017
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Tribune de Genève, 4 mai 2006

Corruption : Le chef administratif de l’université de Genève cachait un audit depuis 2004

par Jérôme FASS


Vue de Genève

Notes de frais bidon, financement occulte de compléments salariaux, non-rétrocession des gains accessoires. A Genève, ces turpitudes universitaires perdurent depuis plusieurs années. Leur subite médiatisation met en lumière la guerre interne larvée qui déchire l’université. Il apparaît que son organisation génère de graves luttes de pouvoir entre le rectorat, l’administration et les professeurs.

Suisse


L’audit décrivant par le menu ces graves irrégularités a été découvert, le 24 avril 2006 au soir, par Charles Beer, le président du Département de l’instruction publique, mais aussi par le recteur, André Hurst. La Tribune de Genève est en mesure d’affirmer que c’est l’administration centrale de l’université qui retenait ce rapport. Son directeur, Laurent Pally, l’avait lui-même commandé. Il le détenait depuis l’été 2004. Ses services auraient transmis leurs conclusions au rectorat, sans jamais lui remettre physiquement le document.

Charles Beer

Pourquoi Laurent Pally a-t-il agi de la sorte ? Trois hypothèses existent. La plus tentante consiste à penser que la non-divulgation de l’audit visait à couvrir certains fautifs et à préserver certaines pratiques. Elle paraît peu vraisemblable. La seconde hypothèse, plus probable, nécessite un bref retour en arrière. Laurent Pally est nommé en 1996. L’homme est réputé carré. Dès son arrivée, il tente de « rationaliser » le fonctionnement de l’institution, confie un ancien employé de l’université. Sa volonté se heurte aux privilèges du corps professoral. Ce dernier se serait alors brutalement opposé au patron de l’administration. Début 1999, Maurice Bourquin devient recteur. « Il n’était pas favorable à Laurent Pally. Ce dernier a perdu de son influence, se rappelle notre contact. Les facultés ont repris la main. » Jusqu’au jour où Laurent Pally réceptionne l’audit dévastateur.

Il est donc possible qu’il ait voulu s’en servir comme levier pour discipliner le corps enseignant. Si cette piste est la bonne, rendre le document public lui aurait fait perdre tout moyen de pression. Elle démontrerait au passage le climat de défiance régnant entre le rectorat et son administration.

Laurent Pally

Reste la dernière option. Laurent Pally n’aurait pas transmis l’audit au Département de l’instruction publique, pour masquer l’insuffisance des contrôles effectués par son service. En effet, l’organisation actuelle de l’université la prive quasiment de tout contrôle sur les enseignants. C’est la vice-rectrice, Louisette Zaninetti, qui l’affirme. De fait, il est de notoriété publique que la loi contraignant les professeurs à rétrocéder une partie de leurs gains accessoires à l’université, adoptée fin 1998, a plus fait rire que frémir les principaux intéressés. Les résultats sont là. En 2005, le total des gains accessoires déclarés aurait atteint... 20000 francs suisses. Mais la lutte entre l’administration et les enseignants est féroce. La faculté de médecine, coiffée d’un bonnet d’âne depuis début avril 2006, illustre cette situation. Ses professeurs rencontrent « une forte résistance de l’antenne comptable », précise l’Inspection cantonale des finances. Le rectorat devrait arbitrer de telles divergences et faire cesser ces dysfonctionnements. Une source proche de l’université assure que la loi ne le permet pas. Elle attribuerait trop de pouvoir aux doyens, alors que les responsabilités du rectorat ont été réduites en 1995. D’où un inévitable clash.

Vue de l’université de Genève

Demeure une question. Pourquoi le rectorat n’a-t-il pas réclamé à haute voix le soutien de son autorité politique de tutelle, le Département de l’instruction publique ?

André Hurst

Laurent Pally, le directeur de l’administration universitaire, a démenti, le 4 mai 2006, avoir retenu dans ses services le rapport d’audit traitant du financement occulte des compléments salariaux et de la non-rétrocession des gains accessoires. Interrogé par la Radio suisse romande, il a affirmé avoir formellement transmis cet audit au rectorat le 9 février 2004. Laurent Pally aurait lui-même reçu ce document le 29 janvier 2004.

Jérôme FASS

Vue de l’université de Genève

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