retour article original

mercredi 29 mars 2017
Vous êtes ici Accueil Corruption Corruption en Afghanistan
AP, 10 novembre 2006

Corruption en Afghanistan


Un véhicule militaire américain près de Bagram, le 6 novembre 2006

KABOUL (AP) - Cinq ans après la chute des talibans, les cerfs-volants flottent à nouveau sur Kaboul. Mais dans une capitale afghane dont le visage change à toute allure, ce sont surtout les plus riches qui en profitent, à l’heure où la corruption règne en maître et où les inégalités se creusent.

Afghanistan


Depuis le changement de régime, environ 250 habitants ont été expulsés du quartier de Shirpur et leurs maisons détruites pour faire place au "Nouvel Afghanistan" : des demeures de trois ou quatre étages aux colonnes de marbre dorées, imposantes portes de bois et vastes baies vitrées. Leurs propriétaires, les successeurs des talibans, ont utilisé leur pouvoirs tout juste conquis pour se faire bâtir, en 2003, ces modestes chaumières sur les terrains libérés par quelques dizaines d’expropriations. Miloon Kothari, le représentant de l’ONU pour le logement, a protesté ; le président afghan, Hamid Karzai, a promis une enquête. Mais il n’en est rien sorti. C’est le chef de la police de Kaboul, Abdul Bassir Salangi, qui a ordonné les premières démolitions, en 2003. Il possède deux propriétés à Shirpur, mais il a depuis été muté dans la province de Nangarhar. "C’est le nouvel Afghanistan", affirme Gul Haider, un commandant de l’Alliance du Nord qui combattait les talibans, et qui possède aujourd’hui une demeure à Shirpur. "Nous prions pour que les pauvres aient des maisons comme nous."

Un commerce de vêtements pour enfants, à Kaboul, le 6 novembre 2006

Aziz Mohammed utilise de la boue pour, avant l’hiver, renforcer l’isolation de la maison qu’il habite depuis vingt-cinq ans. Il dit avoir été informé que bientôt sa maison et celles de ses voisins seraient rasées pour faire place à d’autres manoirs. Les propriétaires "sont des commandants, des ministres. Ca me met en colère", confie-t-il. "Ces gens détruisent les maisons des pauvres pour construire leurs demeures", dénonce Aziz Mohammed. Najibullah Siddique, qui dirige l’organisation caritative Afghans for Tomorrow, se demande où passent les milliards de dollars d’aide internationale. "Pourquoi est-ce que le gouvernement n’aide pas les pauvres ? Pourquoi est-ce que les gens du gouvernement et les commandants construisent de grands manoirs pendant que les pauvres continuent de vivre dans des conditions difficiles ?"

Un vendeur de fruits, à Kaboul, le 7 novembre 2006

Après la chute des talibans, des Afghans sont revenus d’exil pour se lancer dans les affaires en ouvrant des salons de coiffure, de beauté, des magasins de musique. Mais la corruption ne facilite pas les choses. Elle est tellement courante que les contribuables doivent parfois verser un pot de vin de 2500 afghanis (40 euros) à l’agent du fisc simplement pour qu’il enregistre bien qu’ils ont payé leurs impôts. Il n’est pas rare non plus de voir un policier chargé de la circulation s’approcher d’une voiture, paume vers le ciel pour récolter de l’argent.

Scène de rue à Kaboul, le 7 novembre 2006

Aussi criantes que la corruption, les inégalités. A Kaboul, il y a de l’électricité à peine trois heures par jour. En revanche, le courant ne manque pas pour faire fonctionner l’escalator de l’hôtel Landmark Suites. Outre le premier escalier électrique du pays, l’hôtel abrite aussi un centre commercial. Une chambre y coûte jusqu’à 500 dollars (400 euros) la nuit.

Un couple d’Afghans attend un bus, à Kaboul, le 7 novembre 2006

En 2001, après la chute des talibans, les images d’Afghanes se débarrassant de leur burqa ont été montrées à travers le monde. Cependant, ces scènes sont trompeuses. Et un récent rapport montre que la condition féminine n’a pas connu d’amélioration aussi spectaculaire. D’abord, seules quelques femmes de l’élite, à Kaboul, ont cessé de porter cette robe qui recouvre même le visage, note Womankind Worldwide, une organisation féministe basée à Londres. En outre, jusqu’à 80 % des mariages sont des mariages forcés ; 57 % des filles se marient avant l’âge de 16 ans, certaines n’ont que six ans ; "et le nombre de femmes qui s’immolent par le feu parce qu’elles ne supportent pas leur vie augmente de façon spectaculaire". Privées d’éducation sous le régime taliban, les filles ont pu reprendre le chemin de l’école. Mais "la corruption au sein du gouvernement retarde la construction des écoles", dénonce Najibullah Siddique.

Associated Press

Un blindé canadien dans la province de Kandahar, le 9 novembre 2006

Si vous souhaitez soutenir l’activité du site web interet-general.info, vos dons sont les bienvenus sur le compte de la Banque cantonale de Genève No Z 3267.34.01 Clearing bancaire (CB) : 788 IBAN CH48 0078 8001 Z326 7340 1

Compte de chèque postal : 12-1-2

Veuillez libeller les chèques au nom de : interet-general.info

Accueil

éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source