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AFP, 25 mars 2004

Côte d’Ivoire : plusieurs personnes tuées par balles à Abidjan

Suivi de : "Ecourter le mandat de Gbagbo", par Mathieu BOUABRE


ABIDJAN (AFP) - Plusieurs personnes ont été tuées par balles, jeudi 25 mars 2004, dans différents quartiers d’Abidjan, alors que la ville est totalement bouclée par les forces de l’ordre en raison d’une manifestation interdite de l’opposition, selon des témoins.

De sources militaires, deux personnes ont été tuées par balle à Koumassi (sud de la ville) et une autre à Anyama (est).


Un photographe de presse a également indiqué qu’une personne avait été tuée par balle à Yopougon (ouest). Des habitants de ce quartier ont affirmé que trois autres personnes avaient été tuées mais cette information n’a pu être confirmée de source officielle.

Selon un organisateur de la manifestation interdite, six personnes auraient été tuées à Abobo (ouest) où des affrontements sont signalés.

D’importantes forces de l’ordre étaient déployées jeudi 25 mars 2004 au matin, à Abidjan, notamment autour du quartier administratif et politique du Plateau, transformant la cité en ville morte, alors que l’opposition a maintenu une manifestation interdite par le pouvoir du président Laurent Gbagbo.

Le président ivoirien a réquisitionné l’armée pour maintenir l’ordre jusqu’au 15 avril 2004, et, de leur propre initiative, les commandants de la garde présidentielle et de la garde nationale, ont décrété une "zone rouge" autour du palais présidentiel, à l’intérieur de laquelle tout manifestant "sera considéré comme combattant ennemi et traité comme tel sans sommation".

Le Parti Démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI, d’Henri Konan Bédié) et le Rassemblement des Républicains (RDR, d’Alassane Ouattara) ont décidé, mercredi 24 mars 2004 au soir, de maintenir la marche pacifique prévue jeudi 25 mars, alors qu’un décret présidentiel interdit toute manifestation de rue jusqu’au 30 avril.

"Nous maintenons la marche", a déclaré, mercredi 24 mars 2004, à la presse, Cissé Bacongo, le porte-parole du collectif des partis organisateurs, et membre du RDR.

L’opposition accuse M. Gbagbo de bloquer les accords de Marcoussis (janvier 2003) censés mettre fin à la crise politico-militaire déclenchée par une insurrection armée en septembre 2002.

Malgré l’interdiction par décret présidentiel, le PDCI, le RDR ainsi que des formations politiques plus petites ont choisi de marcher vers la place de la République, à deux pas de la présidence et surtout haut-lieu des manifestations "pro-Gbagbo" dans les premiers mois de la crise.

Agence France Presse

"Ecourter le mandat de Gbagbo"

Si tout se passe comme prévu, le mandat arraché de haute lutte à la junte militaire par le peuple de Côte d’Ivoire et remis à Laurent Gbagbo pour une durée de cinq ans, sera écourté ce Jeudi 25 Mars 2004.

En effet, devant son entêtement à ne plus désormais céder au chantage quant à la nomination de ses administrés, le Président de la République de Côte d’Ivoire sera remercié par la rue, exactement 21 mois avant le terme de son mandat que lui avaient remis les ivoiriens qui avaient offert leurs poitrines aux tueurs de Guehi Robert -on se souvient- en octobre 2000.

Ainsi en ont decidé Guikahué (il n’a encore rien dit de ce qu’il a fait des 18 milliards de l’UE ) et son parti qui, pour l’événement, ont fait appel aux sofas -tireurs d’élite de Dramane Ouattara-, à toute la panoplie des initiés du Poro, et à tous ceux que la sous région renferme comme génies du maraboutisme.

Le 25 mars 2004 donc,les enfants des gens vont encore mourir tout simplement parce que le Pdci n’a pas eu le port d’Abidjan.

Pendant ce temps Bedié, Guikahue, Ouattara, leurs épouses, leurs enfants et tous ceux qui tiennent cette ficelle seront quelque part au frais pour suivre le "Western" sur écran géant, tous heureux qu’ils seront de se voir offrir la république, toute la république cette fois-ci, sans élections.

Au delà de ce rêve outrancièrement carressé, la coalition de ces forces maléfiques oublie que, si son objectif était atteint, le 25 Mars 2004, sera le début d’un cycle infernal, d’une autre ère, celle où le pays doit s’attendre à voler en éclats chaque fois qu’une nomination ne plaira pas à ceux qui ne gouvernent pas. Le renard passe passe, chacun a son tour. Peut être même qu’il n’y aura plus de mandat présidentiel en Côte d’ivoire ; qui est fou ?

