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Le Monde, 12 mai 2006

Proche Orient : Des prisonniers du Fatah et du Hamas proposent un plan de sortie de crise

par Gilles PARIS


Les responsables palestiniens emprisonnés en Israël ont rendu publiques, mercredi 10 mai, des propositions pour tenter de mettre un terme à la crise qui oppose les deux principaux mouvements palestiniens, le Fatah et le Mouvement de la résistance islamique (Hamas), depuis la victoire de ce dernier aux élections législatives du 25 janvier 2006. Parmi ces propositions élaborées par le charismatique Marouan Barghouti (Fatah) et soutenues par le cheikh Abdel Halek Al-Natshé (Hamas) figure notamment l’idée d’une coalition rassemblant les nationalistes du Fatah et les islamistes du Hamas. La formation d’un tel gouvernement n’avait pas été possible après les élections, compte tenu des divergences qui opposent les deux mouvements. Le Fatah avait justifié son refus en soulignant l’hostilité du Hamas à une renonciation à la violence, comme à la reconnaissance d’Israël et aux accords conclus par l’OLP.


Pour tenter de réduire ces divergences, les responsables emprisonnés, sans évoquer Israël, appellent à la création d’un Etat palestinien dans les frontières de 1967 (c’est-à-dire à Gaza et en Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est). Ils estiment également que la "résistance" devrait se limiter aux territoires occupés, excluant implicitement les opérations armées, militaires ou terroristes, en Israël.

Le chef de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, s’est félicité publiquement de ces prises de position. A Gaza, des responsables du Hamas ont en revanche pris leurs distances vis-à-vis de ce document, en réitérant leur opposition à la reconnaissance d’Israël, mais en estimant qu’il pourrait constituer une base pour le nouveau cycle de "dialogue national" prévu dans les jours prochains. Le Hamas peut difficilement passer sous silence ce texte, car les prisons israéliennes ont toujours constitué, paradoxalement, des lieux de pouvoir et de débats palestiniens, compte tenu du nombre important de militants, toutes factions confondues, qui y sont détenus (environ 7000). Le sort des prisonniers est central dans la société palestinienne, et leurs prises de position comptent.

L’assentiment, s’il se confirme, de hauts responsables islamistes à un document d’inspiration "fatahouie", témoigne des différences qui existent au sein du mouvement islamiste. Ces différences se manifestent alors que le Hamas est confronté à une crise financière qui paralyse les institutions dont il a désormais la charge, et alors que ses relations avec les pays arabes voisins ne sont pas au mieux. En témoigne les tensions avec la Jordanie, qui accuse certains de ses membres d’avoir préparé des attentats sur son territoire, ce qu’il nie. Des aveux ont été ainsi diffusés, jeudi 11 mai 2006, par la télévision jordanienne, auxquels les responsables du Hamas à Gaza se sont gardés de répondre.

M. Abbas compte utiliser le document élaboré par les prisonniers pour obtenir plus de flexibilité de la part des islamistes, sans garanties de résultats. Ses efforts coïncident avec la volonté du responsable travailliste israélien, Amir Péretz, principal allié du premier ministre, Ehoud Olmert, qui a proposé, jeudi 11 mai, de renouer le dialogue avec Mahmoud Abbas, avant le recours à l’unilatéralisme. Selon la presse israélienne de vendredi 12 mai, M. Péretz aurait été vivement pris à partie à ce sujet par M. Olmert, jeudi 11 mai 2006, au cours d’une réunion entre les deux hommes. Le premier ministre aurait également critiqué les mesures envisagées par le responsable travailliste, par ailleurs ministre de la Défense, pour réduire légèrement le bouclage des territoires palestiniens.

Gilles PARIS

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