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ATS, 26 mars 2004

Le patron de Nestlé gagne 19300 francs suisses par jour

Suivi d’un commentaire


Peter Brabeck a gagné 6,955 millions de francs suisses en 2003, pour son travail à la direction de la multinationale veveysanne.

A cette somme s’ajoutent ses émoluments pour sa participation dans plusieurs conseils d’administration. Sans compter encore d’autres options.

L’Autrichien fait pourtant figure de parent pauvre par rapport aux grands banquiers.

Peter Brabeck


Peter Brabeck, patron et administrateur délégué de Nestlé, a gagné 6,955 millions de francs suisses en 2003.

La somme, complétée par 8747 actions et 55000 options, représente un traitement mensuel de 579167 francs, soit 19300 francs par jour.

Au total, les douze membres de la direction générale du groupe veveysan ont reçu 17852636 francs, a indiqué Nestlé, le 25 mars 2004, dans son rapport sur le gouvernement d’entreprise.

En 2002, le patron du géant mondial de l’alimentation avait touché 6,44 millions de francs.

Mais son traitement ne s’arrête de loin pas là, puisque l’Autrichien siège dans nombre de conseils d’administration. Il est notamment administrateur du Credit Suisse Group (vice-président), du groupe pharmaceutique Roche et du géant français des cosmétiques L’Oréal (dont Nestlé détient une participation de 26,4%).

Les membres du conseil d’administration de Nestlé, dont Peter Brabeck est membre en tant que vice-président, ont pour leur part touché 3940476 francs en 2003.

La direction opérationnelle a de plus perçu 15107 actions d’une valeur nominale de 1 franc chacune. Les membres du conseil d’administration se sont vu octroyer 6848 actions.

Les onze membres du conseil d’administration reçoivent chacun une rémunération annuelle. Les membres du comité du conseil et les membres du comité de contrôle perçoivent un salaire additionnel.

En 2002, les onze membres de la direction générale du groupe avaient reçu 17,7 millions de francs de rémunération, dont 36% pour son seul président.

Le siège de Nestlé, à Vevey

Josef Ackermann mieux payé

Reste que, parmi les géants bancaires, on gagne davantage encore.

Ainsi, le patron suisse de la Deutsche Bank, Josef Ackermann, a vu en 2003 son salaire croître de 60%, à 11,1 millions d’euros (17,3millions de francs), un record en Allemagne, où les émoluments des chefs d’entreprise suscitent régulièrement la controverse.

Le siège de la Deutsche Bank

Cette somme, qui avait déjà filtré de source bancaire au début du mois de mars 2004, est constituée d’un fixe de 1,2 million d’euros, d’un bonus de 6,6 millions d’euros, puis de droits et d’options sur des actions d’une valeur totale de 3,3millions d’euros, a précisé l’institut dans son rapport annuel d’activité.

Les trois autres membres du directoire de Deutsche Bank ont perçu pour leur part chacun 5,2 millions d’euros.

Au cours de l’exercice écoulé, le groupe a vu son bénéfice net tripler à 1,4milliard d’euros environ. Le cours de son action a grimpé de 50% au cours de la période.

En 2002, Josef Ackermann avait touché 6,9 millions d’euros. Sa rémunération pour 2003 marque ainsi une progression de 60%.

Josef Ackermann

Cette généreuse revalorisation survient à un moment délicat pour M. Ackermann : il est jugé depuis le début de l’année pour abus de confiance aggravé dans le cadre de l’affaire Mannesmann, pour avoir accordé dans des conditions douteuses une très grosse prime à l’ancien dirigeant de l’opérateur téléphonique allemand, Klaus Esser.

A titre de comparaison, la rémunération du président de l’UBS, Marcel Ospel, s’est envolée de 52,2% en 2003. Elle s’est inscrite à 17,2 millions de francs, contre 11,3 millions en 2002.

Agence télégraphique suisse

Marcel Ospel

Les dirigeants des multinationales et des banques se livrent à un véritable pillage de la masse salariale, à leur profit personnel et au préjudice de l’écrasante majorité des employés.

