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vendredi 28 avril 2017
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Reuters, 26 mars 2004

Côte d’Ivoire : Les rues d’Abidjan désertées, la paix menacée

par Silvia ALOISI


ABIDJAN (Reuters) - Les rues d’Abidjan étaient désertes, vendredi 26 mars 2004, au lendemain de la mort d’au moins 25 personnes dans des heurts impliquant forces de l’ordre, opposants et partisans du président Laurent Gbagbo.

Seules la police et l’armée se sont déployées en nombre : des soldats armés de kalachnikovs ont érigé de multiples barrages, des commandos d’élite ont patrouillé dans les rues à bord de camionnettes et des blindés équipés de canons et de mitrailleuses ont été disposés aux principaux carrefours.


L’opposition ivoirienne avait appelé à de nouvelles manifestations mais la population apeurée est restée terrée chez elle.

Des coups de feu isolés ont retenti dans la nuit et dans la matinée. L’armée a cependant affirmé qu’elle contrôlait la situation et a invité la population à reprendre ses activités habituelles.

Dans la majeure partie d’Abidjan toutefois, les magasins sont restés fermés, les étals de marché sont demeurés vides et les transports publics n’ont pas fonctionné.

L’opposition a fait savoir qu’elle allait à nouveau se réunir pour décider de la suite de son mouvement de protestation contre Laurent Gbagbo, qu’elle accuse de ne pas mettre en oeuvre l’accord de paix de Marcoussis conclu en janvier 2003 à la suite d’un soulèvement dans le nord du pays.

Haine

Les violences ont éclaté, jeudi 25 mars 2004, en raison de l’organisation d’une manifestation anti-Gbagbo interdite par les autorités. Les manifestants affirment que la police et l’armée ont ouvert le feu tandis que les forces de l’ordre assurent n’avoir fait que se défendre face à une insurrection armée.

Le quartier d’Abobo, dans le nord d’Abidjan, a été le théâtre d’affrontements meurtriers.

D’après la police, 17 personnes y seraient mortes, dont deux policiers. Douze civils auraient péri dans des combats à la machette, signe de la haine qui sépare encore certains membres des différentes communautés ethniques du pays après l’insurrection en septembre 2002 dans le Nord à majorité musulmane, d’où sont originaires la plupart des opposants politiques de Laurent Gbagbo.

Les rebelles contrôlent toujours de facto le nord du pays tandis que l’armée, fidèle à Laurent Gbagbo, a tenu le Sud essentiellement animiste et chrétien.

A Abobo, quartier considéré comme un bastion rebelle, les rares habitants qui ont osé s’aventurer dehors, vendredi 26 mars 2004, ne se sont pas éloignés de leurs habitations afin de pouvoir se mettre rapidement à l’abri.

"La paix ne tient qu’à un fil"

"Nous sommes tous traumatisés, terrifiés. Ici, c’est la loi du plus fort qui prévaut à chaque fois", a déclaré un homme trop effrayé pour accepter de donner son nom.

La fin du conflit a été officiellement déclarée en juillet 2003, mais la lente mise en oeuvre des accords de paix alimente toujours les tensions en Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao.

Les violences de jeudi 25 mars 2004 ont poussé les ex-rebelles et deux formations d’opposition à suspendre leur participation au gouvernement de réconciliation.

Le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) avait déjà interrompu sa participation au début du mois de mars 2004.

Plus de la moitié des ministres, 25 sur 41, boycottent désormais l’exécutif.

"Le processus de paix ne tient plus qu’à un fil. On voit difficilement comment cette situation pourrait être renversée", s’est inquiété sous le sceau de l’anonymat un diplomate occidental en poste à Abidjan.

Chaque partie s’accuse réciproquement de ne pas respecter ses engagements en faveur de la paix.

Les Nations Unies ont accepté de déployer, à partir du mois d’avril 2004, jusqu’à 6240 soldats de maintien de la paix pour aider les 4000 militaires français et le millier de soldats ouest-africains actuellement présents en Côte d’Ivoire.

Silvia ALOISI

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