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dimanche 23 avril 2017
Vous êtes ici Accueil Archives Archives Irak (2ème partie) : Du 1er mars 2004 au 31 mars 2004
AFP, 17 mars 2004

Irak : la résistance contre l’occupation étrangère se poursuit. Le rôle de l’ONU en question

Suivi d’un commentaire


BAGDAD (AFP) - Le débat sur un rôle de l’ONU agite de nouveau les milieux politiques irakiens à l’approche du transfert du pouvoir, tandis que la violence continue de frapper sans discrimination étrangers et Irakiens.

Trois enfants et un adulte irakiens ont été les dernières victimes de cette vague de violence, qui a coûté la vie depuis, lundi 15 mars 2004, à six Occidentaux et à onze Irakiens, dont un traducteur de l’armée américaine et des policiers.


Selon un officier américain "trois roquettes ont été tirées de l’extérieur de Bagdad le 16 mars 2004 au soir, l’une s’est abattue sur le sud, l’autre sur le nord et la troisième sur le centre". "Trois enfants et un adulte ont été tués dans ces attaques et cinq autres personnes ont été blessées", a-t-il indiqué.

Les Occidentaux tués sont deux ingénieurs européens, abattus près de Kerbala, dans le centre, et quatre humanitaires américains travaillant pour une église baptiste tués à Mossoul, ville du nord, théâtre de fréquentes attaques.

L’armée américaine a lancé une nouvelle opération, mercredi 17 mars 2004, à Bagdad, appelée "Iron Promise" pour tenter de déloger des combattants extrémistes, avec la participation d’unités de la 1ère division blindée.

Le lancement de l’opération avait été annoncé le 4 mars 2004 en lieu et place de celle appelée "Iron Grip" qui était dirigée contre les combattants de l’ancien parti Baas et les partisans de l’ex-président Saddam Hussein.

Au niveau politique, le Conseil suprême de la révolution islamique en Irak (CSRII), parti chiite représenté au Conseil de gouvernement transitoire, a souhaité un retour de l’ONU en avril 2004.

"Nous pensons que l’ONU doit revenir le plus tôt possible", a déclaré Hamed Bayati, porte-parole du CSRII, estimant qu’"avril serait le meilleur moment", alors que les 25 membres de l’exécutif irakien devait débattre du rôle de l’organisation dans la période intérimaire qui doit suivre le transfert du pouvoir aux Irakiens par la coalition le 30 juin 2004.

Un membre du Conseil de gouvernement, le Kurde indépendant Mahmoud Ali Osmane, avait déclaré mardi que la question divise les membres de l’exécutif. "Certains veulent (que l’ONU joue) un rôle limité, d’autres plus important", avait-t-il dit en espérant un accord prochain sur cette question.

M. Bayati n’a pas caché la déception de son parti des résultats de la mission de l’ONU conduite en Irak par Lakhdar Brahimi, l’envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU Kofi Annan, qui avait conclu à l’impossibilité immédiate de tenir un scrutin crédible.

"Je ne pense pas que ces conclusions étaient objectives", a-t-il dit, reflétant le sentiment de la majorité des chiites, dont le chef religieux, l’influent grand ayatollah Ali Sistani avait souhaité des élections rapides.

M. Brahimi a contesté, mardi 16 mars 2004, que l’ayatollah Sistani se soit prononcé contre un rôle de l’ONU. "Nous avons reçu un message il y a quelques jours", a-t-il déclaré, affirmant que le religieux "veut que l’ONU joue un rôle et continue à jouer un rôle en Irak".

Mais, un autre parti représenté au sein de l’exécutif, le Congrès national irakien (CNI) du chiite et pro-américain Ahmad Chalabi a affirmé refuser tout "mandat" de l’ONU sur l’Irak. "Nous pensons que l’ONU peut donner de la légitimité (au processus politique) et nous avons besoin de cette légitimité, mais nous refusons catégoriquement qu’elle exerce un mandat quel qu’il soit sur l’Irak", a déclaré mardi 16 mars 2004 son porte-parole Intifadh Qanbar.

Le secrétaire américain à la Défense Donald Rumsfeld n’a pas exclu que des événements imprévus puissent retarder le transfert du pouvoir au 30 juin 2004.

"Je ne sais pas ce qui peut arriver demain", a-t-il déclaré à la BBC, à l’occasion du premier anniversaire de la guerre en Irak, avant de souligner que cette date restait l’échéance fixée par Washington pour ce transfert.

Agence France Presse

Commentaire

Le fond du problème, avec l’ONU, est de savoir si elle est capable d’une authentique indépendance ou s’il faut n’y voir qu’un instrument à la botte du gouvernement des Etats-Unis. Un instrument tout juste bon pour entériner, au nom de la prétendue "communauté internationale", les décisions prises à Washington.

Si l’ONU est réellement capable d’indépendance, elle peut avoir un rôle important à jouer, que ce soit en Irak ou ailleurs.

Si, par contre, l’ONU apparaît comme une sorte de masque destiné à camoufler, sous une apparence "neutre", la volonté politique du gouvernement des Etats-Unis -tout en étant de facto subordonnée aux desiderata du gouvernement des Etats-Unis-, elle ruinera sa crédibilité et retombera dans l’insignifiance, chacun la considérant alors comme une simple marionnette de Washington.

Or, qu’il s’agisse d’Haïti ou de l’Irak, l’ONU semble incapable de se démarquer du gouvernement des Etats-Unis, alors qu’elle devrait se placer au service des peuples haïtien et irakien.

A Haïti, où les Etats-Unis sont censés agir sous mandat de l’ONU -c’est-à-dire en y étant les subordonnés de l’ONU-, on a vu le gouvernement des Etats-Unis se comporter comme en terrain conquis, prétendant décider qui, parmi les Haïtiens, devait pouvoir se présenter ou non aux élections, s’efforçant publiquement d’intimider la population locale au cas où elle se révolterait contre l’occupation étrangère, et tenant quasiment le gouvernement haïtien en otage. De plus, l’ONU ne semble pas du tout pressée d’organiser des élections à Haïti...

En Irak, le gouvernement des Etats-Unis ne dissimule pas son intention de perpétuer l’occupation militaire sous couvert d’un nouveau "mandat de l’ONU", au cas où le gouvernement irakien ne se placerait pas à la botte du gouvernement des Etats-Unis.

C’est-à-dire que l’ONU paraît complètement instrumentalisée par le gouvernement des Etats-Unis.

Il suffit, à l’ONU, de poursuivre dans la logique actuelle pour ruiner sa crédibilité et redevenir un objet de dérision : le lieu où, occasionnellement, les chefs d’Etat vont se faire photographier -à l’intention de leurs électeurs- en train de débiter, devant une audience indifférente, des discours que personne n’écoute et qui demeurent sans conséquence.

Quant au secrétaire général de l’ONU, il redeviendra une sorte de laquais, porte-parole "international" du gouvernement des Etats-Unis et cinquième roue du carrosse de la politique étrangère de ce gouvernement.

Frank BRUNNER

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