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AFP, 22 mars 2004

Assassinat d’Ahmed Yassine : condamnation dans le monde, fureur au Moyen-Orient


LE CAIRE (AFP) - Condamné par les dirigeants arabes et musulmans, mais aussi par les pays européens, l’assassinat par l’armée israélienne du chef spirituel du Hamas cheikh Ahmad Yassine a déclenché la colère des Palestiniens et de la rue arabe.


Dénonçant un "crime barbare", le président de l’Autorité palestinienne Yasser Arafat a décrété trois jours de deuil dans les territoires palestiniens.

Cet assassinat va "renforcer l’unité nationale palestinienne face à ce crime et aux complots barbares d’Israël qui ont dépassé toutes les lignes rouges", écrit l’Autorité palestinienne dans un communiqué. Le Premier ministre palestinien Ahmad Qoreï a pour sa part dénoncé un "grand crime atroce".

Alors que le Premier ministre israélien Ariel Sharon a félicité les forces de sécurité israéliennes pour l’assassinat du chef spirituel du groupe radical, les dirigeants arabes ont été très rapides à condamner ce qu’ils ont qualifié de "crime".

Le président égyptien Hosni Moubarak, dont le pays avait été le premier Etat arabe voisin d’Israël à avoir signé la paix avec l’Etat hébreu le 23 mars 1979, a dénoncé "cette agression sauvage, dont les conséquences sont imprévisibles".

"Une telle opération fait avorter tous les efforts que nous étions en train de déployer pour remettre le processus de paix sur les rails", a-t-il estimé, annonçant avoir décidé d’annuler la participation de l’Egypte aux cérémonies marquant le 25e anniversaire du traité de paix de Camp David, prévues mardi.

Le roi Abdallah 2 de Jordanie, dont le père, le défunt roi Hussein, avait obtenu d’Israël la libération de cheikh Yassine de sa prison israélienne en 1997, a lui aussi condamné l’assassinat du dirigeant islamiste.

"Ce crime ne conduira qu’à plus d’escalade, de violences et d’instabilité" dans la région, a affirmé le souverain hachémite. Son Premier ministre Fayçal al-Fayez a condamné lui aussi un "crime odieux". La Jordanie a signé un traité de paix avec Israël en 1994.

L’assassinat de cheikh Yassine constitue l’expression du "terrorisme d’Etat dans sa forme la plus hideuse", a pour sa part dénoncé le secrétaire général de la Ligue arabe Amr Moussa, depuis Tunis où doit se tenir dans une semaine le sommet annuel de l’organisation panarabe.

Pour le président syrien Bachar al-Assad, "Cet acte constitue une escalade dangereuse de la situation (au Proche-Orient). En assassinant cheikh Yassine, Israël a commis un crime vil qui intervient dans le cadre d’une série d’assassinats et de destructions à l’encontre du peuple palestinien".

"Israël a commis un crime mais ne réussira pas à liquider la cause palestinienne, car la résistance va s’amplifier", a déclaré de son côté le président libanais Emile Lahoud.

"Nous condamnons ce meurtre qui ne servira qu’à renforcer les justifications émises pour des actes terroristes dans le monde et ne concourt pas à la paix", a déclaré Mouaffak al-Roubaï, un membre chiite indépendant du Conseil de gouvernement irakien nommé par la coalition dirigée par les Etats-Unis.

Dans l’Iran voisin, ennemi juré d’Israël, le guide suprême Ali Khamenei, en réaction au "martyre" du dirigeant islamiste, a assuré que l’Etat hébreu était "voué à la destruction".

Pour sa part, le président réformateur Mohammad Khatami a estimé que "ce crime reflète la bestialité et l’angoisse du régime sioniste face à la glorieuse résistance de la volonté palestinienne".

L’assassinat de cheikh Yassine a également été dénoncé avec force par le Koweït, le Yémen, Bahreïn et le Qatar.

Abdelrahman Al-Attiyah, secrétaire général du Conseil de coopération du Golfe (CCG, qui regroupe Arabie saoudite, Emirats arabes unis, Koweït, Qatar, Bahreïn et Oman) a condamné pour sa part cet assassinat, y voyant la marque d’un "terrorisme d’Etat".

L’Union européenne a officiellement condamné l’assassinat. Auparavant, de nombreux dirigeants européens ont dénoncé la liquidation de cheikh Yassine et se sont inquiétés de ses conséquences. Parmi les condamnations, celles de Javier Solana, haut représentant de l’Union européenne pour la politique étrangère, et du ministre des Affaires étrangères français Dominique de Villepin.

Pour sa part, le secrétaire au Foreign Office Jack Straw n’a pas mâché ses mots en qualifiant le raid d’"inacceptable", tandis que son homologue allemand Joschka Fischer a souligné que "le gouvernement allemand (était) très inquiet de l’évolution de la situation".

Les autorités religieuses musulmanes au Moyen-Orient, sunnites comme chiites, se sont élevées contre cet assassinat. La plus haute autorité de l’islam sunnite, l’imam d’Al-Azhar, considéré comme un modéré, a appelé au "châtiment (des) meurtriers". "Il s’agit d’un crime abject qui va secouer le monde entier", a déclaré cheikh Mohamed Sayyed Tantaoui.

De semblables condamnations sont venues de l’influents dignitaire chiite libanais Hussein Fadlallah et du chef chiite radical irakien Moqtada Sadr, mais aussi des Frères musulmans égyptiens et des islamistes jordaniens.

Le Vatican a estimé que l’assassinat du fondateur du Hamas était "un acte de violence qui ne saurait être justifié dans aucun Etat de droit".

Enfin, dans les territoires palestiniens bien sûr, mais aussi en Egypte et en Irak, l’annonce de la mort du dirigeant du Hamas a provoqué la colère et d’importantes manifestations appelant à la vengeance.

Ces manifestations ont rassemblé des dizaines de milliers de personnes en Cisjordanie et dans les camps de réfugiés du Liban, et des milliers d’autres dans les universités égyptiennes. A Mossoul (nord de l’Irak), des centaines de jeunes ont protesté contre Israël.

Agence France Presse

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