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AFP, 15 mars 2004

Haïti gèle ses relations avec la Jamaïque à cause de Jean-Bertrand Aristide

Suvi de : "La famille Jecker avait accueilli Jean-Bertrand Aristide à Soulce, dans le canton suisse du Jura"


L’avion de Jean-Bertrand Aristide à Dakar

PORT-AU-PRINCE (AFP) - Le retour de Jean-Bertrand Aristide dans les Caraïbes provoque la colère du nouveau pouvoir en Haïti, qui a gelé ses relations avec la Jamaïque, où est arrivé lundi 15 mars 2004 le président haïtien déchu.


"Je rappelle l’ambassadeur (d’Haïti en Jamaïque) immédiatement et nous gelons nos relations avec la Jamaïque", a annoncé Gérard Latortue, le Premier ministre haïtien, peu avant que n’atterrisse l’avion transportant M. Aristide et son épouse à Kingston à la mi-journée.

Boniface Alexandre, Gérard Latortue et Ronald Coleman

L’ex-président, qui a perdu le pouvoir le 29 février 2004, avait quitté dans la nuit la Centrafrique qui l’accueillait depuis le 1er mars 2004.

Le Premier ministre jamaïcain Percival Patterson l’a invité avec son épouse pour un séjour temporaire leur permettant de voir leurs deux filles, domiciliées aux Etats-Unis.

Percival Patterson

Son retour dans les Caraïbes est mal perçu non seulement par les nouveaux responsables haïtiens mais aussi par les Etats-Unis, qui mènent la force multinationale tentant de pacifier le pays.

Avant d’annoncer le "gel" des relations avec Kingston, M. Latortue s’était déclaré "prêt à reconsidérer" la position d’Haïti à l’égard de la Caricom (Communauté des pays de la Caraïbe), dont le président en exercice est M. Patterson.

"Il faut que les Haïtiens ne se laissent pas marcher sur les pieds par d’autres pays", a-t-il dit sur une radio privée haïtienne, Radio Vision 2000.

Haïti et Saint-Domingue

Le responsable socialiste Serge Gilles a également critiqué la visite de M. Aristide, qu’il attend "avec beaucoup d’appréhension". "Connaissant son caractère revanchard, il (Aristide) va profiter de sa présence à la Jamaïque pour alimenter la violence et, même s’il parle de paix, il fait toujours le contraire de ce qu’il dit. Sa présence continue à maintenir l’instabilité dans le pays", a-t-il déclaré à l’AFP.

Serge Gilles (assis à gauche et tourné vers le photographe)

Concernant le nouveau gouvernement, M. Latortue a indiqué que sa formation "sera achevée mardi 16 mars 2004 au soir" afin qu’il puisse être investi "mercredi 17 mars 2004 au plus tard". "Il n’y a rien de définitif (...) Nous discutons les curriculum vitae, l’honnetêteté, la compétence, l’engagement démocratique de chaque personne dont la candidature est présentée", a-t-il ajouté.

Le calme reste précaire à Port-au-Prince, quinze jours après le départ de Jean-Bertrand Aristide.

Un Marine a été blessé par balle au cours d’une patrouille dimanche soir, 14 mars, dans le quartier de Bel Air, bastion de partisans d’Aristide, a annoncé lundi 15 mars 2004 un porte-parole militaire américain. "Sa vie n’est pas en danger", selon lui.

C’est la première fois qu’un membre de la force multinationale, composée d’Américains, de Français, de Chiliens et de Canadiens, est blessé par balle.

Samedi 13 mars 2004, lors d’une brève visite à Port-au-Prince, le chef de l’état major interarmées américain, le général Richard Myers, avait souligné que les Etats-Unis ne laisseraient pas l’anarchie s’installer en Haïti, où "la violence ne sera pas tolérée".

Richard Myers. Contrairement à ce que ce général s’imagine, le peuple haïtien n’a pas d’ordres à recevoir du gouvernement des Etats-Unis

Le général américain Ronald Coleman a pris officiellement, lundi 15 mars 2004, ses fonctions de commandant de la force intérimaire multinationale en Haïti.

Ronald Coleman

La force multinationale de 2600 hommes installée depuis près de deux semaines à Port-au-Prince, est prête à se déployer sur l’ensemble du territoire haïtien dans un délai de deux à trois semaines, a indiqué à l’AFP un porte-parole du contingent français.

"On prévoit le déploiement de la force multinationale sur l’ensemble du territoire haïtien dans un délai de deux à trois semaines. Mais on ne sait pas encore qui va aller où et quand", a déclaré ce porte-parole, le commandant Xavier Pons.

La deuxième ville du pays, Cap-Haïtien (nord), est occupée depuis plusieurs semaines par les insurgés des Forces armées du Nord, en l’absence de la police nationale d’Haïti.

Agence France Presse

L’un des libérateurs d’Haïti, à Cap-Haïtien, le 24 février 2004

La famille Jecker avait accueilli Jean-Bertrand Aristide à Soulce, dans le canton suisse du Jura.

Quelques mois avant son accession à la présidence, le prêtre haïtien avait séjourné dans une des plus petites localités jurassiennes.

Le village de Soulce, dans le canton suisse du Jura

Le 23 juin 1990, un prêtre anonyme débarquait du train à Delémont. Cet inconnu allait devenir deux mois plus tard un des hommes les plus médiatisés de la planète en tant que candidat à la présidence de Haïti. Quand Raymond Jecker a accueilli cet hôte dans sa maison de Soulce -localité de 230 âmes-, il n’imaginait pas que cet homme serait élu le 16 décembre de la même année président de son pays.

« Il ne supposait pas, lui non plus, qu’à son retour à Haïti il serait bombardé à la présidence. Il parlait certes de politique, car là-bas chacun de ses gestes et chacune des paroles qu’il prononçait avaient une connotation politique. Mais il n’évoquait jamais le pouvoir. Il n’y pensait pas », raconte le Jurassien.

« Il a partagé notre quotidien »

Le Père Aristide était venu en Europe afin de récolter des fonds pour l’institution qu’il avait créée, « La famille, c’est la vie », qui regroupait 150 enfants abandonnés. « Dans le cadre de la paroisse, nous avions organisé une soirée d’informations sur Haïti. Elle avait réuni à peine plus de vingt personnes. Après trois jours passés dans notre famille, où il avait partagé notre quotidien, le prêtre avait poursuivi son périple. »

Ce séjour à Soulce n’était pas un hasard. Raymond Jecker connaît Haïti pour y avoir vécu quatre ans dans les années 1980 avec son épouse en tant que volontaire au sein de l’organisation Frères sans frontières. « C’est une amie suisse qui nous avait téléphoné de Port-au-Prince pour nous demander d’héberger un prêtre haïtien qui parcourait l’Europe et avait besoin de quelques jours de repos. »

Jean-Pierre MOLLIET

Jean-Bertrand Aristide, soulignant sa délicatesse, entre deux assassinats...

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