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dimanche 23 avril 2017
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La logique interne de la politique d’Israël

par Frank BRUNNER


Le fonds du problème israélo-palestinien est très facile à comprendre et plein d’enseignements à propos de la nature humaine.

Depuis l’invasion de la Palestine par les Romains, dans l’antiquité, les juifs n’ont plus jamais eu d’Etat à eux et ont vécu au sein de la population d’autres Etats.

Par contre, le peuple palestinien a toujours vécu, sinon dans un Etat indépendant, du moins sur son propre sol. Dans un premier temps, la Palestine a fait partie des empires arabes. Par la suite, elle a fait partie de l’empire ottoman, jusqu’à ce que celui-ci soit démembré, à l’issue de la première guerre mondiale.


Le mouvement sioniste était un mouvement colonialiste, dans l’esprit de son époque. Les pays européens cultivaient alors un énorme complexe de supériorité par rapport aux pays d’Asie et d’Afrique, dont ils ignoraient et méprisaient les cultures, au point de nier que les peuples concernés soient civilisés. Il en allait de même, en Amérique, entre les Blancs et les Indiens.

"Indiens en maraude", par Charles Russell

Ainsi, les pays européens ont-ils invoqué "la mission civilisatrice de l’homme blanc" pour envahir et coloniser un grand nombre de nations, en Afrique et en Asie. Cette colonisation s’est souvent heurtée à de fortes et légitimes résistances locales. Ces résistances ont été brisées par la terreur, et grâce au recours à un armement plus moderne que celui dont disposaient les autochtones.

Abdel Kader s’est opposé à la colonisation de l’Algérie par la France

On relèvera, au passage, que durant toute la période de "la conquête de l’Ouest", au cours de laquelle les Américains n’ont pas cessé d’envahir et d’annexer les territoires indiens, ces mêmes Américains se sont continuellement posés en victimes et on dépeint les Indiens comme ils dépeignent nos modernes terroristes.

"Les émigrants", par Frédéric Remington

Ce qu’il faut bien voir, dans la démarche colonialiste, c’est le mépris de l’autre qu’elle implique. Ce mépris apparaît déjà lorsque les dirigeants européens, réunis à l’occasion d’une conférence, se partagent entre eux un continent, sans manifester le moindre intérêt à l’égard des peuples concernés, quasiment assimilés à des animaux.

Scène du colonialisme britannique

Ce mépris apparaît plus encore dans le dédain de la culture de l’autre -considérée comme un ensemble de coutumes rétrogrades- et dans le dédain de la religion de l’autre -simple superstition à combattre en lui substituant le christianisme, considéré comme la seule religion "respectable".

Ce sont toutes ces formes de mépris de l’autre qu’on retrouve dans la démarche sioniste. Les sionistes ne se sont jamais demandés si les Palestiniens étaient désireux d’accuellir des centaines de milliers ou des millions d’immigrants venus d’Europe ou d’ailleurs. Tout au plus les sionistes se sont-ils efforcés d’obtenir l’accord du sultan de Constantinople, en faisant valoir que le projet sioniste permettrait à la population palestinienne de "bénéficier de l’intelligence juive" -comme si les non-juifs étaient des crétins...

Theodore Herzl

A l’issue de la seconde guerre mondiale, les organisations sionistes ont profité de la découverte des camps d’extermination nazis, et de l’esprit colonialiste qui régnait toujours en Europe, pour relancer leurs prétentions à la création d’un Etat juif en Palestine. Afin de se gagner des soutiens, auprès de leurs interlocuteurs, les dirigeants sionistes ont toujours veillé à évoquer, non pas la création d’un Etat -leur objectif réel- mais celle d’un "foyer national" ; notion floue que chacun pouvait interpréter à sa guise.

Navire d’émigrants juifs à destination de la Palestine

Afin d’imposer la création de cet Etat d’Israël à une population qui n’en voulait pas, le mouvement sioniste a développé, en Palestine, des organisations terroristes visant, à la fois, les Palestiniens, et les Britanniques qui exerçaient alors un mandat sur la Palestine.

Dès le départ, en raison des méthodes utilisées par les sionistes, il ne faisait aucun doute que la création d’un Etat juif ne serait pas tolérée par les nations arabes locales.

Bédouins en Palestine

Ainsi, les fondateurs de l’Etat d’Israël ont-ils prévu, dès le départ, une politique de terreur et de conquêtes territoriales. Toute l’histoire d’Israël s’inscrit dans cette logique. Le terrorisme visait à réduire les Arabes à la soumission. Quand ils se révoltaient, leur révolte devenait le prétexte censé justifier des conquêtes territoriales successives.

Tank israélien Merkava 3

Israël n’a jamais vraiment cherché à vivre en paix avec les Palestiniens. Les Israéliens ont toujours cultivé leur "complexe du peuple élu" et le mépris des Arabes. L’Etat d’Israël s’est toujours efforcé d’intimider les Palestiniens et n’a jamais entretenu, avec eux, que des rapports d’oppresseur à opprimé.

Dans le même temps, l’Etat d’Israël se posait continuellement en victime et accusait d’antisémitisme quiconque critiquait sa politique. Ce terrorisme intellectuel, qu’on s’efforçait d’imposer dans le monde, n’était que le pâle reflet du terrorisme armé subi par les Palestiniens.

