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mercredi 29 mars 2017
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Le Monde, 19 mars 2004

Parmalat lance le "privé" Kroll aux trousses des milliards disparus

Londres de notre correspondant

par Marc ROCHE


Les îles Bahamas, vu par satellite

Enrico Bondi, l’administrateur provisoire du groupe agroalimentaire italien en banqueroute Parmalat, a décidé d’employer les grands moyens pour tenter de retrouver les avoirs disparus dans un réseau opaque de sociétés domiciliées dans des paradis fiscaux.

La nouvelle équipe dirigeante a fait appel à la célèbre agence américaine Kroll.

De "Baby Doc" Duvalier à Sadam Hussein en passant par Sani Abacha ou aux raiders des offres publiques d’achat (OPA), la compétence de ses détectives privés dans la traque des fonds et la lutte contre la criminalité en col blanc est établie de longue date.

Enrico Bondi


A ce jour, sur les 14,5 milliards d’euros volatilisés dans l’une des plus grandes escroqueries commises par une entreprise européenne, seulement 50 millions ont été découverts sur des comptes bancaires appartenant au fondateur, Calisto Tanzi, et à ses acolytes.

Calisto Tanzi

Au Ten Fleet Place, un gratte-ciel à deux pas de la cathédrale Saint-Paul à Londres, Kroll occupe deux étages de bureaux qui ressemblent à ceux d’un grand cabinet d’avocats.

10 Fleet Place, à Londres

D’emblée, recevant Le Monde, Tommy Helsby, président de la zone Europe -Proche-Orient- Afri que, prévient : en vertu de l’accord signé entre Kroll, Enrico Bondi et le cabinet comptable PricewaterhouseCoopers (PWC), l’affaire Parmalat est "top secret". On devra s’en tenir à des généralités. Malgré tout, il est possible de reconstruire le plan d’action de Kroll.

Doubles de chèques

"Si vous cherchez des actifs dissimulés dans des paradis fiscaux comme les Caïmans ou les îles Vierges britanniques, vous ne les trouverez pas là-bas. Ils ne font que transiter. Mais quelqu’un, quelque part dans le monde, est au courant du cheminement de l’argent", explique M. Helsby.

Apparemment, Kroll n’a pas lésiné sur les moyens. Plusieurs dizaines de spécialistes ont été lancés sur la piste des fonds cachés.

Le bureau de Milan, qui coordonne la chasse, fait la liaison avec le client et PwC, chargé de l’audit des quelque 200 filiales du groupe.

Les tours PricewaterhouseCoopers

Par ailleurs, une kyrielle de sous-traitants locaux (agences d’investigation, avocats, chercheurs, etc.) ont été mobilisés sur les théâtres d’opération utilisés par l’ancienne direction de Parmalat : Monaco, le Luxembourg, les îles Caïmans, le Liechtenstein, Malte, la Suisse, les Etats-Unis...

Vue de Monaco

Kroll explore deux voies.

Les enquêteurs vont d’abord fouiller dans les documents remis par le client, à savoir les comptes bancaires, doubles de chèques retrouvés, copies des factures et toutes les sources d’information imaginables, en particulier le registre du commerce et le fisc. Il s’agit ainsi de refaire le schéma des transferts de fonds. Les "plombiers" s’efforceront de reconstituer les disques durs des ordinateurs pour retrouver des documents détruits.

Le siège de la Deutschebank

Dans les paradis fiscaux, qui figuraient au cœur de la nébuleuse Parmalat, les pistes sont brouillées.

N’ayant pas d’activité sur place et ne payant pas d’impôts, les compagnies domiciliées dans ces places off-shore sont souvent dormantes. Certaines sont des coquilles vides, d’autres contrôlent des trusts dont les bénéficiaires sont anonymes.

"Ces obstacles ne sont pas insurmontables. L’expérience aidant, nous savons d’instinct ce que nous cherchons", dit M. Helsby.

Vue de Nassau

Chauffeurs et secrétaires

Les détectives ne vont pas s’attaquer aux dirigeants, déjà sous les verrous, mais aux "personnes intéressantes", les échelons intermédiaires, voire subalternes : chauffeurs, standardistes et secrétaires.

Chauffeur de limousine

Banques et bureaux d’avocats sont également "invités" à coopérer.

Ces jours-ci, ces professionnels, très soucieux de leur image, ne peuvent plus invoquer comme par le passé le caractère confidentiel des activités de leurs clients.

Les 11 et 12 décembre 2003, quand Parmalat s’est écroulée, le fonds d’investissement britannique Hermes a été contraint de vendre sa participation de 2 % dans Parmalat à 60 % de sa valeur du jour.

Pour son directeur général, Anthony Watson : "Il n’y a plus d’argent. Les miettes que Kroll peut découvrir iront aux créanciers. Les actionnaires, eux, ont tout perdu."

Marc ROCHE

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