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jeudi 27 juillet 2017
Vous êtes ici Accueil Archives Archives Irak (2ème partie) : Du 1er mars 2004 au 31 mars 2004

Le gouvernement des Etats-Unis, la lutte contre le terrorisme et la souveraineté de l’Irak

par Frank BRUNNER


Colin Powell et George Bush

Ce qui est le plus frappant, dans l’argumentation américaine, à propos de l’Irak, c’est la pauvreté des arguments et l’aspect dogmatique de l’ensemble.

A entendre Colin Powell, les troupes d’occupation étrangères sont quasiment censées demeurer en Irak pour des considérations de prestige : pour éviter une "perte de face" au gouvernement des Etats-Unis.


Les soldats étrangers -et tout d’abord les soldats américains- devraient continuer d’attendre passivement la prochaine rafale ou la prochaine explosion d’un kamikaze, pour qu’il ne soit pas dit qu’on aurait "cédé devant la guérilla".

Le gouvernement des Etats-Unis s’efforce de créer un amalgame entre des terroristes qui s’attaquent aveuglément à la population et des résistants qui luttent légitimement -qu’on le veuille ou non- contre les troupes d’occupation dans leur pays.

Le gouvernement des Etats-Unis va même plus loin, puisqu’il prétend assimiler n’importe quel acte de violence à du terrorisme.

A Mossoul, le 20 mars 2004, des soldats américains se précipitent vers le lieu d’un attentat

En fait, le gouvernement des Etats-Unis revendique implicitement le monopole de l’usage de la violence. Quand les Américains bombardent des villages afghans ou qu’ils tirent à la mitrailleuse sur des Haïtiens, ils s’estiment en droit de le faire, pour le seul motif que cela les arrange. Cette complaisance vaut également pour les alliés des Etats-Unis.

Par contre, un adversaire qui imite les méthodes du gouvernement des Etats-Unis est aussitôt traité de "terroriste", et quiconque résiste aux Américains est censé "provoquer des violences".

Si on suit bien la logique de leur discours, c’est pour "lutter contre la violence" que les Américains tirent sur la foule...

Qu’on écoute George Bush ou Colin Powell, on a le sentiment d’avoir affaire à des gens incapables d’admettre un autre point de vue que le leur. D’où cette manie de toujours vouloir recourir au "avec nous ou contre nous" et de pratiquer l’intimidation à l’encontre de quiconque refuse de courber l’échine.

La question fondamentale est de savoir si le peuple irakien souhaite, ou ne souhaite pas, la poursuite de l’occupation militaire étrangère ; et, si oui, sous quelle forme et sous quelles conditions.

Par rapport à cette question-là, les questions de prestige du gouvernement des Etats-Unis ne présentent aucun intérêt.

Si les Irakiens ne désirent pas la poursuite de l’occupation militaire étrangère, les forces étrangères n’auront aucune légitimité à demeurer sur le territoire irakien.

Bafouer la volonté du peuple irakien équivaudrait à envahir l’Irak à nouveau. Cela équivaudrait à provoquer délibérément, sinon une guerre civile entre Irakiens, du moins une insurrection généralisée contre les occupants.

Or, dans un tel cas de figure, les Etats-Unis se trouveraient entraînés dans une fuite en avant répressive, en invoquant toujours les considérations de "perte de face" pour franchir les étapes successives de cette fuite en avant.

C’est-à-dire que les pays alliés ayant des troupes en Irak se trouveront entraînés, qu’ils le veuillent ou non, dans la fuite en avant répressive déclenchée par le gouvernement des Etats-Unis. Et, chaque fois que ces alliés voudront se désengager, le gouvernement des Etats-Unis leur fera le coup de "l’ultime sursaut avant la victoire".

Pour lutter contre les authentiques terroristes, en Irak, il paraît plus efficace de renforcer la police et l’armée irakiennes, c’est-à-dire de donner aux Irakiens les moyens de mettre de l’ordre chez eux.

Dès l’instant où les troupes d’occupation se retireront d’Irak, la guérilla cessera, faute de raison d’être. Il ne restera plus que les authentiques terroristes. Mais ces terroristes ne seront plus en mesure de se donner des airs de "résistants". Ils ne bénéficieront plus de la complicité tacite de la masse de la population. Celle-ci sera avide de savourer enfin la paix. Elle apportera donc son soutien à la police et à l’armée irakiennes. L’Irak cessera très vite d’être un havre pour les terroristes.

A supposer que la police et l’armée irakiennes soient débordées, il sera toujours temps pour que le gouvernement irakien légitime fasse appel à ceux qui seront alors des alliés, et plus des occupants.

Si, à la suite du retrait des troupes d’occupation, la situation en Irak évolue favorablement, les pays étrangers économiseront ce que coûtaient ces troupes d’occupation, et il ne leur est pas interdit de consacrer une partie des sommes économisées à des projets humanitaires en Irak.

En Irak comme ailleurs, il est certain que c’est en menant une ambitieuse politique de progrès social qu’on parviendra le plus efficacement à réduire les tensions politiques, et à coordonner les capacités individuelles dans une logique d’intérêt général.

Au lieu de vouloir absolument tuer un maximum de résistants irakiens, le gouvernement des Etats-Unis ferait mieux de s’occuper des orphelins de guerre qui se retrouvent à mendier dans les rues de Bagdad.

Frank BRUNNER

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