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Le Courrier, 10 mai 2006

Proche Orient : Le système des deux poids, deux mesures

par Christophe KOESSLER


La Palestine se meurt. La décision de l’Union européenne (UE) de retirer ses subventions à l’Autorité palestinienne, conjuguée à l’interdiction de circulation des biens et des personnes prononcée par Israël, annonce une tragédie humanitaire. La population palestinienne est donc punie pour avoir « mal voté ». Faute de reconnaître l’Etat d’Israël et de renoncer officiellement à la lutte armée, le gouvernement du Hamas se voit dans l’impossibilité de payer ses 160000 fonctionnaires et de faire tourner l’économie palestinienne.


La logique de l’Union européenne peut se tenir à première vue, le Hamas ayant dans un passé récent commis des crimes contre des civils. Elle repose pourtant sur une omission majeure : ce qui est exigé d’une des parties au conflit ne l’est pas de l’autre. Non seulement Israël n’a jamais reconnu le droit à l’autodétermination des Palestiniens, mais il pilonne presque quotidiennement les territoires au nom de la guerre contre le terrorisme, occasionnant un nombre bien plus élevé de victimes civiles, alors même que le Hamas respecte une trêve. Des crimes le plus souvent occultés par les médias occidentaux. Pourtant, la « communauté internationale » n’a jamais exigé d’Israël des conditions similaires à celles imposées au Hamas. L’Union européenne a au contraire signé des accords économiques préférentiels avec Israël, sans compter les collaborations militaires. Si on ajoute à l’actif du gouvernement israélien l’accélération de la colonisation en Cisjordanie -y compris à Jérusalem-Est-, le rejet de l’ensemble des résolutions des Nations Unies, la destruction de maisons palestiniennes -trois mille entre 2000 et 2004- et la poursuite de la construction d’un mur de séparation condamné par la Cour internationale de justice, on mesure l’ampleur de la politique de deux poids, deux mesures de l’Union européenne.

On en oublierait presque que se côtoient un occupant et un occupé. Un colonisateur et un colonisé. Israël n’a jamais reconnu une Palestine dans les frontières de 1967. Ce qui interpelle l’Israélien Shlomo Sand, professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Tel Aviv : « Pourquoi dans ces conditions reconnaître un tel Israël ? ». L’auteur ne remet bien sûr pas en cause la nécessité de reconnaître cet Etat, mais comprend les raisons du refus obstiné du Hamas.

Une solution pourrait-elle venir de New York, où se réunissent les dirigeants des Etats-Unis, de l’Union européenne, de la Russie et des Nations Unies ? Ils devaient discuter, le 9 mai 2006, de la proposition du président français Jacques Chirac consistant à contourner le Hamas en mandatant la Banque mondiale pour payer directement le salaire des fonctionnaires. Cette issue aurait pour mérite de diminuer l’ampleur du désastre humanitaire. Mais la mise sous tutelle de l’Autorité palestinienne par les grandes puissances est-elle souhaitable ? Pour Uri Avnery, dirigeant historique du mouvement pacifiste israélien Gush Shalom, il faut laisser sa chance au Hamas. La communauté internationale devrait, elle aussi, juger sur pièce.

Christophe KOESSLER

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