Ce sont ces mêmes pillards en col blanc qui, après s’être répartis entre eux une proportion délirante de la masse salariale, viennent affirmer aux syndicats qu’il est « déraisonnable » de revendiquer, pour le personnel subalterne, des augmentations de salaire supérieures à l’accroissement du coût de la vie, ou qui s’efforcent, dans les pays du tiers monde, de faire interdire purement et simplement toute activité syndicale.

Il s’agit là clairement d’une logique oligarchique, pour ne pas dire esclavagiste.

Or, cette logique oligarchique se retrouve dans le fonctionnement de nos prétendues « démocraties ».

Ce qui se produit au sein d’une multinationale se reproduit à l’échelle de la société dans son ensemble.

Les multinationales et les banques arrosent les partis politiques et ceux-ci, comme par hasard, s’accordent pour affirmer qu’il n’y aurait pas d’autre choix « réaliste » que celui de subordonner l’intérêt général de la population à l’intérêt particulier des spéculateurs internationaux.

Portrait de groupe du G8 d’Evian, en 2003. Ministère français des Affaires étrangères. Photo F. de La Mure

Quiconque, au sein d’un parti politique, voudrait promouvoir la politique inverse, est aussitôt qualifié d’« extrémiste » ou d’« utopiste » ; seuls les vendus notoires étant supposés dotés du « sens des responsabilités »...

En présentant, sous un jour flatteur, les « opposants politiques » disposés à toutes les concessions au profit des milieux patronaux, on favorise leur élection au préjudice de ceux qui n’étaient pas disposés à se vendre.

C’est ainsi qu’on aboutit à une situation où l’opposition et la majorité mènent exactement la même politique, leur dispute se limitant à l’appropriation des places par les membres de tel parti plutôt que tel autre. C’est le règne des imposteurs.

Le "socialiste" Gerard Schröder

Les gouvernements prétendument « démocratiques » ne sont pas au service du peuple. Ils sont au service de l’oligarchie.

Ils trahissent délibérément et systématiquement l’écrasante majorité de la population afin que les milliardaires puissent devenir multimilliardaires.

On retrouve cette même logique oligarchique au sein des médias, dont la plupart appartiennent à telle ou telle multinationale.

Dans nos « démocraties » néolibérales, le rôle des médias n’est pas d’informer, mais de manipuler l’opinion publique, en lui faisant croire que les dirigeants politiques sont dignes de respect, voire même d’admiration, et qu’il faut d’autant plus les admirer qu’ils sont plus notoirement corrompus.

La mission prioritaire des médias contrôlés par les multinationales est de faire perpétuellement croire, aux électeurs, que « nous sommes en vue de la sortie du tunnel » ; alors même qu’on ne cesse de s’y enfoncer toujours davantage, sous prétexte de « compétitivité internationale ».

En effet, quand « les experts » évoquent une « croissance économique », ils affectent de croire que cette prétendue croissance bénéficie à la population dans son ensemble, alors que tel n’est nullement le cas en réalité.

L’amélioration des bénéfices d’une multinationale contribue à accroître davantage la fortune de ses dirigeants et le dividende des spéculateurs internationaux, mais la masse des salariés n’en bénéficie nullement, ou alors seulement de manière dérisoire.

Pour la plupart des salariés, le coût de la vie ne cesse de croître plus vite que les salaires, si bien qu’ils ne cessent de se paupériser toujours davantage.

Produits Novartis

Ces prétendues « croissances économiques » ne bénéficient pas non plus réellement aux Etats.

En effet, les multinationales, même si elles paient une plus forte somme au titre d’impôt sur le bénéfice, ne cessent d’accroître les charges financières de l’Etat.

D’une part, elles ruinent massivement les PME, ce qui supprime autant de contribuables.

D’autre part, elles s’efforcent toujours de licencier davantage de personnel, et tous ces chômeurs se retrouvent à la charge de l’Etat.

Enfin, les multinationales, par l’intermédiaire des politiciens à leur solde, s’efforcent continuellement d’obtenir des diminutions d’impôts, si bien que les finances publiques se retrouvent perdantes sur tous les tableaux.

