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Le Monde, 23 mars 2004

Proche Orient : Des assassinats ont été ordonnés depuis plus de trente ans par des dirigeants israéliens

par Stéphanie Le BARS


L’assassinat, par l’armée israélienne du cheikh Ahmed Yassine, lundi 22 mars 2004, dans la bande de Gaza, s’inscrit dans une tradition perpétuée par les différents gouvernements israéliens depuis plus de trente ans.


L’élimination physique de responsables d’organisations palestiniennes, qu’il s’agisse de ceux de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) dans les années 1970 et 1980 ou de dirigeants de groupes palestiniens, tels que le Mouvement de la résistance islamique (Hamas) ou le Djihad islamique dans les années 1990 et 2000, fait en effet partie de l’arsenal de mesures qu’utilise Israël pour se défaire de ses adversaires.

Dès 1973, et alors que l’OLP est installée au Liban depuis deux ans, un commando israélien assassine trois de ses principaux responsables à Beyrouth.

En 1979 et en 1981, deux autres personnalités de l’organisation sont également tuées.

La traque des dirigeants de l’OLP culminera avec l’élimination, en avril 1988 à Tunis, d’Abou Jihad, chef de la branche militaire du Fatah et numéro deux de l’organisation.

C’est Itzhak Rabin, futur Prix Nobel de la paix, alors ministre de la défense du gouvernement d’Itzhak Shamir, qui ordonnera cette opération.

Durant le processus d’Oslo, le recours aux assassinats ciblés va être mis en sourdine. L’OLP, devenue un partenaire dans les négociations de paix, ne sera plus directement visée.

A partir du milieu des années 1990, soumis à des attentats meurtriers revendiqués par les groupes palestiniens plus radicaux, Israël renoue avec cette pratique.

La première victime en est le chef du Djihad islamique, Fathi Chakaki, assassiné à Malte en 1995.

En janvier 1996, le Hamas est à son tour dans la ligne de mire.

Alors que le travailliste Shimon Pérès occupe le poste de premier ministre en Israël, Yahya Ayache, surnommé "l’ingénieur" et soupçonné d’être l’organisateur pour le Hamas d’une vague d’attentats anti-israéliens, est tué par l’explosion de son téléphone portable piégé par les Israéliens.

Israël ne sortira pas indemne de cette opération. La réplique ne se fait pas attendre : quatre attentats-suicides perpétrés en février et mars 1996 provoquent la mort de 59 Israéliens.

La gauche israélienne perd les élections législatives organisées en mai.

Une bombe d’une tonne

Après le déclenchement de la deuxième Intifada en 2000, les assassinats extrajudiciaires vont se multiplier. En Cisjordanie, comme dans la bande de Gaza, Israël s’en prend aux responsables des branches militaires et politiques des mouvements palestiniens.

En août 2001, le Front populaire de libération de la Palestine est décapité. Son secrétaire général, Abou Ali Moustapha, est tué un an après sa prise de fonctions, en remplacement de Georges Habache.

Mais ce sont les Brigades des martyrs Ezzedine Al-Qassam, l’aile militaire du Hamas, qui payent le plus lourd tribut.

A partir de 2001, leurs chefs locaux, en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, sont éliminés les uns après les autres. L’une de ces opérations a soulevé l’indignation d’une grande partie de la communauté internationale.

En juillet 2002, le fondateur des Brigades, Salah Shéhadé, est tué dans la destruction de son immeuble à Gaza par une bombe d’une tonne larguée par un avion israélien. Dix-sept autres personnes sont tuées. En Israël même, cette méthode expéditive est contestée.

En 2003, les frappes s’intensifient.

En juin 2003, l’armée réitère l’opération pour se débarrasser d’un autre responsable de la branche militaire du Hamas à Gaza, Mohammed Deif. Blessé, il parvient à s’échapper. Avec Abdel Aziz Al-Rantissi et Mahmoud Zahar, deux des cofondateurs du Hamas, également rescapés d’une tentative d’assassinat en 2003, Deif est l’un des responsables palestiniens toujours dans le collimateur d’Israël.

En août de la même année, c’est Ismaïl Abou Chanab, qui était un dirigeant politique du mouvement, qui est tué par un missile, alors qu’il circulait en voiture dans la bande de Gaza.

L’assassinat du cheikh Yassine, figure emblématique du mouvement, constitue donc un pas supplémentaire dans la tentative d’Israël d’affaiblir le Hamas. Israël, par la voix de son ministre de la défense, Shaul Mofaz, a promis d’autres opérations de ce type.

Quant au chef de l’Autorité palestinienne, Yasser Arafat, dont l’élimination est évoquée par la classe politique israélienne à l’occasion de chaque flambée de violences, il ne serait "pas dans la ligne de mire" d’Israël, selon le ministre des affaires étrangères, Sylvan Shalom.

Dans son ensemble, la société israélienne soutient des assassinats ciblés, présentés comme un moyen d’accroître sa sécurité, bien que le Hamas n’ait jamais manqué de venger ses chefs tués.

Stéphanie Le BARS

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