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Libération, 19 juillet 2006

L’Algérie toujours torturée

par José GARÇON


Vue d’Alger

Un rapport d’Amnesty International très détaillé prouve que la DRS, la police politique du régime, continue de faire subir des sévices aux « terroristes » présumés.

Algérie


Il ne s’agit plus de l’Algérie de la sale guerre de la décennie 1990, au cours de laquelle des « républicains » fermaient les yeux sur les exactions du régime, au nom de l’éradication du péril islamiste. L’Algérie d’aujourd’hui est devenue une alliée des Etats-Unis, notamment dans le cadre de l’initiative transsaharienne de lutte contre le terrorisme. Pour autant, la torture a encore cours dans ce pays qui sort d’un conflit ayant fait 200000 morts ­ officiellement. Et dont un ex-Premier ministre reconnaît que 1000 personnes ont été tuées, en 1998, dans une attaque contre des civils, près de Relizane, quand à l’époque Alger affirmait que le nombre des victimes « ne [dépassait] pas 150 ».

Une affiche de la Ligue algérienne des droits de l’homme

Cette permanence de la torture est au coeur du dernier rapport d’Amnesty International : « La pratique de la torture par la Sécurité militaire en Algérie, des pouvoirs illimités ». L’organisation de défense des droits de l’homme s’y livre à une analyse rigoureuse, basée sur de multiples témoignages des agissements des services secrets qui constituent la véritable colonne vertébrale du régime. Les autorités ont compris le danger au moment où, courtisées par une communauté internationale avide des formidables revenus générés par les hydrocarbures, elles se félicitent d’avoir utilisé le 11 septembre 2001 pour transformer une guerre civile en première offensive d’envergure contre le terrorisme international. Par presse interposée, elles ont violemment dénoncé « la volonté de nuire » d’Amnesty et des « autres ONG ».

Vue de Skikda

Le 19 février 2005, Amar Saker, 33 ans, est arrêté près de Skikda. Quand il est présenté, quinze jours plus tard, à des magistrats, les traces sur son corps parlent d’elles-mêmes. Coups de pied, de matraque, chocs électriques, crachats, insultes, cet agriculteur accusé d’ « activités terroristes » est suspendu au plafond par des menottes aux poignets. Au cinquième jour, il commence à « avouer » les faits dont on l’accuse. Son répit dure trois jours. Suspendu à nouveau, on lui demande toutes les heures s’il se rappelle quelque chose et il n’est décroché que s’il dit avoir de nouvelles informations. La volonté de lire son procès-verbal d’interrogatoire avant de le signer lui ayant valu d’avoir les doigts coincés dans un tiroir, il atteste n’avoir subi aucune forme de mauvais traitements. « Ceux qui ont été arrêtés -plus d’une centaine de personnes depuis le début 2006- viennent de milieux très divers. Certains étaient soupçonnés de liens avec des groupes armés en Algérie, d’autres résidaient à l’étranger et étaient suspectés de participer à des réseaux terroristes internationaux », note Amnesty, en levant un coin du voile sur le Département du renseignement et de la sécurité (DRS), toujours connu sous son ancien nom de Sécurité militaire, la police politique du régime.

Logo de la DRS

Travaillant dans le plus grand secret avec des agents appartenant au personnel militaire, le DRS n’est, dans la pratique, supervisé par aucune institution civile. Retenus dans des lieux de détention secrets qui ne figurent jamais sur les procès-verbaux dressés par le DRS, les suspects sont torturés, lors de leur garde à vue. Ces dernières années, ces détentions ont été de plus en plus concentrées à Alger, notamment à la caserne Antar, l’un des principaux centres de commandement du DRS dans les années 1990. « Le DRS, relève Amnesty, a créé au sein de l’organisation des sous-structures qui ne conservent aucun document écrit et dont la composition et le fonctionnement étaient peu clairs, même pour des officiers supérieurs du service. Dès le début du conflit, ces structures auraient été responsables de l’exécution extrajudiciaire de sympathisants présumés du Front islamique du Salut et de missions non officielles d’infiltration et de manipulation des groupes armés dans le cadre d’une stratégie délibérée consistant à aggraver la violence contre les civils, afin de réduire le soutien de la population à ces groupes. »

Des victimes du terrorisme

La conclusion d’Amnesty est sans appel. L’Europe ou les Etats-Unis ne peuvent s’abriter derrière les « assurances diplomatiques » fournies par Alger pour y renvoyer de force des ressortissants s’ils risquent d’y être arrêtés par le DRS. Une recommandation, pour l’heure, lettre morte. En février 2006, Amnesty demandait des éclaircissements au ministre français de l’Intérieur sur le rôle présumé de Paris dans l’arrestation de M’hamed Benyamina. Résidant en France, arrêté, en septembre 2005, à Alger, juste avant de monter dans un avion pour la France, il a été détenu cinq mois par le DRS.

José GARÇON

Logo d’Amnesty International

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