Bédié ou les mauvais calculs d’un politicien naïf

Pour ceux qui viendraient de prendre l’histoire de la Côte d’Ivoire en marche, et qui n’en sauraient pas grand chose, Henri Konan Bedié en fut le deuxième président de la première république.

Ce pouvoir, qu’il a pris de façon héréditaire après le décès de son "père" Nana Boigny, lui sera legitimé par le peuple de Côte d’ivoire en 1995, même si des conditions farfelues d’élections n’ont permis à aucun homme serieux de se mesurer à l’homme.

En 1999, au firmament de sa gloire, pour ne pas dire de son gâchis, Bédié va connaitre la plus grande humiliation de sa petite vie de politicien. Ces mêmes suiveurs du Pdci, qu’il avait appelés au secours pour offrir leurs poitrines aux fantassins de la paire Guehi-Ouattara, n’ont pas daigné prêter attention à ses pleurs.

Ainsi, sous les ordres de son colistier d’aujourd’hui, Henri, en compagnie de Henriette (sa charmante épouse) et de ses enfants, va être amené à passer de gré la fête de Noël quelque part dans la forêt, entre la Côte d’Ivoire et le Benin.

Seul Gbagbo, président d’un autre parti, volera au secours de N’zueba, en pesant de tout son poids pour écourter son exil.

Bedié revient donc en Côte d’Ivoire sous les soins de Gbagbo, qui remet l’homme dans les conditions necessaires pour animer quand même la vie politique de son pays, même s’il lui est réellement devenu difficile de se refaire une place de choix au soleil de son parti qui, lui-même, broie le noir pour se retrouver. Mais dans la vie, il y a, comme ça, des comportements inexplicables parce que difficiles à se les expliquer soi-même et à expliquer aux autres ; Gbagbo a donc écourté l’exil de Bédié pour que, lui, vienne écourter le mandat de Gbagbo.

Le seigneur n’oublie jamais les individus d’un tel acabit ; et, quand arrive le moment de les récompenser, très souvent, il ne leur donne même pas l’opportunité de re-réflechir ou de regretter leur ingratitude. La sanction est sans appel.

Mais, au fait, qu’est ce qui fait penser à Bedié qu’Allassane, depuis la mort de Houphouët, s’agite pour que lui, Bedié, dirige la Côte d’Ivoire ? Incapacité notoire de faire une lecture correcte et honnête de la vie politique de ce pays ou stupide impensée d’un politicien naif ?

Allasane Dramane Ouattara -le seul PHD de tous les Mossi du monde, très fort et beaucoup trop intelligent pour se permettre de se présenter aux élections presidentielles au Faso où son père dirige pourtant le village de Sindou- continue de foutre la merde en Côte d’Ivoire et, malheureusement, il réussit à reunir autour de lui des Ivoiriens bon teint, pour l’aider dans sa tâche.

Dramane a eu à chasser Bedié du pouvoir ; il a tenté de tuer Guehi plus de trois fois sans succès, avant de finir avec lui dans un traquenard que le vieux militaire, avide d’argent, n’a jamais pu déjouer.

Depuis le premier jour de la prestation de serment de Gbagbo, Allassane, adepte des raccourcis, continue de se débrouiller pour avoir sa peau.

Est-ce vraiment difficile pour Konan Henri de se rendre à l’évidence que Ado ne cherche rien d’autre en Côte d’Ivoire que la magistrature suprême ?

Combien sont-ils, nos compatriotes qui ont, ne serait ce qu’une seule fois, entendu, en public comme en privé, Ouattara critiquer le programme de gouvernement des présidents ivoiriens dont il a tant la phobie ? Il ne l’a jamais fait, il ne le fait pas et il ne le fera jamais, car ce n’est pas ce qui l’intéresse.

C’est la Côte d’Ivoire qu’il veut, avec ou sans les Ivoiriens, un point c’est tout ! Si, comprendre cela, demeure de la mer à boire chez Bedié, ses amis devraient l’aider, sinon c’est plutôt sa vie que la coalition va écourter comme elle l’a exactement fait avec Guehi ; que les sorciers ne soient pas à rechercher ailleurs.

A bon entendeur, salut !

Mathieu BOUABRE

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