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Afrik.com, 29 novembre 2006

Corruption : Laurent Gbagbo et les déchets toxiques d’Abidjan

par Habibou BANGRE


Vue du Probo Koala

Le premier ministre ivoirien a fait savoir, lundi 27 novembre 2006, à Yamoussoukro, qu’il rejetait la décision du président, Laurent Gbagbo, de réintégrer trois responsables mis en cause dans l’affaire des déchets toxiques. Une partie de la population et certains partis politiques dénoncent également ce choix.


Dans le camp du président ivoirien, Laurent Gbagbo, certains estiment que le premier ministre n’a pas les épaules pour faire face au chef de l’Etat. Charles Konan Banny leur a donné tort, lundi 27 novembre 2006, à Yamoussoukro, lors d’un séminaire sur « l’implication des autorités coutumières et des élus locaux dans le processus de réinsertion et réintégration des ex-combattants ». Il a en effet vivement critiqué la signature de plusieurs décrets présidentiels qui suspendent Léon Francis Lebry de la direction du quotidien Fraternité Matin et réintègrent trois personnes mises en cause dans le dossier des déchets toxiques. Une affaire qui a fait dix morts.

Laurent Gbagbo

L’annonce de ces décisions a été faite, dimanche 26 novembre, à la télévision. Le porte-parole de Laurent Gbagbo, Désiré Tagro, a lu un communiqué dans lequel il annonce la sanction contre le responsable du journal et la réintégration, prévue le 16 décembre 2006, de Gnamien Konan, Marcel Gossio et Pierre Amondji. Ils sont respectivement directeur général des Douanes, directeur du port autonome d’Abidjan et gouverneur du district d’Abidjan. Ils avaient été épinglés, mercredi 21 novembre 2006, par la Commission nationale d’enquête sur l’affaire des déchets déversés dans la capitale ivoirienne dans la nuit du 19 août au 20 août 2006. La commission, mise en place par Charles Konan Banny, avait travaillé pendant deux mois avant de conclure que ces responsables, proches du président, étaient coupables de « négligences », « insuffisances » ou « dysfonctionnements ». A la remise officielle de son rapport à Charles Konan Banny, ce dernier, qui avait suspendu les trois hommes dès septembre, avait déclaré qu’il allait « suivre l’application des recommandations ». Alors, forcément, les décrets présidentiels ont été mal accueillis.

Marcel Gossio

Lors du séminaire, qui a débuté lundi 27 novembre et doit s’achever mercredi 29 novembre, le premier ministre a lancé : « Vous êtes tous témoin de cette chape de plomb qui a recouvert le pays hier (dimanche 26 novembre 2006 au) soir. (...) Je demande, aux chefs traditionnels, de prendre leurs responsabilités. Les miennes sont claires ». Et d’ajouter : « Nous ne pouvons pas faire un séminaire de réinsertion des ex-combattants sans chasser définitivement les raisons du combat. Evitons alors les actes d’humiliation ».

Charles Konan Banny

Dans un communiqué publié mardi 27 novembre, le quotidien Le Front, la primature est encore plus critique. Le texte dénonce des « décrets [qui] ont été pris sans consultation du premier ministre et du gouvernement » et qui, « sur le fond, (...) sont contraires aux principes de bonne gouvernance, c’est-à-dire, transparence, justice et équité ». La primature avertit que l’application des décrets constituerait un « obstacle majeur dans la lutte contre l’impunité » et qualifie la suspension de Léon Francis Lebry, remplacé, depuis mardi 27 novembre 2006, par Jean-Baptiste Kouakou, comme portant « gravement atteinte à la liberté de la presse ». Et elle conclut que « pour prévenir des troubles graves à l’ordre public et préserver la paix, il est impérieux de surseoir à l’exécution de ces décisions ». Certains partis politiques ont également critiqué la sortie de Laurent Gbagbo. Le Rassemblement des républicains d’Alassane Ouattara dénonce, dans un communiqué, « avec vigueur » des décrets qui « sont une légalisation de la criminalité au sommet de l’Etat et constituent une prime à l’impunité ». Il estime que ces décisions témoignent d’une « connivence manifeste avec les auteurs de ce crime qui a endeuillé de nombreuses familles » et « exige par conséquent la démission de M. Gbagbo afin que soit levé l’unique obstacle au retour de la paix ». Pour sa part, le Parti démocratique de Côte d’Ivoire « condamne avec fermeté cette dérive totalitaire de Laurent Gbagbo et exhorte le premier ministre à prendre toutes ses responsabilités dans le traitement de ce crime odieux ». Quant au vice-président du Collectif des victimes du Plateau Dokui, le Dr Kouakou, il explique que le collectif souhaite « porter plainte pour que le président, Laurent Gbagbo, revienne sur sa décision », selon les propos rapportés par Le Front.

Pierre Amondji

Quant à la population d’Abidjan, où des tensions se font sentir, elle est divisée. D’aucuns estiment que les responsables présumés ont assez payé, alors que d’autres se sentent floués. A noter que des Ivoiriens se demandent si le président a réellement l’intention de poursuivre en justice ceux qui ont « personnellement pris part à (...) ces faits criminels », comme il l’a affirmé dimanche 26 novembre 2006.

Habibou BANGRE

Un vendeur de journaux à Abidjan

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