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vendredi 26 mai 2017
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AP, 19 mars 2004

Irak : Colin Powell s’engage à "ne pas laisser gagner" la guérilla

Suivi d’un commentaire


BAGDAD (AP) - Un an après le début de la guerre en Irak, dans la nuit du 19 au 20 mars 2003, le secrétaire d’Etat américain Colin Powell a effectué, vendredi 19 mars 2003, une visite surprise en Irak, promettant de "ne pas laisser gagner" la rébellion, qui a multiplié les attaques ces derniers jours.


M. Powell a rencontré l’administrateur civil américain Paul Bremer pour évoquer la sécurité en Irak et le transfert du pouvoir aux Irakiens, prévu le 30 juin 2004.

Arrivé du Koweït, son escale à Bagdad s’inscrit dans le cadre d’une tournée au Moyen-Orient et en Asie. Pour des raisons de sécurité, sa venue en Irak n’avait pas été annoncée.

S’exprimant devant plusieurs centaines de civils et militaires américains au siège de l’Autorité provisoire de la coalition, basée dans un ancien palais de Saddam Hussein, M. Powell a assuré que les Etats-Unis ne baisseraient pas les bras devant la guérilla irakienne. "Nous les combattrons, ils ne gagneront pas. Ils ne gagneront pas parce que vous êtes là pour faire en sorte qu’ils perdent", a-t-il lancé sous les acclamations.

M. Powell a évoqué la recrudescence des attaques de la guérilla irakienne ces derniers jours, marquée notamment un attentat, mercredi 17 mars 2004, contre un hôtel de Bagdad, qui a fait sept morts. Il l’a attribuée à des éléments de l’ancien régime "qui ne veulent pas voir le peuple irakien vivre en paix".

Il a également appelé les alliés de Washington à ne pas se désengager d’Irak. "Ce n’est pas le moment de dire "arrêtons ce que nous faisons et retirons nous". C’est le moment de redoubler d’efforts."

A Washington, George W. Bush, pour qui la guerre en Irak s’inscrit dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, a lancé un appel à l’unité dans la lutte contre ce fléau. C’est "le devoir de chaque gouvernement de combattre et détruire cette menace pour notre peuple", a affirmé le président américain depuis la Maison Blanche. A ses yeux, "il n’y a pas de terrain neutre dans le combat entre la civilisation et la terreur."

La visite de M. Powell à Bagdad intervient alors que les Etats-Unis voient certains de leurs alliés remettre en cause leur soutien à Washington sur la question irakienne. Après les attentats de Madrid, suivis par la défaite du Parti populaire au pouvoir lors des élections générales, le futur chef du gouvernement espagnol José Luis Zapatero a confirmé son intention de retirer ses troupes d’Irak d’ici le 30 juin 2004.

Vendredi 19 mars 2004, c’est la Corée du Sud qui a renoncé à déployer 3600 soldats à Kirkouk, faisant état de pressions américaines pour l’inciter à prendre part à des "opérations offensives", ce qui est contraire à la mission qu’elle avait acceptée. Séoul a toutefois promis d’envoyer ultérieurement son contingent en Irak, mais uniquement dans une zone sûre.

De son côté, la Pologne a soufflé le chaud et le froid. Son président Alexandre Kwasniewski avait affirmé, jeudi 18 mars 2004, que Varsovie avait été "induite en erreur" sur la supposée menace des armes de destruction massive irakienne. Mais, lors d’un entretien téléphonique, il a assuré, vendredi 19 mars 2004, George W. Bush que les troupes polonaises resteraient en Irak "aussi longtemps que nécessaire". Allié-clé des Etats-Unis, la Pologne est à la tête d’une force multinationale de quelque 9500 hommes dans le sud et le centre de l’Irak.

Les fissures apparues dans la coalition américaine pourraient causer quelques soucis aux Etats-Unis. Le commandant des forces américaines en Irak, le général Ricardo Sanchez, a ainsi reconnu, vendredi 19 mars 2004, que l’armée US devrait "compenser sur le terrain" le retrait des troupes espagnoles.

La visite de M. Powell a été marquée par un incident. Une vingtaine de journalistes arabes ont quitté sa conférence de presse en signe de protestation après la mort de deux Irakiens travaillant pour la chaîne Al-Arabiya, qui auraient été la cible de tirs américains. Au total, cinq journalistes ont trouvé la mort en Irak en moins de 24 heures.

Sur le terrain, une attaque rebelle, mercredi 17 mars 2004, a causé la mort de deux Marines, selon l’armée américaine. Leur mort portent à 569 le nombre de militaires américains tués en Irak depuis le début de l’intervention militaire voilà exactement un an, selon les chiffres du Pentagone.

Associated Press

Commentaire

Ce qui est le plus frappant, dans l’argumentation américaine, à propos de l’Irak, c’est la pauvreté des arguments et l’aspect dogmatique de l’ensemble.

