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samedi 22 juillet 2017
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Tribune de Genève, Le Matin online, 11 mai 2006

Corruption : Une enquête pénale est enfin ouverte contre l’université de Genève

par Catherine FOCAS et Fabiano CITRONI


Vue de l’université de Genève

Nouvelle étape dans l’affaire de l’université de Genève, qui secoue la république depuis plus d’un mois : le procureur général, Daniel Zappelli, considère que les faits sont suffisamment graves pour justifier l’ouverture d’une information pénale pour faux dans les titres, escroquerie, abus d’autorité et gestion déloyale des intérêts publics.

Suisse


Daniel Zappelli vient de transmettre le dossier au président des juges d’instruction, Stéphane Esposito. Ce dernier pourra le donner à un de ses collègues, ou mener lui-même l’enquête et auditionner les protagonistes. Il devra en définitive décider si les actes circonscrits par le Parquet sont, oui ou non, de nature pénale et doivent donner lieu à des inculpations.

Daniel Zappelli

La première partie de l’enquête vise à déterminer si les notes de frais (voyage à Palma de Majorque, cours de rafting et autres) et de déplacement indus ont été volontairement présentées afin d’être encaissées et tromper ainsi l’administration. Dans ce volet, cinq professeurs sont concernés nommément. Comme nous l’avions révélé dans nos éditions du 26 avril 2006, il s’agit de quatre hommes et une femme qui travaillent à la Faculté des sciences économiques et sociales et à la Faculté de médecine. Les départements concernés sont les Hautes Etudes commerciales (HEC), le Département d’économétrie et le Département d’économie politique. Les deux autres professeurs appartiennent au Département de chimie clinique et de médecine dentaire. Il s’agit de savoir si ces actes constituent des faux dans les titres et des escroqueries.

Vue de l’université de Genève

La seconde partie de l’enquête est ouverte contre inconnu. Elle doit déterminer dans quelles circonstances certains professeurs ont reçu des compléments de salaire ou des fonds pour racheter notamment des années de cotisations ; qui aurait pris la décision d’accorder ces appoints et dans quelle mesure ces démarches sont contraires à la législation. Cette investigation vise surtout l’autorité de décision de l’université, laquelle pourrait s’être rendue coupable d’abus d’autorité.

Vue de l’université de Genève

La troisième partie de l’enquête est également ouverte contre inconnu. Le but est de comprendre comment a été utilisée une subvention accordée, en 2002, par l’Etat, à l’université de Genève. Selon des sources universitaires, il s’agirait de plusieurs centaines de milliers de francs suisses donnés par la Fondation pour la recherche médicale. Dans ce dernier cas, l’investigation porte sur la gestion déloyale des intérêts publics.

Catherine FOCAS

André Hurst

Victime de l’omerta

L’université de Genève a perdu une de ses têtes. La démission de la vice-recteure, Louisette Zaninetti, annoncée vendredi 5 mai, a été acceptée, le 10 mai 2006, par le Conseil d’Etat. L’exécutif cantonal a eu besoin de vingt-et-un mots, en tout et pour tout, pour annoncer la nouvelle aux médias : « Le Conseil d’Etat a pris acte de la démission de Mme Louisette Zaninetti, vice-recteure de l’Université de Genève. » Pourquoi le gouvernement a-t-il accepté le départ de Louisette Zaninetti, alors qu’il avait refusé celui du recteur, André Hurst ? Impossible d’avoir une réponse de l’autorité cantonale, qui refuse de communiquer sur l’université, depuis l’ouverture d’une enquête pénale sur les fraudes comptables au sein de l’institution.

Louisette Zaninetti

Pour y voir plus clair sur ce qui se passe à l’université, en pleine crise depuis plus d’un mois, il faut donc donner la parole à des personnes bien informées, mais qui souhaitent garder l’anonymat. « Louisette Zaninetti a vivement défendu le recteur, André Hurst, dans la presse, avant d’ajouter qu’au lieu de continuer de s’exposer, il ferait mieux d’envoyer les responsables de la crise au front, rappelle un de nos informateurs. Certains professeurs et doyens n’ont pas du tout apprécié ces propos et ils l’ont fait savoir à la vice-recteure au cours d’une séance animée. Le recteur participait à cette réunion, mais il n’a rien dit pour la défendre. » Attaquée par certains professeurs et doyens pour des raisons qui lui échappaient, Louisette Zaninetti a donc donné son sac. « Elle estime qu’il est devenu difficile, voire impossible de travailler dans un tel climat de tensions. Et elle aurait aimé que le recteur la soutienne publiquement. Elle a aussi mal digéré une déclaration ambiguë du Conseil d’Etat », confie notre interlocuteur. A la question d’une journaliste demandant si le gouvernement renouvelait sa confiance au rectorat, le président Pierre-François Unger avait en effet répondu qu’il gardait sa confiance... dans le recteur. De tels propos ont surpris et blessé Louisette Zaninetti. « Le Matin » a demandé à Pierre-François Unger de préciser sa pensée. Ce dernier a refusé.

Fabiano CITRONI

Pierre-François Unger

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