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Libération, 4 juillet 2006

Corruption : Des journalistes hollandais mis sur écoute pour avoir dénoncé les liens entre la police et un chef de la mafia locale

par Sabine CESSOU


Vue d’Amsterdam

Du jamais vu dans les annales judiciaires des Pays-Bas : le 20 juin 2006, le tribunal de La Haye a ordonné aux services secrets néerlandais d’arrêter les écoutes et la surveillance exercées à l’encontre de deux journalistes du premier quotidien du pays, De Telegraaf, journal populaire de centre droit.

Hollande


Joost de Haas et Bart Mos sont dans le collimateur du Service général de renseignements et de sécurité (AIVD) depuis qu’ils ont révélé, le 23 janvier 2006, que des fichiers de la police avaient été transmis à un chef de la mafia néerlandaise. Selon un rapport du Service général de renseignements et de sécurité, des agents de police corrompus auraient fourni, en 1998 et 1999, des informations et des armes à Mink Kok, un baron de la drogue d’Amsterdam. Bien qu’il soit en prison depuis 1993, l’homme disposerait d’un budget spécial pour acheter des informations à la police. Ces fuites auraient conduit à plusieurs règlements de comptes, à Amsterdam, ces dernières années, entre des parrains de la drogue.

Piet Hein Donner

A la parution du scoop, Piet Hein Donner, le ministre de la Justice, avait jugé « inutile » de lancer une enquête sur la corruption policière à Amsterdam. En revanche, son collègue de l’Intérieur, Johan Remkes, avait ordonné une investigation sur la fuite, estimant qu’elle pouvait faire partie d’une « contre-stratégie des criminels pour discréditer les autorités ». Mardi 27 juin 2006, le tribunal de La Haye a estimé « excessives » les méthodes du Service général de renseignements et de sécurité. Il a donné six mois aux services secrets pour détruire toutes les informations recueillies sur les deux journalistes du Telegraaf. Le juge a estimé qu’ils n’ont eu qu’un rôle de « transmission » de l’information. Johan Remkes, le ministre de l’Intérieur, a admis avoir autorisé les écoutes des deux journalistes. Il ne s’avoue pas vaincu, et envisage de faire appel. Selon lui, des « situations exceptionnelles » peuvent justifier la surveillance de journalistes.

Johan Remkes

En guise de riposte, deux syndicats, l’Association des journalistes néerlandais (NVJ) et la Société des rédacteurs en chef néerlandais, se sont associés à la plainte de Joost de Haas et Bart Mos contre le ministre. Bien que satisfait par un verdict qu’il juge « historique », Eef Bos, le rédacteur en chef du Telegraaf,estime que Johan Remkes a encore « quelques explications à donner ». Car l’affaire est loin d’être close. Les deux journalistes risquent encore des poursuites pour avoir dévoilé des secrets d’Etat. Interrogés, le 10 mai 2006, par la justice, Joost de Haas et Bart Mos ont dû donner des échantillons de leur ADN. « C’est très inquiétant de voir traiter ainsi des gens dont le métier consiste à exposer des abus », a protesté Thomas Bruning, secrétaire général de l’Association des journalistes néerlandais.

Sabine CESSOU

Thomas Bruning

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