A entendre Colin Powell, les troupes d’occupation étrangères sont quasiment censées demeurer en Irak pour des considérations de prestige : pour éviter une "perte de face" au gouvernement des Etats-Unis.

Les soldats étrangers -et tout d’abord les soldats américains- devraient continuer d’attendre passivement la prochaine rafale ou la prochaine explosion d’un kamikaze, pour qu’il ne soit pas dit qu’on aurait "cédé devant la guérilla".

Le gouvernement des Etats-Unis s’efforce de créer un amalgame entre des terroristes qui s’attaquent aveuglément à la population et des résistants qui luttent légitimement -qu’on le veuille ou non- contre les troupes d’occupation dans leur pays.

Le gouvernement des Etats-Unis va même plus loin, puisqu’il prétend assimiler n’importe quel acte de violence à du terrorisme.

En fait, le gouvernement des Etats-Unis revendique implicitement le monopole de l’usage de la violence. Quand les Américains bombardent des villages afghans ou qu’ils tirent à la mitrailleuse sur des Haïtiens, ils s’estiment en droit de le faire, pour le seul motif que cela les arrange. Cette complaisance vaut également pour les alliés des Etats-Unis.

Par contre, un adversaire qui imite les méthodes du gouvernement des Etats-Unis est aussitôt traité de "terroriste", et quiconque résiste aux Américains est censé "provoquer des violences".

Si on suit bien la logique de leur discours, c’est pour "lutter contre la violence" que les Américains tirent sur la foule...

Qu’on écoute George Bush ou Colin Powell, on a le sentiment d’avoir affaire à des gens incapables d’admettre un autre point de vue que le leur. D’où cette manie de toujours vouloir recourir au "avec nous ou contre nous" et de pratiquer l’intimidation à l’encontre de quiconque refuse de courber l’échine.

La question fondamentale est de savoir si le peuple irakien souhaite, ou ne souhaite pas, la poursuite de l’occupation militaire étrangère ; et, si oui, sous quelle forme et sous quelles conditions.

Par rapport à cette question-là, les questions de prestige du gouvernement des Etats-Unis ne présentent aucun intérêt.

Si les Irakiens ne désirent pas la poursuite de l’occupation militaire étrangère, les forces étrangères n’auront aucune légitimité à demeurer sur le territoire irakien.

Bafouer la volonté du peuple irakien équivaudrait à envahir l’Irak à nouveau. Cela équivaudrait à provoquer délibérément, sinon une guerre civile entre Irakiens, du moins une insurrection généralisée contre les occupants.

Or, dans un tel cas de figure, les Etats-Unis se trouveraient entraînés dans une fuite en avant répressive, en invoquant toujours les considérations de "perte de face" pour franchir les étapes successives de cette fuite en avant.

C’est-à-dire que les pays alliés ayant des troupes en Irak se trouveront entraînés, qu’ils le veuillent ou non, dans la fuite en avant répressive déclenchée par le gouvernement des Etats-Unis. Et, chaque fois que ces alliés voudront se désengager, le gouvernement des Etats-Unis leur fera le coup de "l’ultime sursaut avant la victoire".

Pour lutter contre les authentiques terroristes, en Irak, il paraît plus efficace de renforcer la police et l’armée irakiennes, c’est-à-dire de donner aux Irakiens les moyens de mettre de l’ordre chez eux.

Dès l’instant où les troupes d’occupation se retireront d’Irak, la guérilla cessera, faute de raison d’être. Il ne restera plus que les authentiques terroristes. Mais ces terroristes ne seront plus en mesure de se donner des airs de "résistants". Ils ne bénéficieront plus de la complicité tacite de la masse de la population. Celle-ci sera avide de savourer enfin la paix. Elle apportera donc son soutien à la police et à l’armée irakiennes. L’Irak cessera très vite d’être un havre pour les terroristes.

A supposer que la police et l’armée irakiennes soient débordées, il sera toujours temps pour que le gouvernement irakien légitime fasse appel à ceux qui seront alors des alliés, et plus des occupants.

Si, à la suite du retrait des troupes d’occupation, la situation en Irak évolue favorablement, les pays étrangers économiseront ce que coûtaient ces troupes d’occupation, et il ne leur est pas interdit de consacrer une partie des sommes économisées à des projets humanitaires en Irak.

En Irak comme ailleurs, il est certain que c’est en menant une ambitieuse politique de progrès social qu’on parviendra le plus efficacement à réduire les tensions politiques, et à coordonner les capacités individuelles dans une logique d’intérêt général.

Au lieu de vouloir absolument tuer un maximum de résistants irakiens, le gouvernement des Etats-Unis ferait mieux de s’occuper des orphelins de guerre qui se retrouvent à mendier dans les rues de Bagdad.

Frank BRUNNER

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