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dimanche 23 juillet 2017
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Le Matin online, 26 juin 2006

Corruption : Soupçons de malversations à l’Organisation internationale de la propriété intellectuelle

par Ian HAMEL


Vue de Genève

La piscine du directeur payée en liquide, un intermédiaire inculpé pour avoir perçu un pot-de-vin, 100 millions de francs suisses gaspillés dans deux projets informatiques. L’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI), à Genève, accumule les casseroles.

Suisse


L’Organisation internationale de la propriété intellectuelle (OMPI) est certainement l’une des institutions spécialisées de l’ONU les moins connues. Mais elle n’est certainement pas la plus discrète. Depuis l’arrivée à sa tête du Soudanais Kamil Idris, en 1997, cette vénérable institution, chargée d’administrer les brevets, occupe surtout la rubrique des faits-divers. L’ONU, qui préfère laver son linge sale en famille, a tout de même demandé que l’on procède « à une évaluation détaillée, bureau par bureau, des ressources humaines et financières de l’organisation ». En clair, elle se demande comment les 1300 employés de l’Organisation internationale de la propriété intellectuelle, installée chemin des Colombettes, à Genève, peuvent bien occuper leurs journées. Car, apparemment, certains ne se contentent pas de protéger la propriété intellectuelle.

Vue du siège de l’Organisation internationale de la propriété intellectuelle

Depuis deux ans, la justice genevoise enquête sur une affaire de pot-de-vin. Un intermédiaire ghanéen, M. C., aurait perçu 3,5 millions de francs suisses de la part de trois entreprises genevoises pour obtenir de l’Organisation internationale de la propriété intellectuelle un contrat de construction. M. C. aurait ensuite reversé 325000 francs suisses à un proche collaborateur de Kamil Idris, le directeur général de l’Organisation internationale de la propriété intellectuelle. Le juge genevois Jean-Bernard Schmid doit transmettre le dossier au parquet avant la fin de 2006. La nationalité de M. C. n’est pas sans intérêt. C’est un ami de Kojo Annan, le fils du secrétaire général de l’ONU, et les deux hommes travaillaient ensemble à la Cotecna, la société genevoise citée à plusieurs reprises dans le scandale du programme « pétrole contre nourriture », en Irak. Toutefois, Kojo Annan n’a jamais été inquiété dans ce dossier par la justice suisse. Mais il n’en faut pas plus pour que certains fassent des ennuis de l’Organisation internationale de la propriété intellectuelle une affaire politique. « Vous ne voyez donc pas que les Américains cherchent à détruire l’ONU et les organisations internationales ? », lâche l’avocat genevois Henri-Philippe Sambuc, ami de longue date de Kamil Idris. La justice genevoise reconnaît que cette affaire de pot-de-vin n’ira sans doute pas très loin : le fonctionnaire de l’Organisation internationale de la propriété intellectuelle qui a perçu 325000 francs suisses, protégé par son immunité diplomatique, coulerait aujourd’hui des jours tranquilles en Tanzanie.

Jean-Bernard Schmid

A Genève, G.T., un autre fonctionnaire de l’Organisation internationale de la propriété intellectuelle, directeur de la division des bâtiments, s’est occupé, en 2003, de la construction de la piscine de la propriété privée de Kamil Idris, à Bellevue, comme le montrent des documents en notre possession. Les travaux, commandés à un entrepreneur français, ont été payés en partie en liquide. Une télécopie, datée du 4 août 2003, évoque même l’aménagement d’une autre piscine, plus petite. Toutefois, une enquête menée à la demande des Etats membres n’a rien trouvé d’anormal à ce que le directeur des bâtiments de l’Organisation internationale de la propriété intellectuelle s’occupe des loisirs de son patron. Quant aux deux projets informatiques, Wiponet et Impact, lancés peu après l’arrivée de Kamil Idris à la tête de cette vénérable institution, et qui n’ont jamais véritablement fonctionné, l’ardoise se monte à 100 millions de francs suisses. Un terrible fiasco que l’ONU ne souhaite attribuer qu’à l’incompétence des responsables de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle.

Ian HAMEL

Kamil Idris

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