Les charges sociales explosent. Pour faire face à ces charges sociales, les Etats sont empêchés de résorber leur endettement. Cet endettement ne cesse de croître. Une part toujours plus importante du budget de l’Etat doit être consacrée au seul paiement des intérêts de la dette, alors que l’argent serait nécessaire pour les besoins de la population ; qu’il s’agisse des services publics -écoles, hôpitaux, etc...- ou de l’aide sociale.

On se trouve donc dans cette situation paradoxale où, en théorie, on peut vous « prouver », chiffres à l’appui, qu’il y aurait « une croissance économique » -la « preuve » se réduisant pratiquement à l’amélioration du bénéfice des multinationales-, alors que la situation d’ensemble ne cesse de se dégrader à tous les niveaux et que seuls les plus riches tirent leur épingle du jeu...

Ces annonces de prétendues « croissances économiques » relèvent manifestement de la désinformation.

Cette entreprise de désinformation repose sur des méthodes très faciles à comprendre.

Dans un premier temps, on s’efforce de ruiner ou d’acheter tous les médias locaux indépendants. Il suffit qu’une ou plusieurs multinationales s’accordent pour retirer leur publicité de telle publication, et la faire paraître dans telle autre. Ainsi, on coule la publication qui nous déplaît et on assure le budget de celle qui est à notre botte.

A la tête des médias qu’on s’est acquis, on place des marionnettes bien conformistes, qui se garderont soigneusement de dénoncer la corruption généralisée du système et affecteront, au contraire, de considérer les politiciens au pouvoir comme des altruistes dévoués au bien public. La complaisance et la flatterie sont à l’ordre du jour.

C’est en pratiquant un journalisme servile à l’égard du pouvoir politique qu’on favorise sa promotion personnelle au sein du groupe médiatique.

Il ne faut surtout pas tendre le micro, ni braquer les caméras en direction des sans abri. Pour un journaliste, c’est le plus sûr moyen de se faire mal voir. On l’accusera d’être « politisé ».

Par contre, s’il se prosterne devant le pouvoir politique et l’argent, ce même journaliste est réputé impartial et sérieux...

Du point de vue de ces rédactions stipendiées, quiconque, au sein du milieu politique, dénonce la corruption du système, est réputé « populiste », et cette étiquette de « populiste » est censée justifier la censure des contestataires. Si on ne censure pas les contestataires, on les tourne en dérision.

Par rapport aux partis « de gauche » et aux syndicats, on offrira une tribune complaisante aux vendus notoires et aux pires opportunistes ; tandis que, là encore, on censurera ou on tournera en dérision ceux qui représentent réellement la base.

Ainsi, les médias nous présentent-ils constamment comme de « grands leaders de gauche » des imposteurs faisant partie intégrante de la bourgeoisie, propriétaires de villas et de piscines, mais censés s’exprimer au nom de ceux qui ne parviennent pas à joindre les deux bouts...

Le sympathique Jean-Bertrand Aristide, protecteur des pauvres qu’il ne fait pas assassiner...

Parallèlement, la politique éditoriale du média consistera, d’une part, à favoriser le « people », -c’est-à-dire la forme la plus méprisable du « journalisme »- ; et, d’autre part, à se livrer à la désinformation en offrant des « chroniques » régulières à de prétendus « experts » dont la principale mission consiste à ânonner continuellement que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, que « nous sommes en vue de la sortie du tunnel », et que « les pauvres doivent être responsabilisés » au moyen d’une politique délibérément antisociale...

Cette politique éditoriale vise, au moyen du « people », à détourner l’attention des citoyens des véritables problèmes -pendant qu’on s’intéresse aux coucheries de la princesse Machin, on ne se préoccupe pas des politiciens qui piquent dans la caisse. Et elle s’efforce de persuader chacun des citoyens, dont la situation se précarise d’année en année, que son cas personnel serait une exception ; non la règle.

Le résultat d’ensemble est une société qui paraît démocratique sur le papier -la constitution, les lois, les règlements administratifs-, mais qui est, en réalité, totalement corrompue. A tous les niveaux, on favorise la promotion des médiocres et des opportunistes.

Nos prétendues « démocraties » sont semblables à des villages Potemkine, dont la façade pimpante n’a pas d’autre finalité que celle de dissimuler un tas de ruines.

Frank BRUNNER

Les "exploits" de l’armée israélienne à Gaza

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