KINSHASA (Reuters) - L’armée congolaise se livre en Ituri à l’enlèvement de civils qu’elle oblige à travailler pour elle, dénonce l’organisation Human Rights Watch dans un rapport, deux semaines avant le second tour d’élections historiques pour la République démocratique du Congo (RDC). Les civils enlevés dans cette province du nord-est du pays ont été contraints de travailler dans des champs, de creuser des mines d’or, de jouer les porteurs pour l’armée sous la menace des armes et certains ont même été tués, affirme l’organisation basée à New York.
L’Ituri a été une des provinces les plus durement touchées par la guerre régionale congolaise qui a mis aux prises jusqu’à six pays africains sur le territoire de la République démocratique du Congo, entre 1998 et 2003, et fait quatre millions de morts. Le second tour de l’élection présidentielle, le 29 octobre 2006, doit permettre de boucler le processus de paix. Mais les violences n’ont jamais véritablement cessé dans de nombreuses zones de l’Est du pays, où des détachements de l’armée congolaise soutenus par les casques bleus de la Monuc s’affrontent régulièrement aux différentes milices. Mais trois ans après la fin officielle de la guerre, l’armée nationale congolaise, censée intégrer les milices signataires des accords de paix, demeure un groupe hétérogène de combattants pas toujours rémunérés et pas toujours contrôlés.
"Les soldats de l’armée congolaise ont été envoyés en Ituri pour protéger les civils contre les exactions commises par les milices, mais leur action est désastreuse", a déclaré dans un communiqué Alison Des Forges, porte-parole de Human Rights Watch. "Les civils détenus sans chef d’accusation pour servir de main d’oeuvre gratuite aux soldats doivent être relâchés immédiatement". Human Rights Watch demande au gouvernement d’ouvrir une enquête et de punir les militaires responsables de ces exactions. "L’armée congolaise est connue maintenant comme étant la principale coupable d’atteintes aux droits de l’homme du pays", a déclaré Alison Des Forges. "Les autorités doivent agir contre tous les criminels de guerre, y compris ceux qui se trouvent dans leurs propres rangs. Les candidats devraient faire de cela un argument clé de leur programme électoral". Human Rights Watch cite notamment le cas d’une centaine d’hommes et de garçons contraints par les soldats, à la fin de l’année 2005, de creuser dans une mine d’or, près du village de Bavi. "Les soldats ont menacé de tuer les gens s’ils refusaient de se soumettre. Ils ont arrêté un des chefs locaux, l’ont battu et mis dans un trou servant de prison souterraine", affirme Human Rights Watch dans son communiqué. "La victime a déclaré à un enquêteur de Human Rights Watch : "J’avais essayé de les arrêter, pour défendre les gens. Ils m’ont attaché et m’ont frappé. Nous étions impuissants contre eux".
Reuters
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