retour article original

lundi 21 août 2017
Vous êtes ici Accueil Corruption Corruption en Suisse L’affaire Banque cantonale de Genève (BCGe)
Tribune de Genève, 9 janvier 2007

Corruption : Une expertise accable banquiers et réviseurs de la Banque cantonale de Genève

par Fedele MENDICINO


Vue du siège de la Banque cantonale de Genève

Au Palais de justice, on se frotte les mains. Un rapport d’experts remis récemment au cabinet des juges d’instruction révèle les manquements des réviseurs et des banquiers dans la débâcle de la Banque Cantonale de Genève (BCGE). La Tribune s’est procuré les principales conclusions d’un document constituant la dernière pièce maîtresse du dossier.

Suisse


Rappelons que le sauvetage de la banque devrait coûter quelque 3 milliards de francs aux contribuables genevois. Six personnes sont inculpées de gestion déloyale et faux dans les titres. Parmi eux des ex-dirigeants de la banque et des réviseurs d’Ernst & Young. En 2003, le Parquet a demandé aux juges d’instruction de mandater trois experts financiers. Indépendants et évoluant en dehors du landerneau genevois. Durant trois ans, le trio comptable, recruté dans deux entreprises zurichoises et une lausannoise, planche sur le dossier. En particulier sur les comptes 1996, 1997 et 1998. A l’issue de leurs travaux, facturés à l’Etat environ deux millions de francs, les spécialistes relèvent que la banque était notoirement sous-provisionnée. « Les provisions comptabilisées, présentées dans les rapports annuels, étaient insuffisantes pour couvrir les risques existants et connus de l’établissement. » De la sorte, les responsables de la banque n’ont « pas respecté des principes majeurs de la comptabilité et de la loi bancaire », précise l’audit. Et de souligner que les gages immobiliers étaient, quant à eux, surévalués. Contrairement aux risques, souvent sous-estimés. Le réviseur, qui a certifié ces comptes, n’est pas épargné par les critiques. « Il aurait dû intervenir auprès de la banque pour obtenir la régularisation des méthodes d’évaluation. (...) Ces procédés sont interdits (...) Le réviseur n’a pas mis en place des procédures adaptées à la situation critique. »

Vue du siège de la Banque cantonale de Genève

Ainsi dans leurs documents de 300 pages, les experts comptables indiquent, par exemple, que le résultat de 1998 était surévalué. Autre manquement à déplorer : le non-respect des procédures d’information légales au conseil d’administration, aux actionnaires et aux autorités bancaires. L’expertise admet qu’à l’époque le contexte du marché de l’immobilier était pour le moins chaotique. Mais la situation « ne saurait autoriser les acteurs en présence à passer outre les prescriptions légales et comptables ». Seule amélioration mise en lumière par l’audit : la création, en 1998, d’une division spéciale améliorant « le suivi des risques ». Alors les inculpés sont-ils coupables ? Le rapport n’a pas pour vocation de répondre à la question. Mais il va dans le sens du Parquet appelé à rédiger ses réquisitions. Peut-être pour fin 2007, début 2008, en vue d’un procès dans deux ans...

Fedele MENDICINO

Vue du siège de la Banque cantonale de Genève

AUTEURS 

  • Fedele MENDICINO

  • Accueil

    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source