Un courageux soldat israélien en Palestine

Pendant très longtemps, les gouvernements israéliens successifs, jouant sans vergogne du fonds de commerce de la Shoa, ont réussi à s’assurer le soutien de l’opinion publique, en Europe et aux Etats-Unis. Mais les générations nouvelles, en Europe comme dans le reste du monde, qui n’ont pas connu la seconde guerre mondiale, n’éprouvent aucun sentiment de culpabilité par rapport aux agissements des nazis. Ces générations ne subissent pas non plus l’esprit colonialiste des générations précédentes. Elles ont eu l’occasion de voyager et de découvrir la civilisation des soi-disant "primitifs".

Il en résulte une vision beaucoup plus lucide et beaucoup moins complaisante à l’égard d’Israël, dont les agissements n’ont pas grand chose à envier à ceux des nazis. A vrai dire, il ne manque guère que les chambres à gaz pour que le tableau soit complet.

Des soldats israéliens tirent sur des villageois palestiniens qui s’opposent à la construction du mur, à Beit Likiya, le 15 mars 2004

Le gouvernement israélien est tellement prisonnier de sa logique colonialiste qu’il trouve tout naturel de s’adonner au terrorisme et aux assassinats au préjudice des Palestiniens. Le gouvernement israélien s’étonne qu’on lui reproche subitement des méthodes qui ont toujours été les siennes. Il revendique le droit d’assassiner quiconque le gêne, pour peu que la décision ait été prise en petit comité, entre trois ou quatre racistes fascisants.

Shaul Mofaz et Ariel Sharon

Si on admet la position du gouvernement israélien, il faut en faire une règle générale. Cela signifie que n’importe qui peut se déclarer menacé par n’importe qui. N’importe qui peut décréter qu’Untel est son "ennemi stratégique", puis passer à l’assassinat en se donnant des airs de victime par-dessus le marché.

Tout contestataire, tout "activiste" -c’est-à-dire n’importe quel distributeur de tracts, n’importe quel opposant politique- peut être accusé de "provoquer la violence", traité de "terroriste", et assassiné sous prétexte de "lutte contre le terrorisme".

A Bagdad, le 19 mars 2004, des journalistes arabes quittent une conférence de presse de Colin Powell, afin de protester contre le meurtre d’une demi-douzaine de collègues, tués par l’armée américaine en une journée

Si on admet que les gouvernements ont le droit d’assassiner quiconque s’oppose à leur politique, pourquoi les rivaux politiques, entre partis concurrents, ne s’assassineraient-ils pas entre eux ? Pourquoi le commun des citoyens ne s’estimerait-il pas en droit d’assassiner quiconque lui refuse une augmentation de salaire ?

Toutes les tentatives visant à conclure un accord de paix, au Proche Orient, entre Israéliens et Palestiniens, ont systématiquement été sabotées, au point de décourager les meilleures volontés.

Le mur israélien

Au point où en sont les choses, deux logiques antagonistes s’affrontent. Les Palestiniens les plus extrémistes considèrent que la création d’Israël résulte d’une spoliation et que la lutte contre Israël doit se poursuivre jusqu’à ce que cet Etat ait cessé d’exister. Ce raisonnement obéit à sa propre logique, mais il ne tient pas compte de la réalité.

L’existence d’Israël est une réalité. La population israélienne compte toujours moins d’immigrants et toujours davantage de gens nés sur place. Désormais, vouloir chasser les Israéliens du Proche Orient, ce serait comme vouloir chasser les Blancs d’Afrique du Sud. Cela impliquerait une guerre à outrance à l’issue de laquelle il n’y aurait sans doute que des vaincus.

L’attentat d’Ashod, le 14 mars 2004

A moins de vouloir se livrer réciproquement à des attentats et des assassinats jusqu’à la fin des temps, il faudra bien qu’Israéliens et Palestiniens fassent la paix un jour où l’autre. Pour que cette paix soit possible, il faudrait, tout d’abord, que les modérés de chaque camp ne soient pas continuellement marginalisés en raison des agissements perpétrés par les extrémistes de chaque camp.

Ahmed Qorei

Du côté israélien, la paix nécessite non seulement des concessions territoriales, afin que la Palestine indépendante soit un Etat viable, mais surtout un changement de mentalité, afin que le Palestinien cesse d’être considéré comme un sous-homme à l’égard de qui on se permet n’importe quoi.

L’armée israélienne agresse des Palestiniens qui manifestent contre la construction du mur, à Beit Doukou, le 7 mars 2004

Or, du côté israélien, si on perçoit bien un désir de pouvoir vivre sans craindre des attentats, on ne perçoit absolument pas la volonté de tendre la main au peuple palestinien. C’est-à-dire que les Israéliens veulent une paix coloniale, avec un Etat palestinien vassalisé, réduit à la forme d’un bantoustan, et un peuple palestinien réduit à la condition de "réservoir de main d’oeuvre bon marché".

Les considérations juridiques ne valent rien quand elles ne reposent pas sur des principes moraux. En d’autres termes, une loi injuste est une loi méprisable. Et qu’y a-t-il de plus injuste que la loi du plus fort ?

Frank BRUNNER

Palestinien devant les décombres de sa maison détruite par l’armée israélienne

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