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mardi 27 juin 2017
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Tribune de Genève, 12 juillet 2006

Corruption : Le rectorat de l’université de Genève démissionne en bloc

par Jérôme FAAS


Vue de l’université de Genève

La onzième dénonciation pénale aura été celle de trop. Le scandale de l’université a eu raison de sa direction. Le 11 juillet 2006, le recteur André Hurst et les vice-recteurs Peter Suter et Nadia Magnenat-Thalmann ont présenté leur démission. Un audit portant sur les frais de déplacement et de réception enregistrés durant l’année 2005 est à l’origine de ce triple départ. Tout porte à croire que cette dernière dénonciation pénale concerne un membre du rectorat. Seule certitude, André Hurst n’est pas mis en cause. Rappelons que dès le début de l’affaire, le conseiller d’Etat Pierre-François Unger déclarait que le gouvernement maintenait sa confiance au recteur, pas au rectorat.

Suisse


Ce nouveau document met en cause un gros poisson. Commandé, le 20 avril, par Charles Beer, le patron du Département genevois de l’instruction publique (DIP), et confié au cabinet Pricewaterhouse, il souligne une faute tout sauf anodine. L’université écrit ainsi avoir « été informée d’un cas suffisamment important pour que le recteur le transmette au procureur général avant la conclusion de l’audit ». Le rapport intermédiaire d’enquête administrative générale sur l’université de Thierry Béguin, rendu, le 30 juin 2006, au gouvernement, n’a donc rien à voir avec cette démission choc. Si la personne suspectée emporte dans sa chute toute la direction de l’université, c’est que son cas diffère sensiblement des dix précédents. Le Département genevois de l’instruction publique le considère « incompatible avec le maintien de la sérénité indispensable à la poursuite de la direction de l’Université par le rectorat ». Evoquant cette démission en bloc, Charles Beer, le patron du Département genevois de l’instruction publique, explique même « qu’il s’agit d’un cas suffisamment symbolique pour engendrer un tel mouvement ».

André Hurst

Le rectorat aura donc survécu à deux rapports d’audit, pas au troisième. Fin avril 2006, deux documents datant de 2004, dont l’un resté longtemps caché, révélaient d’effarants dysfonctionnements. Parmi ceux-ci figuraient des notes de frais bidon, le financement occulte de compléments salariaux et la non-rétrocession des gains accessoires. Les fautifs désignés n’étaient manifestement pas assez haut placés pour éclabousser le rectorat. C’est désormais chose faite. Charles Beer et le gouvernement ont définitivement repris les choses en main. Le 26 juillet 2006, ils ne se contenteront pas de nommer les membres d’une commission externe chargée de revoir la Loi sur l’université. Ils choisiront aussi la direction intérimaire de l’université. Cette ou ces personnalités officieront jusqu’en juillet 2007, date de l’entrée en fonction du nouveau rectorat élu par l’université. Elles n’appartiendront pas au sérail universitaire. « Il faut quelqu’un de politiquement très compétent, ne traînant pas de casseroles, que l’université n’impressionne pas et qui n’a pas de carrière à défendre », avance-t-on à l’université.

Peter Suter

L’institution souffre d’un grave problème de gouvernance. Elle admet d’ailleurs que « la concertation et le mode de collaboration des doyens, de l’administration, du rectorat et du Département genevois de l’instruction publique sont à réviser ». Voici ce que met en évidence le rapport d’enquête administrative générale. Cette guerre larvée compliquait déjà les indispensables réformes. Que l’un des membres du rectorat soit sous le coup d’une dénonciation pénale saperait sa crédibilité et rendrait sa tâche impossible. Face au silence de l’Etat et de l’université, cette hypothèse est la plus probable. Elle expliquerait cette nécessité de faire table rase du passé.

Jérôme FAAS

Nadia Magnenat-Thalmann

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