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AFP, 12 septembre 2006

Côte d’Ivoire : 9000 victimes des déchets toxiques

par Emmanuel DUPARCQ et David YOUANT


Vue d’Abidjan

ABIDJAN (AFP) - Le nombre de victimes d’intoxications engendrées par les déchets toxiques déversés à Abidjan continuait d’augmenter, lundi 11 septembre 2006, atteignant 9000, dont six morts, alors que les autorités annonçaient sept arrestations et leur volonté de porter plainte au niveau international.


"Nous avons recensé au total, à ce jour, 8887 personnes venues consulter les centres de santé pour des symptômes liés" aux émanations des déchets toxiques, a déclaré, lundi 11 septembre, le directeur général adjoint de la branche santé publique du ministère de la Santé, Jean Denoman, à la télévision publique. "Ces chiffres vont aller en augmentant, car nous recevons entre 1000 et 1500 personnes par jour", a-t-il ajouté. Le ministère de la Santé a annoncé, lundi 11 septembre 2006, la mort d’une sixième personne intoxiquée par les émanations des déchets. Les autorités ont évacué plusieurs dizaines de détenus, en majorité des femmes et des adolescents, de la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (Maca), qui borde un site pollué. Selon plusieurs quotidiens ivoiriens, au moins 120 prisonniers auraient été évacués de cette prison où un jeune détenu intoxiqué est mort ces derniers jours.

Manifestation contre les déchets toxiques, à Abidjan, le 4 septembre 2006

Le procureur de la République du tribunal de première instance du Plateau d’Abidjan, Raymond Tchimou, a annoncé sept arrestations, les premières dans cette affaire, dont trois dirigeants de trois sociétés travaillant au Port d’Abidjan, Puma Energie, Waibs et Tommy (qui a déversé les déchets). M. Tchimou a précisé que les responsables de cette pollution encouraient quinze à vingt ans de prison.

Manifestation contre les déchets toxiques, à Abidjan, le 6 septembre 2006

L’enquête administrative, qui sera notamment axée sur les responsabilités du Port d’Abidjan, n’a en revanche pas encore débuté, a indiqué le ministre du Plan, Paul Bouhoun Bouabré, l’un des responsables du comité interministériel de crise créé suite à cette affaire. M. Bouabré a affirmé que la Côte d’Ivoire "utilisera tous les textes internationaux à disposition" pour obtenir justice et réparation. "Nous n’avons pas l’intention d’être la poubelle du monde", a-t-il souligné. Il faisait notamment référence à la convention de Bâle, signée en 1989. Ce texte pose le principe que chaque pays est responsable de la gestion de ses propres déchets et conditionne leur exportation à l’accord préalable de l’Etat destinataire. "Tous ceux qui sont responsables à divers niveaux vont subir les conséquences de leurs actes au niveau national comme international", a-t-il assuré. Le ministre a par ailleurs estimé qu’une évacuation des habitants des quartiers pollués "ne sera peut-être pas nécessaire (...) si les périmètres de sécurité mis en place au tour des sites pollués ne sont pas habités". Selon le ministère du Plan, 581 tonnes de produits toxiques ont été déchargés du Probo Koala, le navire battant pavillon panaméen qui les a amenés à Abidjan. La compagnie locale qui les a déchargés, Tommy, les a ensuite déversés, dans la nuit du 19 août au 20 août 2006, dans une dizaine de décharges publiques d’Abidjan.

Vue d’Abidjan

L’ambassade de France à Abidjan a confirmé, lundi 11 septembre 2006, que les produits toxiques étaient des "sous-produits liquides de l’activité pétrolière contenant des hydrocarbures, des mercaptans et divers produits soufrés", en conseillant de "respecter une zone de sécurité de 150 mètres autour de chaque site". La présidence ivoirienne a évoqué une éventuelle construction d’un bunker destiné à recevoir les déchets et à "isoler le produit toxique". M. Bouabré a en revanche estimé, "après consultation des experts", que "les produits toxiques pourraient "être stockés dans des containers, puis renvoyés à l’envoyeur". Propriété de la compagnie grecque Prime Marine Management INC, le Probo Koala est affrété par la multinationale Trafigura, basée aux Pays-Bas.

Emmanuel DUPARCQ et David YOUANT

Vue d’Abidjan

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