Les Arabes et les musulmans, dans leur condamnation de la guerre au Liban, associent les Etats-Unis à Israël. Parce que beaucoup d’armes de l’armée israélienne sont américaines, et parce que l’administration Bush n’a pas demandé de cessez-le-feu tant qu’elle a pu croire que le Hezbollah aurait les reins brisés pour de bon. La connivence entre les deux alliés dans cette campagne d’été a-t-elle été plus grande encore ? C’est ce qu’affirme Seymour Hersh, pourfendeur aguerri du pouvoir républicain. Le reporter du New Yorker a l’oreille d’une partie de l’appareil de sécurité en rébellion contre la Maison-Blanche.
Quand le président américain, à Saint-Pétersbourg, avait dit que l’opération israélienne était un « moment de clarification », et qu’il fallait aller aux « racines de l’instabilité régionale » provoquée par le soutien de la Syrie et de l’Iran au Hezbollah, tout le monde a compris qu’il avait en tête la sécurité de l’Etat hébreu. C’était bien son souci. Mais Seymour Hersh avance d’autres hypothèses. Il affirme -contre les démentis de l’administration- que les plans de bombardements préparés par l’aviation israélienne étaient connus à Washington avant le 12 juillet 2006, date du raid islamique en Galilée et de l’enlèvement de deux soldats de l’armée israélienne. Que des plans d’actions aient préexisté, et que les alliés américains en aient eu connaissance, ce n’est pas très étonnant : les états-majors sont là pour ça aussi. Mais Seymour Hersh va plus loin. Il laisse entrevoir une coopération plus poussée, avec un objectif bien plus gros.
Le reporter avait déjà révélé, au printemps 2006, que l’Air Force américaine avait dressé des plans de bombardements des installations nucléaires iraniennes enterrées, au cas où Téhéran refuserait de céder aux pressions du Conseil de sécurité de l’ONU et continuerait d’enrichir l’uranium. Une campagne de bombardements des tunnels et des bunkers du Hezbollah, construits avec l’assistance de la République islamique, pouvait avoir, à cet égard, un triple intérêt. C’était un test de la capacité de les détruire du ciel seulement. C’était un avertissement aux Iraniens. Et en cas d’action ultérieure contre les installations nucléaires de Téhéran, c’était enfin priver les alliés islamistes libanais des moyens d’une attaque de diversion contre Israël. Si ces calculs ont été faits à Washington (au Conseil national de sécurité, dans les services du vice-président, Dick Cheney, mais avec la méfiance de Donald Rumsfeld, dit Seymour Hersh), ils sont maintenant réduits à néant. Avec même un effet négatif : l’avertissement s’est retourné contre l’expéditeur, en raison de la capacité de résistance et d’organisation du Hezbollah encadré par les Iraniens. Le seul témoin qui parle à visage découvert, dans l’enquête du New Yorker, Richard Armitage, ancien bras droit de Colin Powell, voit dans les difficultés militaires d’Israël une mise en garde à tous ceux qui rêvent d’en découdre avec Téhéran. Ce fut difficile au Liban, ce serait désastreux en Iran.
Alain CAMPIOTTI
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